La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Théâtre

Un spectacle où le moderne et le classique font couche commune, où le rock donne le tempo au lied - 01/12/2012

Les deux ballets de Martin Schläpfer marient avec audace le classique et le contemporain, avec en toile de fond une rencontre de l’opéra et du rock, osant notamment dans "Forellenquintett", une confrontation musicale entre Schubert, maître incontesté du lied, et The Libertines, groupe anglais d'indie rock... suivi de "Neither", l'anti-opéra de Morton Feldman. Le spectacle se décompose en deux...  

Tout un homme : Une histoire des mineurs de Lorraine, du monde, un récit de l'homme... apaisé - 30/11/2012

Jean Paul Wenzel s’est attaché dans son œuvre à représenter le personnage de l’ouvrier bien peu présent dans le répertoire. Trente-huit ans après "Loin d'Hagondange" et treize ans après "Faire bleu", il retourne en Lorraine et dépeint l’histoire oubliée des mineurs d’Algérie et du Maroc. Tiré de témoignages authentiques, de ceux qui ont traversé l’histoire de la migration économique des années...  

"Nouveau Roman"… entre humour, débats et littérature - 26/11/2012

La mise en scène fait vivre de l’intérieur un mouvement littéraire qui a secoué le monde de la littérature au milieu du siècle dernier. Les débats sont vifs et passionnés sans que l’humour et la légèreté ne faussent compagnie. Julien Honoré, le frère du metteur en scène Clément Honoré, débute le spectacle en racontant avec une pointe d’humour quelques souvenirs d’enfance et ses débuts théâtraux...  

Un Cyrano dépoussiéré, musical... Comme un rêve à la fois joyeux et grave - 15/11/2012

Dans le "Cyrano de Bergerac" d’Edmond, le public rit, essuie une larme devant le destin de ce personnage dont la mère aurait crié à sa naissance "okilélè" et qui est présenté comme un des plus brillants esprits de son époque, bretteur et rêveur de lune tout à la fois. Il aima platoniquement et par procuration la plus belle des précieuses, Roxane. En fusionnant avec brio le théâtre romantique et...  

Avignon Off 2013 : "Une liaison pornographique"... Un fantasme tout en simplicité où le naturel fait ses gammes ! - 14/11/2012

[Reprise] Fantasme... discret voire bâillonné, dans un jeu d’acteurs où le naturel fait ses gammes. Un texte au propos réaliste presque baigné de quotidienneté. La pièce est écrite comme un journal intime à deux voix avec deux personnages, Elle et Lui. Une histoire où Elle passe une annonce dans un journal pour vivre un fantasme qui lui tient à cœur. Lui répond. C’est la rencontre. La pièce est...  

Deux pièces de Tchekhov, comme un diagnostic social vif et aigu... quasi médical - 13/11/2012

Coléreux ou veules, sentimentaux absolument mais cupides à coup sûr et âpres à la propriété, les personnages décrits par Tchekhov dans "La Demande en mariage" et "L'Ours" sont tirés de la vie quotidienne russe. Ces deux pièces en un acte, comme autant de notes prises sur le vif par l’auteur, décrivent des caractères forts et concentrent l’action. Il y a dans "La Demande en mariage" la vieille...  

Mettre en Scène... Une diversité des formes et des contenus se confronte en terre bretonne - 09/11/2012

Le festival "Mettre en Scène"(1) s’ouvre à Rennes pour sa seizième édition. Il rassemble des metteurs en scène reconnus ou en devenir qui travaillent les textes de répertoire ou contemporain. Dans sa manière, ce festival fait se confronter la diversité des formes et des contenus. Dans la multiplicité des approches, les textes et les mises en scènes proposées mettent en évidence l’existence d’un...  

Un théâtre sur l'homoparentalité... plein d'humanité, vivant et sans outrances - 08/11/2012

Dans cette histoire, tout aurait dû se passer comme sur des roulettes : un couple, un enfant, un cercle de famille qui s’élargit, heureux d’être invité à fêter la naissance. Mais voilà, l’enfant va naître dans un couple lesbien : chez Béatrice et Françoise. Deux femmes. Objet de toutes les conversations, toujours invisibles. Leur désir provoque une onde de choc qui prend chacun dans ses travers....  

"Le Retour"… avec un Pinter aussi drôle que cynique - 07/11/2012

Dans une mise en scène où Luc Bondy réussit à faire rire avec Pinter, les comédiens déploient un jeu de qualité où la violence se dispute au désir, l’infidélité à la fidélité et le silence à la colère. Arriver à faire rire avec une pièce de Pinter, c’est la prouesse que Luc Bondy a réussi à faire. Le théâtre de Pinter est dans les silences, situé entre les mots. Les mots trébuchent pour laisser...  

"Le Retour" par Luc Bondy... Un monde de peu d’épaisseur : trop caricatural… ou pire, pas assez crédible - 07/11/2012

Dans "Le Retour" de Harold Pinter, le thème traditionnel quasi biblique du retour de l’enfant prodigue est transposé par l’auteur de manière ironique et ambigue qui, il y a cinquante ans, passait pour scandaleuse. Teddy (Jérôme Kircher), fortune faite, appartenant à l’upper middle class, universitaire et accompagné de son épouse Ruth( Emmanuelle Seigner), revient au pays natal, dans sa famille....  
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À découvrir

Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

Besoin de se dérouiller un peu les jambes, de se plaindre de la cohue qu'elles subissent tous les jours, de se rappeler des souvenirs "d'enfance" ou de se réchauffer les nerfs aux rivalités les plus classiques, rivalités de notoriété, de séduction ou d'âge, car ces quatre figures font bien partie des représentations de l'idéal féminin en compétition, telle sera la course qu'elles mènent avec fougue et sensualité.

L'idée de départ aurait pu devenir banale et vaine sans l'inventivité que les autrices, les interprètes et le metteur en scène ont déployé. Le texte de Claire Couture et Mathilde Le Quellec ancre résolument son ton dans la fantaisie, le jeu de répliques et l'humour. Les deux autrices ont laissé libre cours à leur imaginaire en gardant un point de vue moderne. Elles dessinent des tempéraments rugueux, explosifs et inattendus, qui tranchent avec les idées convenues que l'on forme face à ces représentations idéalisées de la femme : ce que cache le visage, l'apparence, l'esthétique.

Bruno Fougniès
18/10/2022
Spectacle à la Une

"Huis clos" Sommes-nous acteurs de notre destin ou de simples marionnettes ?

Garcin, Inès et Estelle, un homme et deux femmes, se retrouvent enfermé(es) dans un salon où la lumière ne s'éteint pas et duquel il est impossible de sortir. Ils comprennent qu'ils se trouvent en Enfer et se racontent leurs histoires. Ainsi se noueront entre eux des relations complexes qui ne se révèleront pas toujours réciproques.

© Anthony Dausseur.
Est-ce bien raisonnable de retourner assister à une énième représentation de "Huis clos", ce texte incontournable du théâtre français écrit, fin 1943 - début 1944, par le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre ? Une de ses plus belles œuvres et aussi une des plus jouées.
Quand on aime, on ne compte pas, semble-t-il.

Au Laurette Théâtre, une petite salle intimiste de quartier, se joue une nouvelle version de cette célèbre pièce, interprétée par deux comédiennes et un comédien attachant(es) et investi(es) : Sebastian Barrio, Karine Battaglia et Laurence Meini.

La proximité du public avec la scène et, de ce fait, le contact très proche avec les personnages renforcent très largement la thématique de la pièce. Rares ont été les fois où cette sensation d'enfermement a pu nous envahir autant, indépendamment des relations tendues qui se tissent progressivement entre les personnages et qui de ce fait sont décuplées.

Brigitte Corrigou
24/10/2022
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
20/09/2022