La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Nocturne (Parade)" À l'adresse d'adultes éperdus, la nuit des temps contée à hauteur d'enfants…

Loup y es-tu ? Mort y es-tu ? Écho flouté du refrain d'une comptine visant à apprivoiser nos peurs enfantines, cette ritournelle résonne comme une antienne obsédante en ce début d'année où de puissantes et effrayantes marionnettes aux commandes semblent, comme dans un jeu d'enfants, s'en amuser follement… Le temps de l'écoute du vent et du silence suspendu, Phia Ménard nous plonge dans un nouvel opus de ses "Pièces du vent" où les éléments naturels se font les haut-parleurs d'une dramaturgie ô combien humaine, dans une scénographie où Eros et Thanatos se livrent au jeu ludique et macabre d'à la vie à la mort.



© Sigridspinnox.
© Sigridspinnox.
Nuit intense de plusieurs minutes scandées par le seul bruit des pas d'un cheval portant un père et son enfant… Le Roi des Aulnes semble vouloir s'en prendre à l'enfant… Lorsque le père arrive à destination, l'enfant dans ses bras est mort… Au sortir de la nuit noire ouvrant la représentation, un ballet de drapeaux – agités vigoureusement les uns par la Mort en personne, les autres par la Protectrice de la Concorde – s'affrontent dans un déchainement d'airs d'Opéra faisant résonner le conflit à jamais vivant entre pulsions de vie et de mort.

Et lorsque, tout droit sortis du poème de Goethe, un cheval et un enfant éthérés – enveloppes de plastique gonflées par le vent d'une soufflerie et guidées par les ventilateurs en périphérie – surgissent splendidement d'une trappe pour faire leur entrée sur la piste circulaire autour de laquelle le public se presse sur des gradins de fortune, la magie embusquée opère… L'enfant est-il vraiment mort ou avons-nous été victimes d'une hallucination auditive ?

Dès lors, il ne sera plus question que de magies, blanche et noire… Les apparences du cheval, du père et de l'enfant le montant à cru virevolteront fougueusement dans l'air pour créer une féérie lumineuse… avant qu'une armée de squelettes volants, avatars de la Mort décuplée en bataillon serré, ne s'accrochent à eux pour terrasser l'enfant sous les yeux éplorés de la Suppliante impuissante et sous le déchainement sonore de l'aria de "La Reine de la nuit", massacrée, elle aussi, par Mrs Jenkins alias Marguerite.

© Sigridspinnox.
© Sigridspinnox.
La magie toujours et encore dans les lumières stroboscopiques, créant un entre deux entre le vivant halluciné et la Mort revenant au pas de charge pour tirer à bout portant sur le cheval et l'enfant innocent… Enfant que la Suppliante éplorée – Piéta au visage de Mater Dolorosa – recueillera avec une infinie tendresse, le tendant à bout de bras vers nous… Mais n'oublions pas que nous sommes dans un conte, et si cruel soit-il, il suffira d'un petit ballon accroché au bras de l'enfant pour qu'il s'envole à nouveau et fasse résonner l'espace de ses rires innocents.

Parenthèse "rêvée" vite démentie par le réel qui insiste sous la forme d'une flotte aérienne de marionnettes anthropomorphes à l'effigie des prédateurs planétaires, aussi effrayants que ridicules, prenant possession de la piste. Super grand-guignolesques, déferlant en tous sens pour anéantir tout ce qui vit librement, transformant l'espace de la représentation en capharnaüm géant où tanks et armes volent en rafales pour célébrer la Mort. Elles ne cesseront l'affrontement avec les forces de paix aux effigies de colombes… qu'à l'anéantissement final de tous, enfouis ensemble dans les trappes de l'histoire…

Mais – comme il a déjà été dit – nous sommes dans un conte, et si cruel soit-il, il reste le lieu de tous les possibles… Ainsi de la chute qui, sans la dévoiler, offre un lumineux ballet aérien, de nature à "insuffler" l'énergie dont on a besoin pour échapper au "Meilleur des mondes" dystopique… afin de réaliser ensemble le rêve d'un monde meilleur.

© Sigridspinnox.
© Sigridspinnox.
Phia Ménard, de création en création, a le don peu ordinaire de transformer les cauchemars ordinaires en rêves énergisants… Sans doute faut-il trouver le secret de cette force irradiante, du côté de son humanité contagieuse, susceptible de nous entrainer là encore – corps et âme – dans une Parade au final réjouissant… Aussi, lorsque l'artiste chorégraphe viendra humblement saluer "son" public (sous un concert d'applaudissements tout autre que convenu…), on aura – pour le Théâtre qu'elle défend avec une générosité sans pareille – un pincement de cœur…

Comment diable est-il possible que le Conseil Régional des Pays de La Loire ait brutalement supprimé à la Compagnie "Non Nova, sed nove" ("Nous n'inventons rien, nous le voyons différemment") toutes ses subventions ? Sa Présidente aurait-elle pour objectif d'autres "Horizons"… d'attente, incompatibles avec une culture populaire émancipatrice dont le mantra, inscrit dans le nom de la Cie, est de "voir différemment" ? Telle est la question… (Ainsi parlait Hamlet).
◙ Yves Kafka

Vu le 31 janvier 2026 dans la Salle Vauthier du tnba - CDN de Bordeaux.

"Nocturne (Parade)"

© Sigridspinnox.
© Sigridspinnox.
Création le 18 juillet 2025 à Anvers - Zomer Van Antwerpen
Pièce du Vent.
Idée originale, création, chorégraphie : Phia Ménard.
Collaboration artistique : Cécile Briand.
Avec : Phia Ménard et Cécile Briand en alternance, Fabrice Ilia Leroy.
Création des marionnettes et objets : Phia Ménard et Fabrice Ilia Leroy.
Dramaturgie : Jonathan Drillet.
Création musicale : Ivan Roussel.
Création lumière : Éric Soyer.
Régie du vent : Clarisse Delile.
Stagiaire artistique : Amélia Dantony.
Compagnie Non Nova - Phia Ménard.
À partir de 8 ans.
Durée : 1 h.

A été représenté du 27 au 31 janvier 2026 (lors de 9 représentations, matinée et soirée) dans la Salle Vauthier du tnba - CDN à Bordeaux (33).

Tournée
Du 11 au 13 février 2026 : L'Idéal - Théâtre du Nord (en partenariat avec Le Grand Bleu, Lille) Tourcoing (59).
Du 11 au 14 mars 2026 : CDN de Normandie-Rouen - Rouen (76).
Du 17 au 19 mars 2026 : Le Sablier - Centre National de la Marionnette (dans le cadre du Festival Spring), Ifs (14).
Du 22 au 25 mars 2026 : Le Trident - Scène nationale (dans le cadre du Festival Spring), Cherbourg-en-Cotentin (50).
Du 1er au 4 et 7, 8 avril 2026 : MC93 - Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny (93).
Du 16 au 18 avril 2026 : Centre Culturel Robert Desnos - Scène nationale de l'Essonne, Ris-Orangis (91).
Du 28 au 30 avril 2026 : Les Quinconces & L'Espal - Scène nationale, Le Mans (72).
Du 9 au 10 mai 2026 : Nuithonie, Villars-sur-Glane (Suisse).
Du 19 au 22 mai 2026 : La Comédie de Valence - Centre dramatique national Drôme-Ardèche, Valence (26).
Du 26 au 28 mai 2026 : La Maison de la Danse aux Subsistances, Lyon (69).

Yves Kafka
Lundi 9 Février 2026

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | Avignon 2024 | À l'affiche ter | Avignon 2025




Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.