La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Lyrique

"Tristan und Isolde"... Quand violence rime avec passion à Pleyel !

Le 13 octobre, le rendez-vous de l’année pour les wagnériens, ce sera salle Pleyel. L’Orchestre Philharmonique de Radio France, sous la direction du chef finlandais Mikko Franck*, va donner le fameux drame musical de Richard Wagner en version concert.



Orchestre Philharmonique de Radio France, 2008 © JR Leclercq.
Orchestre Philharmonique de Radio France, 2008 © JR Leclercq.
Le concert à ne pas rater pour de nombreuses raisons : "Tristan und Isolde" est l’œuvre révolutionnaire qui renvoie pour la première fois les anciens principes de l’opéra aux orties : fini le cloisonnement des parties entre arias et récitatifs. Les scènes sont désormais reliées musicalement en un flot musical continu et en un développement orchestral d’une richesse inouïe. La composition va prendre des années au maître, qui jette les premières notes sur la partition en 1854 à Zurich.

Il y est en exil depuis 1848, après sa fuite désespérée de Dresde qui a vu la destruction de ses espoirs politiques par la répression du soulèvement révolutionnaire. Accueilli par un mécène, il tombe amoureux de sa femme, Mathilde Wesendonck. Mais cet amour impossible le jettera à nouveau sur les chemins de l’errance : il termine la partition du "Tristan" à Venise en 1859. Il faudra cependant attendre Louis II, qui lui offre un asile à Munich, pour voir la création de son chef-d’œuvre en 1865.

Le livret que Wagner écrit lui-même, à son habitude, est un somptueux poème profondément personnel. À partir de la version de la légende de Gottfried von Strasburg, il va resserrer l’action sur les personnages principaux et y verser toute sa mystique, sa vision du monde et de la vie humaine. Quelque part entre Arthur Schopenhauer et la philosophie bouddhiste.

Depuis 1865, le philtre magique wagnérien n’a pas cessé d’agir. Les années passent et les auditeurs - dont votre reporter… - sont toujours prêts à courir le monde pour s’immerger dans les profondeurs de cette musique vraiment sublime, dont les motifs et les élans captivent. Dans tous les sens du terme. Entrer dans "Tristan", c’est faire l’expérience océanique de l’infini. Wagner n’écrit-il pas au printemps 1859 à Mathilde, au sujet des représentations de son drame : "Celles tout à fait bonnes devraient rendre les gens fous". Je confirme.

La distribution du concert du 13 octobre devrait de surcroît contenter les puristes les plus intransigeants : les déjà adoubés à Bayreuth Nina Stemme et Christian Franz pour les rôles titres. Et puis bien-sûr l’excellent Orchestre ainsi que le Chœur de Radio France. Plus aucune place disponible depuis longtemps évidemment, mais heureusement pour les autres fidèles de la communion sur l’autel wagnérien, le concert est retransmis en direct sur France Musique. Allez, on retrouve le sourire !

*Le directeur musical Myung-Whun Chung initialement prévu a dû annuler tous ses concerts depuis septembre.

13 octobre 2012 à 19 h 30.
"Tristan und Isolde"
Drame musical en 3 actes de Richard Wagner.
Livret du compositeur. En version concert.
Salle Pleyel, Paris 8e, 01 42 56 13 13.
>> sallepleyel.fr

Distribution :
Nina Stemme, soprano : Isolde.
Christian Franz, ténor : Tristan.
Sarah Connolly, mezzo-soprano : Brangäne.
Richard Berkeley-Steel, ténor : Melot.
Detlef Roth, baryton : Kurwenal.
Peter Rose, basse : Le roi Marke.

Chœur de Radio France.
Matthias Brauer, chef de chœur.
Orchestre Philharmonique de Radio France.
Mikko Franck, direction.

Concert diffusé en direct sur France Musique le 13 octobre 2012.

Christine Ducq
Mardi 9 Octobre 2012

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019