Quantcast
La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Lyrique

À l’Opéra de Lyon, on se fait un "Capriccio" des Dieux !

Après l’Opéra de Paris, c’est au tour de l’Opéra de Lyon de proposer une nouvelle production de la dernière œuvre de Richard Strauss, dans une mise en scène de David Marton. Après un "Clavier bien tempéré" qui nous avait laissé(e)s de marbre à la MC93, je me demande si le jeune prodige adepte d’un Regietheater (1) radical - appris à la Schaubühne de Berlin - va encore (me) frapper !



© Opéra de Lyon 2013.
© Opéra de Lyon 2013.
Remarquez bien, c’est ce genre de question qui donne envie de courir au spectacle ! David Marton, que ce soit clair, on se l’arrache sur toutes les scènes "hype" d’opéra. Et rappelons que ce metteur en scène-là est pianiste, qu’il a appris les rudiments de la direction d’orchestre en Allemagne, à Berlin. C’est plutôt précieux quand il s’agit de s’attaquer à un chef d’œuvre lyrique de premier ordre comme "Capriccio".

Qu’est-ce que c’est que ce "caprice" créé en 1942 à l’Opéra de Munich ? Une œuvre en apparence profondément inactuelle d’un compositeur allemand vieillissant, quelque peu las (2) et qui, depuis plus de vingt ans, n’a pas retrouvé le génie des quinze premières années de sa production lyrique, cette période riche, novatrice des "Salomé" et autres "Chevalier à la rose". Et puis en 1941, l’inspiration revient après que Stefan Zweig a attiré son attention (avant son suicide en 1942) sur un livret de l’abbé Casti, mis en musique par Salieri en 1786.

© Opéra de Lyon 2013.
© Opéra de Lyon 2013.
Ce "Capriccio" ou "Conversation musicale" (comme le livret l’indique, co-écrit par R. Strauss et le chef d’orchestre Clemens Krauss) met en scène une comtesse, Madeleine, ses deux soupirants - un poète et un musicien - dans une sorte d’intermède léger et charmant dans un château français au XVIIIe siècle. Une "conversation" sur ce qu’est un bon opéra va mettre aux prises la Comtesse, ses amoureux, un directeur de théâtre, et quelques autres. C’est le vieux débat entre "piccinnistes" (ou partisans de la suprématie des paroles dans l’opéra) et "gluckistes" (ou partisans du compositeur Gluck, c’est-à-dire du primat de la musique). De même que la belle comtesse hésite entre le poète et le musicien, la dispute cherche à trancher : paroles ou musique ?

Comme le titre "caprice" l’indique, cette œuvre profondément ironique ne conclura pas vraiment. La vraie question étant bien sûr d’interroger les circonstances de création de l’opéra, comme le rappelle David Marton (et comme l’a compris avant lui Robert Carsen à Paris) : une œuvre d’art peut-elle s’affranchir du monde réel ? Un opéra qui, en fait, se découvre dans sa vraie dimension testamentaire, réévaluation et conclusion d’une carrière magnifique et ambiguë. Et qui nous offre avant tout une merveilleuse partition. Je vous en reparle.

© Opéra de Lyon 2013.
© Opéra de Lyon 2013.
Notes :
(1) Le "Regietheater" est une conception du théâtre qui laisse au metteur en scène toute latitude pour se libérer des "contraintes" des œuvres, donc de celles décidées par les auteurs. Cette pratique de la modernité a produit le meilleur (Patrice Chéreau) comme le pire...
(2) Strauss s’est plutôt compromis avec le régime nazi en se mettant à son service, avec plus ou moins de dégoût.


"Capriccio, conversation musicale" (1942).
Livret en allemand de Clemens Krauss et Richard Strauss.
Musique : Richard Strauss (1869 – 1949).
Surtitré en français.
Durée : 2 h 45 sans entracte.

Du 7 au 19 mai 2013.
Mardi 7, jeudi 9, samedi 11, lundi 13, mercredi 15, vendredi 17 mai à 20 h.
Dimanche 19 mai à 16 h.
Opéra de Lyon, 04 69 85 54 54.
1, place de la Comédie, Lyon 1er.
>> opera-lyon.com

Emily Magee, la Comtesse.
Christoph Pohl, le Comte.
Lothar Odinius, Flamand.
Lauri Vasar, Olivier.
Victor von Halem, La Roche.
Michaela Selinger, La Clairon.

Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Lyon.
Bernhard Kontarsky, direction musicale.
David Marton, mise en scène.
Alan Woodbridge, Chef des Chœurs.
Barbara Engelhardt, dramaturgie.
Christian Friedländer, décors et costumes.
Henning Streck, lumières.

Christine Ducq
Vendredi 3 Mai 2013

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.





    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Ma B.O. en couleurs" Silvano Jo… J'ai la mémoire qui chante…

"Et si pour toi, là bas c'est l'paradis Dis-toi qu'dans leur p'tite tête l'paradis C'est ici hum! C'est ici" Jean-Louis Aubert.
Le paradis c'est, un dimanche, rejoindre quelques amis.

© Laurence Guenoun.
Le paradis, c'est passer quelques instants, masqués, oui ! (Monsieur le président !) À échanger des mots avec quelques invités triés sur le volet. Non pas par prétention, mais par précaution puisque le virus circule et qu'il est, paraît-il, plus virulent, en petit comité.
Le paradis c'est, un dimanche pluvieux, se retrouver pour soutenir un artiste talentueux qui, l'espace d'un instant, transforme son loft en café-théâtre pour partager un spectacle bien vivant.

L'artiste s'appelle Sylvain mais son nom de scène est "Silvano". Et il nous offre, sur une heure, un show truffé de bons mots, de chansons d'aujourd'hui et d'avant, puis de costumes délirants.

Quel plaisir d'assister, presque clandestinement, au bonheur d'un comédien désireux de jouer, de se montrer, et de partager ; le tout accompagné par un musicien charmant et classieux.

Le paradis, pour lui, pour les deux, serait de se retrouver dans un théâtre. Vous savez, le théâtre, ce lieu où des individus de tous les horizons, le soir ou la matinée venus, se rejoignent pour entendre, écouter, savourer des textes d'auteurs, morts ou vivants ? Ces lieux dont on ne sait peu de choses en ce moment, excepté les grands… et encore… on se demande parfois qui ils intéressent vraiment ?

Isabelle Lauriou
05/02/2021
Spectacle à la Une

"Hamlet", encore et toujours dans une "mise en je" de Gérard Watkins

L'ombre fantomatique du vieux Roi légendaire n'est pas prête à laisser en paix les générations qui se suivent, tant les interrogations posées par William Shakespeare sont d'une historicité atemporelle. Désirs de pouvoir et de sexe intimement reliés l'un à l'autre pour les rendre consanguins, trahison et fidélité à un moi idéal déposé en soi par les vœux des pères, guerres des sexes et guerres intestines ou intracommunautaires se recouvrant à l'envi, ce magma incandescent parle en nous comme une matière en fusion à jamais constitutive de l'humain.

© Alexandre Pupkins.
L'auteur et metteur en scène d'"Ysteria", présentée naguère sur ce même plateau du TnBA, s'attaque avec une frénésie palpable à ce monument de littérature. Après avoir minutieusement traduit le texte original pour, tout en en préservant l'authenticité, y injecter dans les plis du discours ses propres motifs, Gérard Watkins propose trois heures et plus d'effervescence permanente. Endossant lui-même le rôle du fratricide et régicide Claudius, il donne le tempo de sa scansion décalée présidant à sa manière si particulière de faire "entendre" le vers shakespearien retraduit.

Collant sinon à la lettre du moins à l'esprit de son illustre prédécesseur, il s'affranchit de la loi des genres pour proposer indistinctement à des femmes les rôles d'hommes et vice-versa. Ainsi le rôle-titre est-il confié non sans un certain bonheur à la tragédienne née qu'est Anne Alvaro, usant avec subtilité des gammes de sa sensibilité à fleur de peau, à la fois hardie et fragile, pour réifier les affres vengeresses du jeune Hamlet. À ceci près cependant que la grande différence d'âge qui la sépare de son personnage peut rendre moins crédible le statut d'Hamlet dont le jeune âge n'est pas étranger à sa problématique au lien paternel et maternel.

Yves Kafka
15/01/2021
Sortie à la Une

J'ai peur de ne pas renouveler mes droits… Eux en ont la certitude

Je suis intermittente du spectacle. Ce n'est pas mon métier, mon métier, c'est comédienne. Intermittente, c'est juste mon régime d'indemnisation du chômage. C'est aussi une pratique d'emploi : je travaille à la mission, souvent avec des contrats très courts, pour différents employeurs. D'où un régime d'indemnisation adapté.

© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

Rébecca Dereims, Comédienne
19/02/2021