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Théâtre

Rendre sensible le rêve insaisissable d'un bonheur paisible petit bourgeois

"Quand le diable s’en mêle", Théâtre de l’Aquarium, La Cartoucherie, Paris

Le passage du plein air à la salle constitue pour une mise en scène une véritable épreuve de vérité. Assurément le spectacle de Didier Bezace, qui rassemble trois pièces courtes de Feydeau, renforce à l'Aquarium son unité et atteint une puissance renouvelée.



© Nathalie Hervieux.
© Nathalie Hervieux.
Le spectacle stabilise en une fable unique trois histoires qui pointent la guérilla domestique entre époux et qui s'exacerbe à l'arrivée inopinée d'un tiers. Celui-ci parce qu'il rompt l'intimité transforme la perception des événements et révèle les ridicules en imposant une vérité des apparences. Tous, mari et épouse, sage-femme, beaux parents, enfant tyran, serviteurs, tous cherchent à s'extirper d'une mauvaise farce dans laquelle ils sont englués à leur corps défendant.

L'action se transforme vite en montée au calvaire. À ce jeu le farci, le mari, le pauvre homme, atteint un stade où un rien supplémentaire lui ferait casser la comédie, le ferait plonger en tragédie, entrer en crucifixion.

En inventant comme fil conducteur un deux ex machina malin, en trouvant un diabolus sortant de la boîte, un Méphistophélès dont les cornes percent sous le front et qui se métamorphose au gré de ses méchancetés, la pièce donne du sens au mot enfer et rend sensible le rêve insaisissable du bonheur paisible d'un cocon petit bourgeois. La réalité se révèle toujours bien trop triviale.

© Nathalie Hervieux.
© Nathalie Hervieux.
En sage-femme, en messager de la mort, en enfant tyran Philippe Berodot fournit un éblouissant et monstrueux travail de mise en réalisme de son personnage transgressant tous les codes. Dans le même mouvement les autres comédiens partent du vaudeville et montent en direction de leur part de vérité : la scène atteint un point de concentration et d'ébullition rare au théâtre.

Les comédiens vont en toute liberté jusqu'au cœur de l'expression. Touchent, dans la proximité avec le public, une part d'évidence (que seul l'Art sait rendre évidente). Dans la traversée du spectacle et du plaisir qui est le leur ils atteignent ce point limite, ce point d'équilibre où les traits appuyés deviennent des éléments de caractères et non des caricatures, où sont précisés et individualisés le personnage et son universalité.

C'est comme cela que, par ce travail moliéresque minutieux et spectaculaire, le public reconnaît dans le miroir tendu, tous les siens et rit de bon cœur. Sans méchanceté.

"Quand le diable s’en mêle"

© Nathalie Hervieux.
© Nathalie Hervieux.
D’après trois courtes pièces de Georges Feydeau : "Léonie est en avance", "Feu la mère de madame", "On purge Bébé".
Adaptation et mise en scène : Didier Bezace.
Avec : Philippe Bérodot, Jean-Claude Bolle-reddat, Thierry Gibault, Clotilde Mollet, Océane Mozas, Lisa Schuster et Luc Tremblais.
Collaboratrice artistique, son et accessoires : Dyssia Loubatière.
Chorégraphie : Cécile Bon.
Scénographie : Jean Haas et Didier Bezace.
Lumière : Dominique Fortin.
Costumes : Cidalia da Costa.
Maquillage et coiffure : Cécile Kretschmar.
Durée : 2 h 10.

Du 9 septembre au 1er octobre 2016.
Du mardi au samedi à 20 h, le dimanche à 16 h.
Théâtre de l’Aquarium, La Cartoucherie, Paris 12e, 01 43 74 99 61.
>> theatredelaquarium.com

Jean Grapin
Lundi 19 Septembre 2016

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"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.

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Gil Chauveau
09/09/2020
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"Les Dodos" Virtuoses aux agrès comme aux guitares… pour des envolées poétiques et musicales, sensibles et rebelles !

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Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

Gil Chauveau
17/09/2020
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"Cabaret Louise" Cabaret foutraque et jouissif pour s'indigner encore et toujours !

Grandes ignorées de nos scolarités boutonneuses, la Commune et l'une de ses figures majeures, Louise Michel, sont tirées du passé et ici convoquées à une célébration festive et effrontée, bâtie sur des fondations soixante-huitardes bienfaisantes, où se réunissent de manière intempestive, ou pas, Rimbaud, Hugo, Léo et Théophile Ferré, Louise Attaque, Johnny Hallyday, Jules Ferry et Adolphe Thiers, etc., prenant vie grâce aux joyeux jeux virtuoses de Charlotte Zotto et Régis Vlachos.

En une forme de cabaret drolatique, foutraque, jouissif et impertinent, est rendu hommage à la révolte, à l'espérance d'une toujours future révolution, au souvenir de celles qui ont eu lieu - sans malheureusement toujours beaucoup d'efficience -, à celles et ceux - communards ou soixante-huitards - qui les imaginèrent sur le terreau de folles utopies. Régis Vlachos nous offre à nouveau un insolent et hilarant éloge d'une nouvelle rébellion à inventer, nous incitant, dans le respect de nos libertés individuelles, à nous indigner encore et toujours.

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Gil Chauveau
31/08/2020