La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Lyrique

"Au bord de l’eau" à la MC93... Féerie au programme ce soir !

Ô fidèle Lecteur de la Revue, je t’en adjure : cours à la Maison de la Culture de Bobigny et tu seras transporté. Doublement transporté : enthousiaste, tu seras téléporté dans la Chine de la dynastie des Song, dans le roman mythique de Shi Nai-An "Au bord de l’eau" ("Shuihu Zhuan").



© Victor Tonelli/Artcomart.
© Victor Tonelli/Artcomart.
Quand tu sortiras de ce magnifique spectacle, tu n’auras qu’une envie : connaître toutes les arcanes de cet art si fascinant, et pourtant si méconnu de ce côté de la planète : l’opéra chinois. Tu as aimé le cinéma de l’Empire du milieu, et celui de ses épigones, les "Épouses et concubines" et autres "Secret des Poignards volants". Pourtant le théâtre a ici une incontestable supériorité. C’est vivant.

C’est l’École de l’Opéra de Pékin qui t’offre ce voyage formidable, au milieu d’une tournée européenne triomphale, dans une mise en scène de Patrick Sommier, le directeur de la MC93. Celui-ci a choisi avec sa complice, Pascale Wei-Guinot, quelques scènes emblématiques du roman historique qui retrace quelques cinq cents années de la Chine - puisqu’il fut réécrit jusqu’au XVIIe siècle, début de la fameuse dynastie Ming.

© MC93.
© MC93.
Un roman lu par des milliards de lecteurs te rappellera Gilles Arbona au tout début de la production, au cours d’une réjouissante partie de mah jong engagée avec son homologue chinois, prolégomènes indispensables à tout échange dans l’Empire du Milieu.

Quoi fidèle Lecteur ? Tu crains de rester de marbre devant un art réputé allogène à tout Occidental ? Tu te trompes ! Tu prendras beaucoup de plaisir à pénétrer cet univers fascinant. Je t’explique.

Opéra ? disons plutôt un art total qui embrasse la danse, le cirque, le théâtre, l’opéra, la musique, le mime, l’acrobatie. Une richesse visuelle et sonore inouïe où le texte a bien moins d’importance que dans le théâtre occidental. Les acteurs sont bluffants (enfants, adolescents, adultes) d’envie, de passion, d’excellence technique. La soirée offre en crescendo des sensations envoûtantes, jusqu’au final réunissant les 108 comédiens. Un pur délice.

© MC93.
© MC93.
C’est un théâtre très physique au service d’une épopée, celle de bons bandits redresseurs de torts, en lutte contre l’administration mandarinale de l’ère Xuanhe. Les épisodes choisis sont savoureux et permettent aux artistes de montrer toute l’étendue (et le chatoiement) du répertoire de l’Opéra de Pékin : la femme adultère qui revient des enfers se venger (pour la danse des longues écharpes), le bonze soiffard qui déracine les arbres (et l’art des combats dansés et des visages somptueusement peints), ou encore la chanteuse "Beauté en fleur" mal récompensée de ses efforts (Ô l’art du costume et du maquillage inspirés de l‘époque Ming !).

Un théâtre où tout est stylisé : les mouvements, les archétypes de personnages et leurs voix particulières, les ballets, les chants. Impossible de décrire cette grâce, cette beauté, ce puissant philtre d’Asie. Tu adoreras cette musique aussi. L’orchestre est placé sur le côté de la scène pour suivre les chanteurs. Contrairement aux pratiques de l’Occident, les musiciens accompagnent les chanteurs. Tu seras charmé par le violon à deux cordes, les guitares, les longues castagnettes (ou "ban") qui ponctuent les gestes, les figures acrobatiques, comme les gongs, les cymbales et la trompette chinoise (ou "sona").

Les sauts périlleux, les danses gracieuses, la jonglerie se terminent en tableaux vivants impressionnants quand tous les artistes s’immobilisent, comme au "mie" du kabuki. Patrick Sommier a choisi d’intercaler à ces scènes de bravoure quelques intermèdes sympathiques. Les acteurs viennent raconter l’histoire de l’École, leurs souvenirs et les tournées anciennes dans la Chine éternelle.

Non vraiment Lecteur, cours à Bobigny ! C’est un voyage dont tu te souviendras.

"Au bord de l'eau"

© Victor Tonelli/Artcomart.
© Victor Tonelli/Artcomart.
Opéra de Pékin – École d'Opéra de Pékin.
Hommage au roman chinois de Shi Nai-an.
Traduction : Jacques Dars.
Mise en scène : Patrick Sommier.
Conception : Patrick Sommier et Pascale Wei-Guinot.
Assistante : Sarah Oppenheim.

Avec les Élèves : Chen Xialong, Ge Lianfa, Jing Yushan, Song Yalong, Sun Shimin, Zheng Gaolu, Tang Hongwei, Lv Ruitao, Zhang Shurui, Wang Shuai, Fang Mingyi, Jia Hao, Duo Yunqi, Ge Lei, Liu Shuqi, Pang Yuanjia, Gao Cui, Jia Jing, Xiao Zhengyang.
Les Professeurs : Chen Chen, Huang Ming, Lang Shichang, Li Lianzhong, Li Hongbin, Teng Li, Wang Liangliang, Yu Lei, Zhang Jiying.

Les Acteurs : Yu Shuai, Wang Hao, Yang Xiaotong, Gilles Arbona, Sun Shimin.
Les Musiciens : Cai Guoying, Hou Xiaojun, Hu Xiaopei, Liu Hai, Ma Yan, Wang Yue, Zhao Xuebo, Yang Zixia, Yao Li.

© MC93.
© MC93.
Lumières : Pierre Setbon.
Scénographie : Jean-Pierre Vergier.
Costumes : Huang Peilin, Ying Yu Qiu.
Accessoires : Wang Zhimin.
Maquillages : Tong Qun Yan.
Directeur de l’école : Wang Mingduo.
Traduction de San Daolin : Valérie Lavoix.
Traduction vers le chinois Prologue, récits de la rivière, récit de la fête des lanternes : Sarah Oppenheim.

Spectacle du 22 mai au 27 mai 2012.
Mardi à 19 h 30, mercredi à 20 h 30, vendredi à 14 h 30, samedi à 20 h 30 et dimanche à 15 h 30.
Théâtre MC 93, Bobigny, Seine-Saint-Denis, 01 41 60 72 72.
>> mc93.com

Du 29 mai au 2 juin 2012 : Théâtre de Caen (14), 02 31 30 48 00.
Du 6 au 9 juin 2012 : CNCDC Châteauvallon (83), 04 94 22 02 02.

Christine Ducq
Jeudi 24 Mai 2012

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À découvrir

"Rimbaud Cavalcades !" Voyage cycliste au cœur du poétique pays d'Arthur

"Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées…", Arthur Rimbaud.
Quel plaisir de boucler une année 2022 en voyageant au XIXe siècle ! Après Albert Einstein, je me retrouve face à Arthur Rimbaud. Qu'il était beau ! Le comédien qui lui colle à la peau s'appelle Romain Puyuelo et le moins que je puisse écrire, c'est qu'il a réchauffé corps et cœur au théâtre de l'Essaïon pour mon plus grand bonheur !

© François Vila.
Rimbaud ! Je me souviens encore de ses poèmes, en particulier "Ma bohème" dont l'intro est citée plus haut, que nous apprenions à l'école et que j'avais déclamé en chantant (et tirant sur mon pull) devant la classe et le maître d'école.

Beauté ! Comment imaginer qu'un jeune homme de 17 ans à peine puisse écrire de si sublimes poèmes ? Relire Rimbaud, se plonger dans sa bio et venir découvrir ce seul en scène. Voilà qui fera un très beau de cadeau de Noël !

C'est de saison et ça se passe donc à l'Essaïon. Le comédien prend corps et nous invite au voyage pendant plus d'une heure. "Il s'en va, seul, les poings sur son guidon à défaut de ne pas avoir de cheval …". Et il raconte l'histoire d'un homme "brûlé" par un métier qui ne le passionne plus et qui, soudain, décide de tout quitter. Appart, boulot, pour suivre les traces de ce poète incroyablement doué que fut Arthur Rimbaud.

Isabelle Lauriou
25/03/2024
Spectacle à la Une

"Le consentement" Monologue intense pour une tentative de récit libératoire

Le livre avait défrayé la chronique à sa sortie en levant le voile sur les relations pédophiles subies par Vanessa Springora, couvertes par un milieu culturel et par une époque permissive où ce délit n'était pas considéré comme tel, même quand celui-ci était connu, car déclaré publiquement par son agresseur sexuel, un écrivain connu. Sébastien Davis nous en montre les ressorts autant intimes qu'extimes où, sous les traits de Ludivine Sagnier, la protagoniste nous en fait le récit.

© Christophe Raynaud de Lage.
Côté cour, Ludivine Sagnier attend à côté de Pierre Belleville le démarrage du spectacle, avant qu'elle n'investisse le plateau. Puis, pleine lumière où V. (Ludivine Sagnier) apparaît habillée en bas de jogging et des baskets avec un haut-le-corps. Elle commence son récit avec le visage fatigué et les traits tirés. En arrière-scène, un voile translucide ferme le plateau où parfois V. plante ses mains en étirant son corps après chaque séquence. Dans ces instants, c'est presque une ombre que l'on devine avec une voix, continuant sa narration, un peu en écho, comme à la fois proche, par le volume sonore, et distante par la modification de timbre qui en est effectuée.

Dans cet entre-deux où le spectacle n'a pas encore débuté, c'est autant la comédienne que l'on voit qu'une inconnue, puisqu'en dehors du plateau et se tenant à l'ombre, comme mise de côté sur une scène pourtant déjà éclairée avec un public pas très attentif de ce qui se passe.

Safidin Alouache
21/03/2024
Spectacle à la Une

"Un prince"… Seul en scène riche et pluriel !

Dans une mise en scène de Marie-Christine Orry et un texte d'Émilie Frèche, Sami Bouajila incarne, dans un monologue, avec superbe et talent, un personnage dont on ignore à peu près tout, dans un prisme qui brasse différents espaces-temps.

© Olivier Werner.
Lumière sur un monticule qui recouvre en grande partie le plateau, puis le protagoniste du spectacle apparaît fébrilement, titubant un peu et en dépliant maladroitement, à dessein, son petit tabouret de camping. Le corps est chancelant, presque fragile, puis sa voix se fait entendre pour commencer un monologue qui a autant des allures de récit que de narration.

Dans ce monologue dans lequel alternent passé et présent, souvenirs et réalité, Sami Bouajila déploie une gamme d'émotions très étendue allant d'une voix tâtonnante, hésitante pour ensuite se retrouver dans un beau costume, dans une autre scène, sous un autre éclairage, le buste droit, les jambes bien plantées au sol, avec un volume sonore fort et bien dosé. La voix et le corps sont les deux piliers qui donnent tout le volume théâtral au caractère. L'évidence même pour tout comédien, sauf qu'avec Sami Bouajila, cette évidence est poussée à la perfection.

Toute la puissance créative du comédien déborde de sincérité et de vérité avec ces deux éléments. Nul besoin d'une couronne ou d'un crucifix pour interpréter un roi ou Jésus, il nous le montre en utilisant un large spectre vocal et corporel pour incarner son propre personnage. Son rapport à l'espace est dans un périmètre de jeu réduit sur toute la longueur de l'avant-scène.

Safidin Alouache
12/03/2024