La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Humour

Popeck : toujours là... Même pas mort !

"Même pas mort !", Théâtre L'Archipel, Paris 10e

"To be or not to be has been ? That is the question."
Pour les plus de 75 ans, traduction : "Être ou ne pas être dépassé ? Telle est la question".
Pour les moins de 15 ans, traduction : "Est-il mieux d’être dépassé de mode ou d’avoir son caleçon qui dépasse, à la Kev Adams ?"



© DR.
© DR.
Je souris. Je ris, rigole, m’éclate, me tape une bonne tranche de rigolade. Aïe aïe aïe…
Je fais rire avec des gros clichés, j’écris mes textes à la pâte à modeler, j’ai loupé mon brevet et je lève le poing pour exister.

En attendant… Popeck résiste à tous ces nouveaux comiques. Respectant au mieux son public.

L’autre soir dans ce théâtre, il a failli ne pas jouer. Non pas qu’il ne le voulait pas, c’est son producteur qui a hésité. Le monde a changé. Le théâtre aussi. Je vous fais un résumé :
Popeck a quitté pour quelques soirées le théâtre Daunou pour la Province. Normal. Puis, il est revenu à la capitale. Dans la même salle. Et là : bizarrerie de la direction ou décision bien consentie : son décor et les pendrillons avaient disparu, le plateau était mal fichu. Changement radical. Un autre spectacle se jouait après le sien, plus rentable ? Sûrement. Popeck ne rapporterait-il pas assez de : kopeck ! Pour la direction de cette agence de spectacle immobilière ? Probablement.

N’est pas Kev Adams qui veut. On a affaire à Popeck. Vous savez celui que certains professionnels traitent de "has been". Popeck que les pros voudraient voir finir en discothèque au milieu des teenagers se déhanchant sur "Billy Jean" sans bretelles et sans élastiques, pour tenir leurs denim’s ! Popeck l’amuseur, le clown, le poète… peu vu à la télé ces dernières années cédant sa place aux comiques mal sapés.

© DR.
© DR.
Has been Popeck ? Je réponds, en anglais : no, he is not has been.

Popeck a joué et la salle était pleine. J’y étais. Une chance. Popeck le roi de l’élégance dans son costume trois pièces et ses chaussures blanches. Il en a du style. À 76 ans.

76 ans et plus de 40 ans de carrière. Has been ?

Quand il a démarré dans les cabarets, ça se bousculait moins à l’entrée. Aujourd’hui, la télévision s’y est mise. Il y a tellement de nouvelles têtes qu’on ne sait plus à quel comique se vouer. "Comique", encore faut-il qu’ils nous fassent marrer. L’émission, qui justement se pose cette question, fait un carton. Elle fabrique à la semaine les nouveaux "show, surtout, men" qui viendront enfler les théâtres de Paris et le festival d’Avignon. Même les animateurs de radio explosent en tournée. Nous aurons bientôt droit aux journalistes du JT présentant leur spectacle comique sur les faits d’actualité. 30 Représentations exceptionnelles à la Comédie des Champs-Élysées.

Après "juste pour rire", on aura juste le droit de pleurer…

Avant, il y a 40 ans à peu près… Popeck démarrait. Le public venait pour passer une bonne soirée sans trop savoir à quelle sauce "humoristique" il serait mangé. Il riait ou pas. Se retournait ou pas. Applaudissait ou pas. Donnait ou pas. Et le comédien continuait. Ou pas. Popeck a continué. Pourtant ce n’est pas au métier "d’humoriste" qu’il se destinait. Il voulait être un comédien. Simplement. Et son humour, sa poésie ont pris les devants. C’est ainsi et c’est bien aussi.

© DR.
© DR.
Aujourd’hui, on parle audience, rentabilité. Les théâtres enchaînent les spectacles, comptant d’abord leurs billets, avant de s’intéresser au sujet.

Ainsi va le monde, ainsi va la vie. Popeck l’a bien compris et il fait avec. Il n’est ni lassé, ni aigri. Il aime jouer la comédie. Il chante, il rit. Il est émouvant parfois, tordant le plus souvent.

Il parle de son métier, des rencontres qu’il a faites, de ses petites curiosités et pousse la chansonnette.

Il assure un spectacle de 90 minutes, sans entracte ou pause démesurée. Il ne se moque pas de son public, porte un micro casque et, bien qu’il y soit un peu "allergique", avoue grandement que "pour garder sa voix, sur la durée, c’est bien pratique."

"Sur la durée" il a dit. Oui. 40 ans de carrière. On peut le dire ou l’écrire. Il a duré. Il a une longue carrière, en effet. Il a prouvé qu’il avait du talent et un certain savoir-faire. Il a "surfé" sur les années. Il a donné. Il a "mouillé la chemise", il a assuré. Il a traversé des décennies. Quoiqu’on en dise.

© DR.
© DR.
Popeck, un soir de février, s’est donné la peine de jouer. Un public très attentif l’attendait et l’a applaudi comme il le méritait. Des minutes et des minutes sans s’arrêter. Ah ! Ce qu’on a rigolé. Jamais de vulgarité, des bons mots, toujours bien placés.

On serait bien tous restés mais dans ce théâtre, il faut se dépêcher. Oui. Après il y a un autre spectacle. Je ne sais pas si lui aussi affichait complet.

Ce qu’il est gentil Popeck, c’est lui qui nous a demandé d’arrêter d’applaudir pour laisser la place aux artistes d’après. Il nous a remerciés. Les derniers claquements de mains se sont assagis, les lumières de la salle se sont rallumées, les applaudissements ont cessé. On n’allait pas désobéir à un grand artiste aux 40 ans de métier.

"On est pas des sauvages tout de même !"

"Même pas mort !"

De et par Popeck.
Durée : 1 h 15.

Du 22 septembre 2017 au 13 janvier 2018.
Vendredi à 19 h et samedi à 17 h.
Théâtre L'Archipel, Salle Rouge, Paris 10e, 01 73 54 79 79.
>> larchipel.net

Première publication : 22 février 2013, suite à la programmation au Théâtre Daunou, puis au Théâtre L'Archipel (du 1er mars au 14 avril 2013).

Isabelle Lauriou
Samedi 4 Novembre 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives




    Aucun événement à cette date.



À découvrir

Entendre le théâtre… Un voyage sonore dans le théâtre français au XXe siècle

Le théâtre, au-delà de la scène, du plateau, de l'expression et des mouvements de ses protagonistes, de la représentation imagée, symbolique, imaginée des décors, c'est le texte, les sons, la musique et la voix, les voix… Le théâtre peut donc être écouté… et a été écouté ! Dans l'exercice de son rôle patrimonial, la BnF (associée au CNRS) crée un site et une série de podcasts dédiés à la dimension acoustique de cet art.

Entendre le théâtre… Un voyage sonore dans le théâtre français au XXe siècle
Le théâtre est bien évidemment un art évolutif, en perpétuelle mutation. La manière dont on le perçoit a changé quand lui-même bouleverse en permanence ses manières de représentation, ses codes, ses modes internes d'expression. Mais quel était-il au XXe siècle ? Comment l'a-t-on écouté ? Comment l'entendait-on ? Comment y parlait-on ?

La Bibliothèque nationale de France et le CNRS s'associent donc pour explorer, grâce à des archives exceptionnelles et souvent inédites, la diversité des voix et des sons du théâtre, ainsi que leurs évolutions dans la seconde moitié du XXe siècle. De Jean Vilar à Rosy Varte, en passant par Habib Benglia, Antoine Vitez ou encore Maria Casarès, on y découvre ou redécouvre les voix puissantes, profondes et singulières de celles et ceux qui ont marqué les différentes scènes françaises.

Sous l'influence de la radio, du cinéma, ou encore du cabaret, les scènes françaises se sont mises, dans les années cinquante-soixante, à exposer de nouvelles façons, plus accessibles, de dire les textes dramatiques, tandis qu'étaient explorés de nouveaux territoires de l'oralité. Ce sont ces différents aspects, novateurs à l'époque, que permet de découvrir le site "Entendre le théâtre".

Gil Chauveau
25/02/2020
Spectacle à la Une

"Vies de papier" Un road-movie immobile, une épopée de l'autodérision

Leur tournée passe peut-être pas loin de chez vous. Il faut aller voir Benoît Faivre et Tommy Laszlo et leur manière de rendre palpitant l'examen d'un album-photos anonyme et intrigant trouvé dans une brocante belge…

Dans "Vies de papier", ces documentaristes, ces nouveaux Dupond et Dupont mènent une enquête qui, par étapes, avec ses impasses, ses indices, ses objets déconcertants, toutes ces miettes d'un passé inconnu voit s'ajuster des miettes de mémoire et se constituer en une histoire allemande, une destinée. Celle d'une femme allemande pendant la guerre.

Le scénario développé est improbable et véridique, le récit est haletant. Il a la dimension d'un témoignage de chasseurs de trésors qui tatônnent et se trouvent transformés eux- même par la chasse. Par la résolution de l'énigme, les ressorts secrets de la quête.

Scéniquement, tous les codes convergent vers la réalité avec, en prime dans la présence des comédiens, cette dimension de passion délivrée par des enquêteurs devenus de magnifiques conférenciers. Qui, dans leur manière de faire la liaison entre les images et les objets, cèdent à une touchante tendance à l'auto-célébration. Comme une joie, une satisfaction, une fierté à faire partager.

"Vies de papier" est un road-movie immobile, une épopée avec ce sens de l'autodérision qui fait douter jusqu'au bout et tiens les rennes du rire. Alors cet album-photos ? Cette femme, on y croit ou on n'y croit pas ? C'est la question d'un spectateur comblé.

Jean Grapin
08/01/2020
Sortie à la Une

"Macbeth" Deux clowns donnent un éclat de rire à Shakespeare

C'est un petit bijou que ce spectacle. Le mariage réussi de deux grandes écoles apparemment éloignées : la tragédie élisabéthaine et l'art du clown. Politiques, conflits historiques, guerres et meurtres d'un côté, dérision, naïveté lumineuse, enfance et poésie de l'autre. Les deux mêlés font exploser le drame de Macbeth en feu d'artifice, entre rire et effroi.

"Macbeth", faut-il le rappeler, ce sont les trois célèbres sorcières surgies des brumes de la lande écossaise qui prédisent l'avenir royal au noble Macbeth, l'assassinat d'un roi pendant son sommeil, l'exil de ses fils, le meurtre de Banco, le rival désigné dans les prédictions, des apparitions et, enfin, une guerre sanglante. Aux manettes de cette machine, un couple : Macbeth et sa femme, lady Macbeth. Pas vraiment de quoi rire face à ces passions violentes : cupidité, trahison, remords. Seulement, lorsque les regards de clowns se posent sur la triste saleté de l'existence humaine, la perception des événements les plus noirs se transfigure.

Les deux clowns, Francis (Louis-Jean Corti) et Carpatte (Maria Zachenska), incarnent tous les personnages essentiels de la tragédie. Aucune partie de l'histoire ne manque. Chaque épisode est raconté, joué, et offert avec cette distance capable à la fois de percevoir le grave et d'en retirer dans le même temps le rire grandiose de la truculence. C'est du théâtre de clowns où le mime alterne avec le jeu issu de la comédie et la narration.

Mais comment s'étonner que cette manière de mettre en scène l'écriture de Shakespeare, lui qui n'a jamais cessé d'introduire dans la plupart de ses pièces, un fou, un bouffon, un clown ou un personnage tiré de la simplicité du peuple qui avec ses mots simples, ose dire ce que les autres n'osent pas. En cela, les deux clowns de cette histoire sont des passeurs entre ces héros tragiques et le public.

Bruno Fougniès
11/02/2020