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Théâtre

Une approche rigoureuse et palpitante des "Caprices" de Francisco de Goya

"Caprices", Théâtre de l’Atalante, dans le cadre de Festival de caves à Paris

L'homme qui est enfermé dans les ténèbres dort et rêve. C’est Francisco Goya y Lucientes, peintre de cour, amoureux de l’inconstante duchesse d'Albe. Il est assailli d’ombres et de fantômes, de sorcières et de grimaces, épuisé par le travail et le tourment de la surdité, il n’est pas fou et, dans ses éclairs de raison, voit clair en l'homme. Ses noirceurs et ses lumières.



© Patrice Forsans, Atelier Contrast.
© Patrice Forsans, Atelier Contrast.
Guillaume Dujardin avec les moyens du théâtre propose une approche des "Caprices" de Francisco de Goya : cette suite de gravures dans lesquelles le peintre refuse les règles de l'art et de la bienséance, fait œuvre volontaire du désordre. De hargne et de révolte, de peurs et de grâces. Goya donne à voir les dessous du monde. Le "ferme témoignage de la vérité" qu’il propose est au sens strict fantastique… et de toute beauté.

La mise en théâtre mérite toute l’attention du spectateur.

Le texte de José Drevon dans un langage contemporain suit fidèlement les annotations en marge des estampes et donne à comprendre cet échappement de la raison, ce parcours d’énigmes, ce délire que donne à voir la suite des gravures. La scénographie minimaliste met en lumière le corps d’un acteur tout en tensions plongé dans l’étonnement de ses ombres et pénombres. Personnage prisonnier des images, pas encore libéré par la fulgurance du dessin. Le spectateur suit les chemins de traverses qui conduisent de la Manière à l'Art, du peintre de cour à l'Artiste. Rigoureux et palpitant.

Le spectacle est immergé dans la pénombre d’une cave. Il prend toute sa mesure. La cave en acteur invisible apporte, en supplément d’âme, toute la dimension qui lui est propre. Elle est bien ce lieu organique de la maison qui tient lieu de l’ensommeillement des choses. Ce lieu de l’oubli, ce lieu d’attente avant la remontée à la lumière. Les caprices y sont bonifiés.

Cette proposition dramatique est une authentique œuvre d’expérimentation. Celle d’un passage entre les arts. C'est en outre une très bonne illustration de ce que peut être le Festival des caves que Guillaume Dujardin initie depuis neuf ans en Franche-Comté et qui arrive à Paris.

Le Festival de caves à Paris

© Patrice Forsans, Atelier Contrast.
© Patrice Forsans, Atelier Contrast.
"Caprices"
Texte : José Drevon, d'après la série "Los Caprichos" du peintre espagnol Francisco de Goya.
Mise en scène : Guillaume Dujardin.
Assistante à la mise en scène : Élodie Guibert.
Avec : Maxime Kerzanet.
Scénographie : Marion Golmard.
Constructeur du décor : Patrick Poyard.
Costumes : Sigolène Petey.
Lumières : Christophe Forey, assisté de Marlis Senoner.

Du 2 au 24 juin 2014.
Lundi, mardi, mercredi et vendredi à 20 h 30, jeudi et samedi à 19 h.
Théâtre de l’Atalante, Paris 18e, 01 46 06 11 90.

et :
6, 7 et 8 juin 2014 à 20 h.
"Black House", librement inspiré des "Figures" de Rosa Luxembourg, des Pussy Riots, de la RAF, des textes d'Alfred Döblin, mise en scène Anne Montfort.
"Ce quelque chose qui est là" d'après "La nuit tombée" d'Antoine Choplin, mise en scène Chantal Morel.

13 et 14 juin 2014 à 20 h
"Vénus et Adonis" d'après le poème de Shakespeare, mise en scène Charly Marty.
"La douzième bataille d'Insonzo" d'Howard Barker, mise en scène Guillaume Dujardin.

15 juin à 20 h.
"À gorge dénouée", un spectacle Hors d'ici à travers l’œuvre de Ghérasim Luca, mise en scène Jean-Michel Potiron.
"Les écrits de M. Girardot de Nozeroy", une proposition de Christian Pageault, mise en scène Antoine de la Roche.
"Bien couverts par temps chaud" de Viktor Slavkine, mise en espace Agathe Alexis.

Numéro de réservation pour le public : 03 81 61 79 53.

Jean Grapin
Vendredi 6 Juin 2014

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J'ai peur de ne pas renouveler mes droits… Eux en ont la certitude

Je suis intermittente du spectacle. Ce n'est pas mon métier, mon métier, c'est comédienne. Intermittente, c'est juste mon régime d'indemnisation du chômage. C'est aussi une pratique d'emploi : je travaille à la mission, souvent avec des contrats très courts, pour différents employeurs. D'où un régime d'indemnisation adapté.

© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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