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Théâtre

Printemps arabe, réfugiée Queer, Molière et… Pokémon Go : voici les balises de l'exil dans "Somnambule - Hmar Lil" d'Asmaa Samlali

La vie est souvent un dédale. Pour le personnage de "Somnambule - Hmar Lil", ce dédale commence un petit matin, juste avant le lever du soleil, dans la rue en bas de chez elle, en pyjama, où elle est surprise par son père qui revient de la prière du matin. Elle n'est alors qu'une jeune adolescente comme une autre, passionnée par les Pokémon, qui ne fait qu'à peine envisager le parcours tortueux qui l'attend, mais ce somnambulisme lui annonce déjà que sa vie sera moitié vécue, moitié occultée.



© Helene Harder.
© Helene Harder.
Quelques années après cet événement, se déclenche le Printemps Arabe, d'abord en Tunisie, suite à l'immolation d'un jeune vendeur ambulant pour protester contre la répression policière et la corruption, puis dans la plupart des pays du Maghreb. La jeunesse de ces pays se laisse emporter par un vent de liberté qui les fait manifester et délivre la parole et les désirs. Et notre somnambule se laisse emporter, elle aussi, à travers les mers, et se réfugie en France où elle découvre l'incroyable dédale qui l'attend : entre démarches administratives pour obtenir l'asile, recherche de logements qui s'avèrent chaque fois temporaires et nuits difficiles traversées de cauchemars.

C'est dans le cauchemar le plus habituel pour les demandeurs d'asile qu'Asmaa, interprétée avec une fougue et une force communicative par Asmaa Samlali, emmène le public aux premières minutes de la pièce : les dédales de l'administration, en particulier ceux, brutaux, de la préfecture, mais aussi ceux de l'OFPRA, de France Terre d'Asile et des centres d'Hébergements d'urgence. Elle est là parmi les réfugiés de Syrie, du Soudan, d'Afghanistan entre autres qui cherchent leur place. Elle est là avec, dans le cœur, le souvenir de celle pour laquelle elle a eu ce coup de foudre, qui est "belle comme la révolution".

© Helene Harder.
© Helene Harder.
Pour contrebalancer l'enfer de ce labyrinthe et la tristesse de l'exil, Asmaa se glisse dans la peau de Pikachu, le Pokémon le plus célèbre du manga animé. À cette époque, Pokémon Go fait fureur dans toute l'Europe et les dresseurs de Pokémon traversent les groupes de réfugiés qui attendent devant l'OFPRA sans les voir.

Les personnages du manga font partie intégrante du spectacle sous forme de masques (des cagoules) que l'on imagine fabriqués au crochet à mailles larges. Pour Asmaa, c'est celui de Pikachu et ses pouvoirs de téléportation. Pour d'autres personnages, d'autres demandeurs d'asile qui apparaissent dans les vidéos, ce sont d'autres cagoules de Pokémon. Comme si ces masques étaient à la fois une protection contre les persécutions qu'ils subissent et une identité qu'ils revendiquent, qu'ils demandent au travers de toutes ces démarches administratives.

Le dispositif scénographique s'inspire des éléments basiques d'une pauvre chambre de bonne : un lit, dressé à la verticale, qui servira d'écran de projection pour les vidéos, une valise, un lit de camp. Sur la droite de la scène, Zoé Kammarti incarne les personnages rencontrés, flashs amoureux queer ou encore Aïcha Kandicha, un djinn inspiré directement des contes pour enfants racontés par la grand-mère d'Asmaa. Elle est aussi musicienne, violoniste et accompagne en live la comédienne.

© Helene Harder.
© Helene Harder.
Asmaa Samlali, autrice, metteuse en scène et interprète, livre avec Somnambule une forme d'allégorie de l'exil. Son personnage Asmaa et son double Pikachu, entre dédales et cauchemars, traversées et impossibilité de retour, coups de cœurs et cours de théâtre, logements temporaires et asile finalement obtenu, donne un bel exemple de force de vie, de détermination et d'autodérision. Grâce à une interprétation touchante et la proximité avec le public qu'elle parvient à créer (un peu comme on fait une confidence à un nouvel ami), la pièce oscille entre cris de révolte, joie de vivre et rêves un peu naïfs qui donnent une mixité au spectacle, comme un drame flirtant avec la comédie.
◙ Bruno Fougniès

Vu au Point Éphémère à Paris, le 3 février 2026.

"Somnambule - Hmar Lil"

© Helene Harder.
© Helene Harder.
En français et en arabe sous-titré.
Texte : Asmaa Samlali.
Conception : Asmaa Samlali.
Collaboration à la mise en scène : Virgile L. Leclerc.
Avec : Asmaa Samlali.
Regard extérieur et dramaturgie : Karima El Kharraze.
Composition et musique live : Zoé Kammarti.
Scénographie : Shehrazad Dermé.
Création vidéo : Samir Ramdani.
Création lumières et régie : Myriam Adjallé.
Production Compagnie À Bout Portant.
Durée : 1 h.

19 février à 20 h.
Université Sorbonne Nouvelle, 8, avenue de Saint-Mandé - Bureau D003, Paris 12ᵉ
>> culture.sorbonne-nouvelle.fr

10 au 20 mars 2026 - Théâtre 13, Paris
Du lundi au vendredi à 20 h, samedi à 18 h.
Théâtre 13/Bibliothèque, 30, rue du Chevaleret, Paris 13ᵉ.
>> Billetterie en ligne
>> theatre13.com

Bruno Fougniès
Vendredi 13 Février 2026

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