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Théâtre

Roméo et Juliette... La mise en scène d'Éric Ruf esquive des pièges de mièvrerie romantique

"Roméo et Juliette", Comédie-Française, Paris

"Trop" romantique, "h(y) (aille) per-romantic "… tellement mythique… L'histoire de Roméo et Juliette est née d'un fait divers popularisée par un nouvelliste italien du nom de Bandello. Le conte est repris par un poète et dramaturge anglais du nom de Shakespeare qui le croise avec la guerre des deux roses (d'York et de Lancastre).



© Vincent Pontet/collection Comédie-Française.
© Vincent Pontet/collection Comédie-Française.
Et l'histoire court, nourrie par une matière venue du fin fond des âges et de la sensibilité de poètes successifs face à la dureté des temps. Roméo et Juliette est pétrie avec la matière de la Belle au Bois Dormant, de Tristan et Yseut, de Pyrame et Thisbé.

La pièce est brutale, violente, chaotique. Les personnages, les familles, les clans vivent sous la volonté des pères qui ont soif de sang et de vengeance. Les vies se déchirent. Le texte est trivial, obscène et des fulgurations de poésie scellent tragiquement l'amour et la mort dans un même tombeau.

Une seule question se pose, une énigme reste en suspens. Elle est bien celle du miracle de l'irruption de l'amour partagé chez des êtres que tout oppose. La force de l'amour, son évanescence, sa fragilité. Comme le parfum d'une rose à la rosée du matin.

La puissance du mythe et de l'histoire est telle que toute représentation se trouve prise au risque de l'édulcoration.

© Vincent Pontet/collection Comédie-Française.
© Vincent Pontet/collection Comédie-Française.
Après soixante ans d'absence à la Comédie-Française, Roméo et Juliette revient dans l'ancienne traduction de François-Victor Hugo (répertoire oblige). Mais l'auteur n'est ni Victor (tout court) ni Edmond (Rostand). La traduction fidèle au récit est rédigée sur l'autel du bon goût poétique du Second Empire. Ripolinée avec quelques gouttes d'expression contemporaine, elle approche une part des obscénités et violences de l'original.

En déplaçant l'action de Vérone à Palerme et son Couvent des Capucins, des années 1300 aux années 1950, Éric Ruf restitue un contexte à l'histoire. Et la représentation, en prenant en compte la violence patriarcale et ses effets sur la turbulence insouciante, bornée et criminelle des progénitures, esquive des pièges de mièvrerie romantique. Dans son homogénéité, le spectacle prend une dimension consensuelle. L'esthétique accroche les comédies popularisées par le cinéma italien et américain auxquelles les costumes de Christian Lacroix apportent leur part de joie pastellées luxueuse et tapageuse.

Comme l'époque actuelle voit une recrudescence du machisme patriarcal et de sa violence associée, le dispositif fonctionne comme une mise à distance du réel que des tunnels de "poésie" accentuent. L'intensité des caractères s'en trouve lissée ce qui, au bout du conte, contrarie la volonté d'une mise en contemporanéité de la pièce et ce en dépit d'un savoir-faire indéniable des comédiens français.

Tel qu'elle se présente, la présentation de Roméo et Juliette est un bel objet qui offre déjà l'image classique d'une forme théâtrale dont Strehler et Chéreau ont été les hérauts.

"Roméo et Juliette"

© Vincent Pontet/collection Comédie-Française.
© Vincent Pontet/collection Comédie-Française.
Texte : William Shakespeare.
Version scénique d’après la traduction de François-Victor Hugo.
Mise en scène : Éric Ruf.
Nouvelle production.
Avec : Claude Mathieu, Michel Favory, Christian Blanc, Christian Gonon, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Pierre Louis-Calixte, Suliane Brahim, Nâzim Boudjenah, Jérémy Lopez, Danièle Lebrun, Elliot Jenicot, Laurent Lafitte, Didier Sandre.
Élèves-comédiens : Pénélope Avril, Vanessa Bile-Audouard, Théo Comby Lemaitre, Hugues Duchêne, Marianna Granci, Laurent Robert.
Costumes : Christian Lacroix
Lumière : Bertrand Couderc.
Travail chorégraphique : Glysleïn Lefever.
Arrangements musicaux : Vincent Leterme.
Réalisation sonore : Jean-Luc Ristord.
Collaborateur artistique : Léonidas Strapatsakis.
Assistante à la mise en scène : Alison Hornus.
Maquillages : Carole Anquetil.
Assistante à la scénographie : Dominique Schmitt.
Élève-metteur en scène : Adrien Dupuis-Hepner.
Élève-scénographe : Julie Camus.
Élève-costumière : Sophie Grosjean.
Durée : 2 h 45 avec entracte.

Du 5 décembre 2015 au 30 mai 2016.
En alternance.
Matinée 14 h, soirée 20 h 30.
Comédie-Française, Salle Richelieu, Paris 1er, 01 44 58 15 15.
>> comedie-francaise.fr

Jean Grapin
Vendredi 18 Décembre 2015

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© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

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