La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Lyrique

Amour, révolution anglaise et bel canto à l’Opéra de Lyon avec "Les Puritains" de Vincenzo Bellini !

L’opera seria en trois actes est donné en version concert sous la direction de l’incontournable Evelino Pido à partir du 13 novembre : un rendez-vous annuel avec le répertoire bel cantiste auquel nous a habitués l’Opéra de Lyon !



Olga Peretyatko © Uwe Arens.
Olga Peretyatko © Uwe Arens.
En effet, le chef italien, invité régulier à Lyon, s’est imposé dans ce répertoire au cours d’une riche carrière internationale, du Festival d’Aix en Provence au Metropolitan Opera de New York. Et tous les amateurs lui sont redevables de sa formidable "Somnambula" du même Bellini, gravée avec notre délicieuse Nathalie Dessay accompagnée justement de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon. Avec "Norma", "Les Puritains" est un des opéras les plus joués de Vincenzo Bellini malgré son livret notoirement faible, lointainement inspiré d’un roman de Walter Scott. À quoi cela tient-il ?

Certainement pas au drame historique "Têtes rondes et Cavaliers" écrit à quatre mains par deux auteurs oubliés - à juste titre ! - par la postérité, et dont le librettiste Carlo Pepoli s’inspire pour l’argument de l’opéra : une ténébreuse histoire d’amour contrarié au temps de la révolution anglaise d’Olivier Cromwell au XVIIe siècle ! L’invraisemblance de l’histoire fait sourire : la belle Elvira, fille d’un gouverneur puritain (c’est-à-dire partisan du régicide Cromwell) doit épouser son ennemi, Lord Arturo Talbot, un Stuart (i.e : un partisan du roi décapité Charles Ier et ne rêvant qu’à restaurer la lignée des Stuart évidemment). Après un certain nombre de péripéties qui feraient tourner la tête à un professeur agrégé d’histoire - dont une évasion, des scènes de folie, des pièges, j’en passe… -, l’opéra réserve un happy end qui laisse incrédule !

Mais peu nous chaut ! Le succès phénoménal de l’œuvre, non démenti depuis sa création parisienne en 1835, est dû aux fort belles pages musicales qu’elle contient et au quatuor de ses personnages principaux : les deux amants, plus le rival d’Arturo, Riccardo et l’oncle d’Elvira, Giorgio. Ces rôles, presque tous ardus, nécessitent de vraies qualités en terme de chant : finesse, agilité et vaillance ! Outre la belle complicité d’Evelino Pido avec l’orchestre, les deux chanteurs choisis cette année pour interpréter les héros belliniens à Lyon ont tout pour nous exciter : la jeune soprano russe Olga Peretyatko, avant sa prise de rôle au Festival de Salzbourg (Giunia dans "Lucio Silla"), et le ténor (russe aussi) Dmitry Korchak qui doit bientôt faire ses débuts au Met.

Une façon aussi de patienter avant l’événement capital de 2013 à l’Opéra de Lyon : la création mondiale de "Claude", un opéra de Thierry Escaich sur un livret de Robert Badinter, d’après le "Claude Gueux" de Victor Hugo et ce, dans une mise en scène d’Olivier Py. N’en doutez pas, je vous en reparlerai !

Evelino Pido © DR.
Evelino Pido © DR.
Mardi 13 novembre 2012 à 20 h et dimanche 18 novembre 2012 à 16 h.
Opéra en version concert.
Opéra National de Lyon, 08 26 30 53 25.
>> opera-lyon.com

Vendredi 16 novembre 2012 à 20 h.
Théâtre des Champs-Élysées, Paris 8e, 01 49 52 50 50.

"I Puritani" ("Les Puritains"), opéra en 3 actes de Vincenzo Bellini, 1835.
Livret de Carlo Peppoli, d’après "Têtes rondes et cavaliers" de Jacques-François Ancelot et Joseph-Xavier Boniface.

Olga Peretyatko, Elvira.
Dmitry Korchak, Lord Arturo Talbot.
Pietro Spagnoli, Sir Riccardo Forth.
Michele Pertusi, Sir George Walton.
Daniela Pini, Enrichetta di Francia.

Orchestre de l’Opéra de Lyon.
Evelino Pido, direction.
Chœurs de l’Opéra de Lyon.
Alan Woodbridge, direction.

Concert diffusé sur France Musique le 24 novembre 2012 à 19 h.

Christine Ducq
Lundi 12 Novembre 2012

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique







À découvrir

"Notre vie dans l'art", 1923-2023, "le siècle, il a passé"… et rien de nouveau à l'est… Un flamboyant Tchekhov contemporain

"La vie, elle a passé, on a comme pas vécu…", ainsi parlait Firs, le vieux valet de chambre de "La Cerisaie" d'Anton Tchekhov, pièce écrite dans le domaine de son ami comédien et metteur en scène Constantin Stanislavski… C'est ce même Constantin Stanislavski, auteur en son temps d'une "Notre vie dans l'art", qui se retrouve au cœur de la pièce éponyme écrite et mise en scène par Richard Nelson, auteur, metteur en scène américain et tchékhovien dans l'âme. Et si l'argument – "Conversations entre acteurs du Théâtre d'Art de Moscou pendant leur tournée à Chicago, 1923" – n'a pas changé d'un iota, ses échos contemporains sont eux particulièrement troublants.

© Vahid Amampour.
Quand, dans le cadre du Festival d'Automne, le Théâtre du Soleil ouvre grand ses portes monumentales de la Cartoucherie à cette nouvelle version de "Notre vie dans l'art", on se dit que ce choix ne peut rien devoir à un quelconque hasard… Et quand on découvre que c'est à Ariane Mnouchkine que l'on doit la traduction de la pièce, et que ce sont ses propres comédiens formés selon les canons artistiques animant son travail que dirige ici Richard Nelson, on n'est nullement surpris de reconnaître là le mantra commun à leurs deux univers : faire du théâtre une caisse de résonances de l'histoire en cours.

Dominant le plateau, comme dans un amphithéâtre antique, des rangées de gradins se font face. Entre une troupe de comédiens en costume de ville. Ils s'affairent à remettre en place les chaises renversées sur la longue table rectangulaire occupant l'espace central, ainsi qu'on peut le faire lorsque l'on revient dans une maison après absence. Il y a là Kostia (Constantin Stanislavski, directeur et acteur du Théâtre de Moscou), Vania, Richard (ancien acteur du même théâtre, exilé lui aux États-Unis), Olga (veuve d'Anton Tchekhov), Vassia et Nina (couple en proie aux tourments de la jalousie amoureuse), Lev et Varia, Masha et Lida, et Petia (jeune acteur soupçonné d'accointances avec les dirigeants de l'Union Soviétique).

Yves Kafka
29/12/2023
Spectacle à la Une

"L'Effet Papillon" Se laisser emporter au fil d'un simple vol de papillon pour une fascinante expérience

Vous pensez que vos choix sont libres ? Que vos pensées sont bien gardées dans votre esprit ? Que vous êtes éventuellement imprévisibles ? Et si ce n'était pas le cas ? Et si tout partait de vous… Ouvrez bien grands les yeux et vivez pleinement l'expérience de l'Effet Papillon !

© Pics.
Vous avez certainement entendu parler de "l'effet papillon", expression inventée par le mathématicien-météorologue Edward Lorenz, inventeur de la théorie du chaos, à partir d'un phénomène découvert en 1961. Ce phénomène insinue qu'il suffit de modifier de façon infime un paramètre dans un modèle météo pour que celui-ci s'amplifie progressivement et provoque, à long terme, des changements colossaux.

Par extension, l'expression sous-entend que les moindres petits événements peuvent déterminer des phénomènes qui paraissent imprévisibles et incontrôlables ou qu'une infime modification des conditions initiales peut engendrer rapidement des effets importants. Ainsi, les battements d'ailes d'un papillon au Brésil peuvent engendrer une tornade au Mexique ou au Texas !

C'est à partir de cette théorie que le mentaliste Taha Mansour nous invite à nouveau, en cette rentrée, à effectuer un voyage hors du commun. Son spectacle a reçu un succès notoire au Sham's Théâtre lors du Festival d'Avignon cet été dernier.

Impossible que quiconque sorte "indemne" de cette phénoménale prestation, ni que nos certitudes sur "le monde comme il va", et surtout sur nous-mêmes, ne soient bousculées, chamboulées, contrariées.

"Le mystérieux est le plus beau sentiment que l'on peut ressentir", Albert Einstein. Et si le plus beau spectacle de mentalisme du moment, en cette rentrée parisienne, c'était celui-là ? Car Tahar Mansour y est fascinant à plusieurs niveaux, lui qui voulait devenir ingénieur, pour qui "Centrale" n'a aucun secret, mais qui, pourtant, a toujours eu une âme d'artiste bien ancrée au fond de lui. Le secret de ce spectacle exceptionnel et époustouflant serait-il là, niché au cœur du rationnel et de la poésie ?

Brigitte Corrigou
08/09/2023
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
15/10/2023