La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Retour sur l'enfance de Dolto pour une redécouverte de nos explorations intérieures enfantines

"Quoi de neuf, Dolto ?", Á La Folie Théâtre, Paris

"Quand je serai grande, je ne ferai pas les mêmes choses et je me souviendrai de comment c'est quand on est tout petit." Plonger à nouveau dans cette période fondatrice qu'est l'enfance ? Pourquoi pas ! Ici, la proposition de la metteure en scène Martine Fontanille passe par une remémoration autobiographique de la jeunesse de Françoise Dolto* et nous invite à une conférence instructive, plein de malices, et un brin humoristique.



© François Vivier.
© François Vivier.
À l'origine du travail de Martine Fontanille, la réécoute des dix minutes quotidiennes - intitulées "Lorsque l'enfant paraît" - qu'anima Françoise Dolto du 4 octobre 1976 au 26 mai 1978 sur les antennes de France Inter. Ensuite, celle-ci, à la lecture d'"Enfances" de Dolto, fut intriguée et passionnée par le début de la vie de la pédiatre et psychanalyste française. D'autant plus que cette dernière use d'un ton vif et spirituel pour se raconter et rapporter mille anecdotes savoureuses, drôles ou tristes, de celles qui construisent ou détruisent un enfant.

Une partie de la force et du talent thérapeutique de Dolto fut puisée dans sa propre enfance, dans les parties de sa mémoire concernant cette période qu'elle avait préservée ; et dont elle avait su exploiter certains éléments, aidé en cela par ses études de médecine ; et son analyse personnelle qui se terminera en 1939.

Le spectacle, évitant le cours magistral, prend la forme d'une conférence dynamique, à dominante humoristique, abordant sans complexe la vie, la mort, la relation aux autres. La mort est d'ailleurs un sujet particulièrement bien traitée, Dolto ayant à peine 7 ans en 1915. Ainsi, face au conflit de 14-18, l'enfant s'interrogera notamment sur le sens des mots "perdus", "disparu" ou fera appel à son imagination sa perception des mots, des événements. Par exemple, "le chemin des dames", drôle de nom et drôle d'endroit pour se battre.

© Mathilde Bailly.
© Mathilde Bailly.
Ainsi souvent les enfants pensent que les parents savent tout jusqu'à la question de la mort posée. Et l'apprentissage de la psychanalyste passe aussi par l'expérience de la fratrie. C'est en s'occupant de son petit frère Jacques qu'elle apprend le fonctionnement de l'enfance. Il pose des questions auxquelles elle essaye toujours de répondre. La discussion est continuelle, "J'ai passé ma vie à m'étonner."

Ce voyage au pays de nos premières années est aussi l'occasion de parcourir le monde de l'inconscient et des relations fondatrices "parents-enfants". Et c'est là que la dynamique particulière de cette création fonctionne admirablement bien car, dépassant le cadre de l'exposé, la conférencière (Karine Dron) interpelle le public, le questionne, l'intègre dans cette exploration juvénile… dont nous restons tous les aventuriers, même adulte.

Une belle jovialité en bandoulière, une présence dense et heureuse, donnant une légèreté à son interprétation, évitant les pièges du jeu doctoral et des pièges sentencieux, se rapprochant presque physiquement de Dolto, par le sourire notamment, Karine Dron instille ainsi un flux communicatif qui entraîne les spectateurs sur les flots de la psychanalyse, de la prise de conscience de l'inconscient, de la relation à l'autre et du langage déclencheur de remèdes préventifs, tels des navigateurs voguant de nouveau sur leurs mers intérieures enfantines.

L'espace scénique s'avère vite ludique et riche de surprises, le bureau de la conférencière, où se trouve la TSF nous donnant à entendre des extraits de l'émission de France Inter, dévoile - grâce à un mécanisme nécessitant quelques efforts de la comédienne - une machine aux rouages visibles, roues crantées et autres courroies, conçu par le sculpteur-plasticien Thierry Grasset ; et où apparaissent quelques objets extravagants, farfelus, mais faisant référence à des constructions ou jeux enfantins.

Redécouvrir celle qui osa sortir de son cabinet, qui a popularisé la psychanalyse auprès de tous les parents, et qui a fait de l'enfant "un sujet à part entière" procure ici un bonheur joyeux, et replace la communication au centre de nos vies, dans une réflexion pleine de liberté et d'espiègle bienveillance.

"Quoi de neuf, Dolto ?"

© Mathilde Bailly.
© Mathilde Bailly.
D'après "Enfances" de Françoise Dolto, paru aux Éditions Seuil et aux Éditions Points.
Mise en scène : Martine Fontanille.
Avec : Karine Dron.
Sculpteur-plasticien : Thierry Grasset.
Compagnie Haute Tension.
Durée : 1 h 05.

Du 7 décembre 2018 au 9 mars 2019.
Vendredi et samedi à 19 h 30.
À La Folie Théâtre, Petite Folie, Paris 11e, 01 43 55 14 80.
>> folietheatre.com

Gil Chauveau
Lundi 14 Janvier 2019

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Publicité



À découvrir

Si Louise Michel m'était contée… Cabaret peu orthodoxe sur l'art de la rébellion !

"Cabaret Louise", Théâtre Le Funambule Montmartre, Paris

Reprise Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et sa compagne Louise Michel sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur un cinquantenaire soixante-huitard bienfaisant, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

Si Louise Michel m'était contée… Cabaret peu orthodoxe sur l'art de la rébellion !
En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

Cet hommage audacieux et - forcément - libertaire est associé subtilement, dans un intelligent second plan et en un judicieux contrepoint, à nos désespérantes actualités. Et, tour de force réussi, est généré, en complément inattendu et croustillant, une approche de mise en abyme conjugale du couple tentant de représenter le spectacle tout en l'interrompant de tempétueuses disputes, de tentatives de réconciliation… ou de négociation de définitive séparation... Instillant ainsi dans tous les tiroirs narratifs, une revendication féminine et féministe émanant historiquement de Louise Michel et, dans une contemporanéité militante, celle de la femme d'aujourd'hui que sont les comédiennes Charlotte Zotto et Johanna Garnier.

Gil Chauveau
22/01/2019
Spectacle à la Une

"Cassandra", cruauté et infinie tendresse pour conter le métier de comédienne

La chronique d'Isa-belle L

"Cassandra", C majuscule s'il vous plaît. Pas uniquement parce que c'est un prénom qui, aussi, introduit une phrase ou parce que c'est le titre du spectacle, mais parce que Cassandra, qu'elle soit moderne ici, mythique là-bas, mérite en capitale (C) cette jolie troisième lettre de l'alphabet à chaque recoin de mon papier. La lettre "C" comme Cassandra et comme le nom de famille de l'auteur. Rodolphe Corrion.

Deux C valent pour un troisième : Coïncidence. L'auteur, masculin, très habile répondant au nom de "Corrion" a écrit pour une comédienne à multiples facettes ce seul(e) en scène. Nous voilà à 3 C et trois bonnes raisons d'aller découvrir et applaudir ce spectacle mené de main de maîtresse par la comédienne Dorothée Girot. Jolie blonde explosive, sincère et talentueuse.

Inspiré du mythe de Cassandre, Rodolphe Corrion nous propose aujourd'hui, dans son texte à l'humour finement brodé, un personnage - Théodora -, comédienne enchaînant les castings avec peine, se retrouvant d'ailleurs en intro de spectacle, face à une conseillère Pôle Emploi. Excellent moment et monologue réjouissant. Théodora sent que quelque chose va se produire dans la vie de cette conseillère, quelque chose de… bah ! Oui. Il va se passer quelque chose… elle l'avait sentie, on ne l'a pas écoutée puis… la conseillère, elle ne l'a plus jamais revue.

Isabelle Lauriou
27/03/2019
Sortie à la Une

À écouter : Anémone mange ses frites, mais ce qu’elle "préfère le plus au monde, c’est rien foutre"

Difficile d’interviewer Anémone. Elle sortait de son spectacle "Grossesses nerveuses" qu’elle joue en ce moment au Théâtre Daunou (voir article) et nous l’avons rejoint à la brasserie du coin. Elle y mangeait ses frites et manifestement l’interview ne l’intéressait pas. Malgré les efforts de l’interviewer (moi !) dont les gouttes de sueur perlaient sur le visage en décomposition au fur et à mesure de l’entretien, Anémone nous a répondu de façon claire, nette et expéditive.


À écouter : Anémone mange ses frites, mais ce qu’elle
Au passage, voici la définition de "contre-emploi" au théâtre ou au cinéma : assumer des rôles différents de celui joué habituellement et non par rapport à ce qu’on est dans la "vraie" vie. Ce qu’on a, entre autres, essayé (je dis bien "essayer" !) de demander à Anémone était de savoir pour quelle raison elle ne s'est pas plus mise en danger pour jouer autre chose que le personnage qu'elle a toute sa vie incarnée, c’est-à-dire celui d'une bourgeoise ou une vieille fille un peu coincée. Un "contre-emploi" véritable qu’elle a tenu (et justement pour lequel elle a été récompensée par le César de la meilleure actrice) est celui du Grand chemin.

Possible que l'on s'y soit très mal pris. Peut-être aurait-il fallu parler d'autres choses que de "spectacle" ?

Cet entretien reste tout de même un moment (court mais...) mémorable. À écouter absolument !

Musique : Pierre-Yves Plat

À lire >> Une Anémone en fleur au Théâtre Daunou

À venir : Interview exclusive de Pierre Santini suite à son annonce de départ du Théâtre Mouffetard.
interview_d_anemone.mp3 Interview d'Anémone.mp3  (3.33 Mo)


Sheila Louinet
23/05/2011