La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle




Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Adieu Monsieur Haffmann", un joyau théâtral original, taillé au cordeau, aux facettes tant historiques que romanesques

"Adieu Monsieur Haffmann", Petit Montparnasse, Paris

Paris, 1942, occupation allemande. Le port de l’étoile jaune pour les Juifs est décrété en mai et rendu obligatoire dès le 7 juin. Joseph Haffmann, bijoutier et désigné involontaire au port de l'indigne insigne, propose à son ouvrier orfèvre de lui confier sa bijouterie s’il accepte de le dissimuler aux rafles à la finalité meurtrière. Pierre prendra-t-il le risque de cacher secrètement son patron dans les murs de la "Haffmann et Fils" ? Si oui, à quelle condition ? La condition envisagée et exigée par l'employé est loin d'être banale…



© Evelyne Desaux.
© Evelyne Desaux.
Dans une capitale sous le joug de la Wehrmacht, Monsieur Haffmann (Alexandre Bonstein) n'a pas d'autre solution pour survivre à la barbarie nazie que de confier sa bijouterie à son employé Pierre Vigneau (Greg Baquet). Ce dernier en discute avec sa femme (Julie Cavanna), pèse le pour et le contre. Puis voit dans ce marché insolite, émanation du désespoir d'un peuple traqué, la possibilité de la résolution d'un problème intime.

Les Vigneau ont un désir d'enfant mais lui est stérile. L'idée germe donc de demander au bijoutier juif, pour règlement de cet hébergement clandestin dans la cave de sa propre boutique, "d'ensemencer" Isabelle Vigneau… "Monsieur Haffmann… J'aimerais que vous ayez des rapports sexuels avec ma femme le temps qu'elle tombe enceinte…" Rapports vite faits bien faits, exempt de sentiments, purement technique… Cela est-il possible ? Pas sûr !

Le deal se met en place. Malgré la difficulté de réaliser le premier coït, monsieur Haffmann et l'épouse de Vigneau poursuivent les tentatives d'enfantement. Ainsi une forme saugrenue de ménage à trois se met en place, entre le sous-sol à l'avenir restreint et l'appartement au confort bourgeois. Pierre Vigneau, en plus du bénéfice non négligeable de la gestion d'une bijouterie, se crée une nouvelle notoriété en imaginant de nouveaux modèles de bijoux.

© Evelyne Desaux.
© Evelyne Desaux.
Renommée à l'excellence artisanale qui attire rapidement la gente gradée germanique ainsi que diplomatique comme le bon miel les ours (bruns !). Officiers comme ambassadeur apprécient la table nourricière et bijoutière de l'arriviste "moitié collabo moitié résistant involontaire". La fin, à découvrir dans l'antre accueillant du Petit Montparnasse, se commet en une grande tablée, succulente pour son grand numéro œnologique, comme inconfortable parfois pour les rappels historiques dérangeants ; ou comique par des situations burlesques mais à la violence sous-jacente.

Mise en scène au cordeau, précise, à la cadence soutenue. Jean-Philippe Daguerre (tant dans l'écriture que dans la mise en scène) a opéré un découpage en séquences flash à la rythmique cinématographique, se succédant dans des fondus enchaînés brefs, dans une fluidité parfaitement maîtrisée. Mais nous ne sommes pas au cinéma... Ici pas de pathos excédentaire, ni de bienveillance émotionnelle excessive, voire injustifiée. La parole est forte, puissante, profonde et c'est l'histoire qui prime.

Le jeu des comédiens est là-dessus remarquable : sobre, juste et rigoureux. Portant le récit avec humanité et clarté, ils évitent, dans leurs interprétations, les pièges de la tragique noirceur inhérente à cette époque, et savent mettre en avant (et donner aux spectateurs) les subtilités de cette aventure romanesque, qui aurait pu paraître licencieuse ou équivoque mais qui est au final une expérience humaine non dénuée de fraternité, d'une certaine densité morale et de quelques fragments d'humour parfois piquant.

"Adieu Monsieur Haffmann"

© Evelyne Desaux.
© Evelyne Desaux.
Texte : Jean-Philippe Daguerre.
Mise en scène : Jean-Philippe Daguerre.
Avec : Grégori Baquet ou Charles Lelaure, Julie Cavanna, Alexandre Bonstein, Franck Desmedt ou Jean-Philippe Daguerre, Charlotte Matzneff ou Salomé Villiers.
Décor : Caroline Mexme.
Musique et assistanat à la mise en scène: Hervé Haine.
Lumières : Aurélien Amsellem.
Costumes: Virginie H.
Collaboration artistique: Laurence Pollet-Villard.
Durée : 1 h 25.

Du 13 janvier au 18 mars 2018.
Mardi au samedi à 21 h, dimanche à 15 h.
Petit Montparnasse, Paris 14e, 01 43 22 77 74.
>> theatremontparnasse.com

Gil Chauveau
Mercredi 24 Janvier 2018


1.Posté par jean le 24/01/2018 15:17
Dans la ville où je suis né qui était sur la ligne de démarcation un propriétaire de magasin de chaussures a été déporté. A la fin de la guerre ses employés lui ont remis les clefs et l'inventaire à jour, bien évidemment sans demande de contrepartie.Et la vie a repris.C'est ma mère qui m'a rapporté l'histoire.

Nouveau commentaire :

Théâtre | Avignon 2017 | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


PUB

PUB


Publicité



À découvrir

"Sandre"… Une vie qu’on épluche, même une toute petite vie, ça peut faire pleurer les yeux

"Sandre", La Manufacture, Avignon

Sur scène, c'est comme un trône. Un trône pitoyable. Fauteuil à l'ancienne. Pas vraiment voltaire. Pas vraiment club non plus. Plutôt crapaud. Juché sur un piédestal pas du tout en marbre. Ça ressemble plus à de la palette empilée. Peinte en noir. Et puis un abat-jour en vessie de mouton tendue. Beige très clair. Monté sur un pied trop haut. Et puis c'est tout. Un trône ordinaire. Un trône de maison de banlieue. Elle y est installée. Elle n'en bouge pas. Elle y règne sur son domaine. Son domaine.

Tout autour rien. Le vide obscur de l'irréalité, pourrait-on dire. Il n'y a qu'elle, juché sur son trône du quotidien, toute pâlotte dans cette nuit, qui brille. Qu'on voit. Et qui parle. Et qui trône sur son quotidien parce que c'est ça sa vie. La vie dont elle avait rêvé ou pas. La vie qu'on lui avait promise, c'est sûr. Et malgré les impondérables et le temps qui sabotent, elle la tenait sa vie, sa maison, son mari, ses enfants.

Qu'est-ce qu'elle dit ?... Elle s'explique, je crois. Elle parle à quelqu'un. À quelqu'un qui l'accuse, il faut croire. Quelqu'un qui l'accuse d'on ne sait pas quoi. On ne le saura qu'à la fin. Quand elle aura fini de parler. De s'expliquer. Enfin de raconter quoi, son domaine, son royaume, son empire, toutes ces années d'existence. Avec ses espoirs, très très humains. Très simples en fait. Et puis ses joies, ses plaisirs, ses émerveillements. Et puis ses déceptions bien sûr.

Une vie, c'est une sorte de succession de mondes qui s'écroulent, si on veut bien y réfléchir une seconde. On construit. On y croit. On flotte dans nos illusions jusqu'à ce qu'elles crèvent comme un ballon de baudruche et qu'on manque de crever avec elle. Parce que la petite pointe aigüe de la réalité est venue tout foutre en l'air, alors il y a plus qu'à en reconstruire un autre de bonheur. Ouais, il s'agit de parler de ça du bonheur.

Bruno Fougniès
09/03/2018
Spectacle à la Une

Nouvelles pièces courtes… un cocktail d'atmosphères, de poésie et de couleurs

"Nouvelles pièces courtes", Théâtre national de Chaillot, Paris puis tournée

Philippe Decouflé, dans des chorégraphies variées et séquencées, propose un monde artistique aux multiples reflets où la scénographie déroule des lieux et des nuances de différents horizons.

Nouvelles pièces courtes… un cocktail d'atmosphères, de poésie et de couleurs
Tout est ambiance colorée. La scénographie est partie intégrante du spectacle, presque un personnage à lui tout seul dans cette série de "Nouvelles pièces courtes". Musique et théâtre viennent se greffer à la danse. Dans l'art, les frontières n'existent plus et Philippe Decouflé suit à la lettre ce précepte. Les scènes sont courtes, comme différents rythmes d'une pulsation qui nous emmènent dans les dédales d'un univers où les lieux bousculent le temps chorégraphique.

Les tempos, les rythmes se mêlent sans s'imbriquer et donnent un sentiment kaléidoscopique de voyage. Le noir au début, puis les couleurs, submergent le plateau, étalant à profusion différentes atmosphères créées autant par celles-ci que par la scénographie.

La gestuelle est très marquée dans ses balancements coordonnés. Elle est homogène, tout en étant différente. Les mouvements sont très élancés avec le tronc souvent droit, les membres faisant office de bascule, le tronc devenant l'axe sur lequel les équilibres se jouent. Les membres inférieurs vont chercher un espace, autre, alors que les membres supérieurs en font de même mais de façon plus équilibrée en restant légèrement en biais par rapport aux épaules.

Safidin Alouache
28/04/2018
Sortie à la Une

Lili Cros et Thierry Chazelle… Artistes distillateurs de chansons de vie aux saveurs poétiques et pétillantes

"Peau neuve", Ciné XIII Théâtre, Paris et en tournée

Avec la bonne humeur accrochée en bandoulière et le sourire affiché comme une signature, Lili Cros et Thierry Chazelle, dans une harmonie en habit de duettiste, font "Peau neuve" pour unir leur poétique et charmeuse fraîcheur en un vocal et musical duo de music-hall.

Lili Cros et Thierry Chazelle…  Artistes distillateurs de chansons de vie aux saveurs poétiques et pétillantes
Dès le début, le ton est donné. On sait qu'on va passer un bon moment, que des éclairs de poésie vont illuminer ce spectacle-concert et que des traits d'humour dessineront des sourires sur nos visages, mais aussi que les textes de chansons et les répliques échangées auront parfois une teneur plus sérieuse, abordant la vieillesse ("Le vieux chien"), la mort d'un ami ("L'éclaireur") - tout en tristesse et tendre beauté, où la voix de Lili bouleverse -, la séparation ("L'anneau"), les problèmes sociaux ("Les petits attributs"), l'enfance meurtrie ("Le petit soldat")…

Mais "Le rythme est amour" et l'harmonisation des voix de Lili Cros et Thierry Chazelle régale, telle une douce friandise, nos pavillons auditifs qui hissent haut… et naviguent - entre acoustique et électrique, entre rire et émotion - sur des musiques au groove chaloupé et sur des phrasés limpides et volubiles, voire aériens et riches en couleurs tonales.

Et l'une des particularités de leur approche artistique de la composition est une pratique bien particulière de la cadence avec des appuis marqués de la voix sur les syllabes accentuées, marquant la répartition rythmique des éléments d'une phrase et créant un système de percussions vocales bâti spécifiquement pour chaque chanson où le procédé est utilisé.

Gil Chauveau
16/04/2018