La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Pour le meilleur et pour le dire"… Remettre la parole au centre de la relation amoureuse

"Pour le meilleur et pour le dire", Manufacture des Abbesses, Paris

Ça aurait pu être du théâtre de boulevard… mais une écriture nerveuse à l'humour décalé, des dialogues pleins de vivacité et bien rythmés, des jeux de mots parfois hasardeux mais toujours inattendus, une mise en scène construite sur un enchaînement vif et dynamique de courtes séquences et une distribution enthousiaste et énergique en ont décidé autrement. "Pour le meilleur et pour le dire" est la bonne surprise de cette rentrée.



© John Bersi.
© John Bersi.
Enchaînements de quiproquos, de non-dits, de situations plus ou moins cocasses structurent assez rapidement une pièce vaudevillesque où l'amour est l'enjeu premier et l'art de la communication le deuxième. Avec, pour final, une joyeuse exception à la règle édictée par les Rita Mitsouko : "les histoires d'amour finissent mal… en général".

Histoire de couple, de passion amoureuse, de désir d'enfant… Lui, Julien (Roger Contebardo), éditeur, plus qu'hésitant quant à un engagement sérieux, vulnérable et maître ès sciences des non-dits, ayant encore une séparation non complètement digérée sur l'estomac mais fou amoureux de la gentille et très affective Audrey (Céline Perra), qui, elle, est dotée d'une hypersensibilité joliment développée, illustratrice de livres pour enfants, sous l'emprise d'une horloge biologique à l'urgence insistante… impressionnable, ressentant chaque émotion, chaque contradiction, chaque contrariété dans une dramatisation émotive et exagérée.

© John Bersi.
© John Bersi.
Voici le fil principal de la pièce quasiment posé, si ce n'est qu'il se voit agrémenté, pour le plaisir voyeur et jovial du spectateur, d'une partition psychanalytique un brin déjanté jouée par la virevoltante et spirituel Tessa Volkine (Mona) ; et d'actions délibérées ou involontaires de l'entourage composé de Coralie, la meilleure amie - pétillante et espiègle Caroline Brésard - et de Sacha, le fils de la psy (Édouard Giard, très juste en jeune adulte en quête d'une "vraie première histoire d'amour").

Et cerise sur le gâteau, tous ont en commun, sans le savoir, les consultations chez la même psy, Mona, qui use, dans sa thérapie peu orthodoxe, d'une forme verbale ludique, jonglage virtuose de vocables décomposés/recomposés, jouant de mots à double sens ou analysant le double sens des mots émis volontairement ou par lapsus par le patient.

La mise en scène imprime immédiatement une cadence rapide à la succession des scènes construites soit sur l'émotion, le sentiment amoureux, la découverte de l'autre, soit sur le rire et la rythmique échevelée de mécanismes théâtraux propres au boulevard ici fort astucieusement utilisés. Les dialogues sont dopés à la vitamine C et l'ensemble des comédiens y va de son énergie pour amplifier une orchestration enjouée et pleine de vivacité.

© John Bersi.
© John Bersi.
Au final, tous essayent de démêler cet imbroglio sentimental, fait de méli-mélo à démêler, de malentendus à éclaircir et d'incommunicabilité aiguë à dissoudre. Sachant que toute règle a ses exceptions (attention spoiler !), l'histoire d'amour, ici, se finit bien… en général !

Exposition du catalogue des non-dits, de la grande braderie des intentions manquées, des déclarations étouffées dans l'œuf, des silences parlants, des vérités cachées, des lapsus révélateurs, "Pour le meilleur et pour le dire" remet la parole et la communication au centre de tout, nous offrant un intelligent ballet des sentiments à fleur de peau, des émotions évocatrices de la difficulté de communiquer, de la manière d'être ensemble, d'être soi-même, de dire et de se dévoiler à l'autre.

Nota : la pièce est dédiée à Elsa Cayat, la psy de Charlie Hebdo, victime de l’attentat de janvier 2015 et qui se trouvait être la psychanalyste de David Basant. La pièce lui rend hommage à travers le personnage de Mona, qui en est librement inspiré.

"Pour le meilleur et pour le dire"

© John Bersi.
© John Bersi.
Texte : David Basant et Mélanie Reumaux.
Mise en scène : David Basant.
Assistante mise en scène : Clara Leduc.
Avec : Caroline Brésard, Roger Contebardo, Édouard Giard, Céline Perra, Tessa Volkine.
Musique : David Basant et Bruno Souverbie.
Scénographe : Alain Lagarde.
Lumières : Pierre Peyronnet.
Durée : 1 h 20.

Du 17 janvier au 24 février 2019.
Jeudi, vendredi, samedi à 21 h et dimanches à 17 h.
Manufacture des Abbesses, Paris 18e, 01 42 33 42 03.
>> manufacturedesabbesses.com

© John Bersi.
© John Bersi.

Gil Chauveau
Vendredi 11 Janvier 2019

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021




Partenariat



À découvrir

"Underground" Éloge du risque amoureux

L'amour comme les angelots n'a pas de sexe. Même les amours les plus charnels, les plus dévastateurs, les plus profonds, les plus troublants. Oui, c'est étrange d'énoncer cela. Mais c'est ici le propos central d'"Underground". Underground, le métro en anglais, et plus symboliquement ici, telle l'image des entrailles sinueuses et enfouies de l'être intime, là où dorment les désirs cachés, indiscrets, inavouables, mais surtout les désirs inconnus et les peurs.

"Underground" explore cette faille des êtres humains, que l'ordre établi, la conscience et la puissance de l'éducation morale dissimulent pour que les normes sociales dominent. La jeune femme, interprétée avec une sensibilité troublante par Clémentine Bernard, seule sur scène, semble pourtant extrêmement classique, anodine, assise dans sa rame de métro. Mais c'est son discours intérieur qu'elle nous partage alors, une voix grâce à laquelle elle va nous emporter vers l'histoire qui l'attend et l'émotion qui va faire résonner son corps, de sa peau jusqu'au plus profond de son être.

Le début du texte la saisit au moment de sa rupture avec l'homme convenable et convenu que la vie lui destinait. Une vie normale, faite de projets d'enfants et de vacances, faite d'un quotidien bien balisé, d'un ordinaire applaudi par tous : familles, amis, rencontres. Une ouverture qui semble comme le début d'un exil obligé. Elle a perdu ce conventionnel qui l'habillait comme une armure. Elle est égarée dans ce métro comme dans un dédale sans issue.

Bruno Fougniès
11/01/2022
Spectacle à la Une

Piquer en plein cœur au théâtre La Flèche, Paris, Jeudi 6 Janvier, 21 heures…

Comment démarrer cette chronique ? Par une citation ? "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé", Lamartine. Oui ! Qu'en dirait Laurent Orry ?

© Fabien Montes.
Ah ! Oui. Laurent Orry, c'est l'acteur impeccable vêtu d'un vieux manteau usé et poussiéreux qui, pendant 1 h 15, déploie toute sa force, son énergie mais surtout sa palette d'émotions au service de ce délicieux texte écrit par Alessandro Baricco : "Novecento".

Il interprète Tim Tooney, trompettiste, qui pendant plusieurs années jouera aux côtés de son grand ami Novecento, pianiste génial et hallucinant dont les notes dépasseront même l'océan !

Novecento est donc le héros. C'est dans un carton à chaussures déposé sur le piano de la salle de bal d'un paquebot que Novecento commence sa vie, recueilli par un homme d'équipage… et c'est là que démarre l'histoire.

Et ! Quand Novencento rencontre Tim Tooney, comme une tempête en pleine mer, la secousse est grande, les oreilles agitées et le regard fixe pour ne rien manquer de ce spectacle de vague… à l'âme…

Si ! Car le cœur de Tim Tooney est lourd de peine quand il repense à son ami disparu qui jamais n'avait de son vécu touché la terre ferme. Novecento, sa vie, c'était le paquebot, la mer, les visages des voyageurs entre l'Europe et l'Amérique qui l'inspiraient et ont fait de lui un virtuose mais aussi un homme perdu au milieu de l'océan qui n'a jamais su d'où il venait, qui il était et, de la terre ferme, en a développé une vraie névrose.

Isabelle Lauriou
10/01/2022
Spectacle à la Une

"Fragments" d'Hannah Arendt Du 5 au 8 février 2022 à l'Espace Rachi

Bérengère Warluzel et Charles Berling nous invitent, à travers les mots d'Hannah Arendt, à aimer cette faculté inhérente à la nature humaine : penser. Non, penser n'est pas réservé à une élite, bien au contraire. Penser peut être une aventure joyeuse pour chacun, en plus d'être une jubilation et un enthousiasme qui se partagent.

© Vincent Berenger/Châteauvallon-Liberté - Scène Nationale.
"L'essentiel pour moi, c'est de comprendre : je dois comprendre", dit Hannah Arendt. Au fil de ses textes philosophiques et politiques, mais aussi, et c'est moins connu, ses escapades poétiques, Hannah Arendt a construit une œuvre singulière et inclassable. Bérengère Warluzel y a plongé, en a choisi ces Fragments qui résonnent particulièrement aujourd'hui.

Une table, des chaises, les notes d'un piano… ce n'est pas une biographie, mais un parcours ludique, une traversée partagée et qui ouvre l'accès à la liberté de penser pour soi-même autant qu'à une volonté de comprendre en tant que citoyen et citoyenne dans le monde que nous habitons.

Celle qui voulait avant tout "penser sans entraves" s'adresse à nous et nous invite à penser avec elle.

"La pensée (…), conçue comme un besoin naturel de la vie (…) n'est pas la prérogative d'une minorité, mais une faculté constamment présente en chacun de nous."
François Rodinson.

Annonce
14/01/2022