La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Orlando"... Un théâtre manifeste, lieu de toutes les tragédies et de toutes les dérisions

"Orlando ou l'Impatience", Théâtre de la Ville, Paris

Dans "Orlando" d'Olivier Py, il y a la mère, grande comédienne, qui entre en scène nerveuse mêlant vie exacerbée quotidienne et répliques phrasées et paraphrasées. Il y a le fils, en quête de père, en quête d'identité, qui veut inscrire ses pas de jeune poète dans le grand œuvre du Théâââtre et vit une vie d'artiste pauvre, insouciante et amoureuse avec son amante et son amant.



© Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon.
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon.
Il y a le père, à chaque fois putatif, grand metteur en scène et grand théoricien de la scène vivante contemporaine qui apporte la théorie définitive : d'un théâtre thérapie du monde. Il y a le ministre de la Culture médiocre, narcissique et masochiste fasciné par les comédiens et leur voue une forme de haine exaspérée. Ambivalence des sentiments, dialectiques du pouvoir.

Les scènes qui les réunit tous se répète cinq fois, comme autant de souvenirs d'actes, autant de souvenirs de répétitions. De répétition des mêmes scènes dans leurs variations, dans la même distribution des rôles mais dans leurs avatars respectifs.

La scène s'inscrit dans une cage de scène avec au lointain sa projection géométrique, sa mise en perspective. La scène est vue du côté coulisses. Jardin est à cour et cour à jardin. Le monde représenté par elle est inversé. Affectée de girations périodiques, mue par les comédiens et techniciens, la scène voit ses perspectives se dépraver : chacun de ces actes marque les étapes d'une vie sur trente ans. L'autofiction, l'autobiographie d'Olivier Py n'est pas une hypothèse. La machine théâtrale devient une formidable machine à faire remonter le passé à la surface. Jalons d'une réalité.

© Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon.
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon.
En fin connaisseur de la machine théâtrale, Olivier Py installe une mise en abyme des plus réjouissantes. Dans cette histoire à vérités cachées, parsemées de tirades à grande tenue littéraire ou politique, la machine à illusions est aussi une machine à allusion, à clins d'œil. L'auteur joue sur le sens des mots et des choses. Au spectateur de s'amuser à trouver des clefs.

Entrecoupée d'interventions d'un bateleur à l'avant-scène qui vante, pour chaque époque, la panacée qui ferait le bonheur du monde, Orlando est placé sous le signe de la farce et assume pleinement, dans cette véritable chanson de geste picaresque, une dimension comique que le public ne rechigne pas à saluer par des salves de rires.

Pourtant (même pour qui n'a pas suivi dans sa carrière Olivier Py ainsi que sa troupe), une émotion intime est bien palpable. Ce théâtre animé par un sens de la dérision rejoint toutes les tragédies. Celle du meurtre du père, celles de la mort de l'amant. Celle de la vieillesse qui avance. L'énigme de la Vie. L'énigme de la beauté.

© Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon.
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon.
Et Olivier Py en homme de théâtre pointe dans Orlando ce lieu paradoxal, ce point de renversement, ce point vide propre à toute chambre obscure qui est le point d'attente du mystère et sa réalisation. Ce point à partir duquel jaillissent l'énergie, la lumière, l'espace, le temps et qui s'incorporent dans le corps du comédien aux prises avec la parole.

Ce théâtre pose beaucoup de questions théosophiques : il n'est donnée qu'une réponse. Le théâtre ne donne pas le sens de la vie, il est la vie de ce qu'il est : le théâtre. Ce jaillissement poétique.

Dans cette pièce, Olivier Py fait ressurgir, dans sa fraicheur, le théâtre de sa jeunesse proposé au public actuel comme un théâtre de l'avenir. Un théâtre manifeste par lequel se manifeste un théâtre qui sait conjurer le vieillissement. Olivier Py trouve en Matthieu Dessertine un double de lui-même.

"Orlando ou l'Impatience"

© Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon.
© Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon.
Texte & mise en scène : Olivier Py.
Scénographie, décor, costumes & maquillage : Pierre-André Weitz.
Avec : Jean-Damien Barbin, Laure Calamy, Eddie Chignara, Matthieu Dessertine, Philippe Girard, Mireille Herbstmeyer, Stéphane Leach, François Michonneau.
Lumières : Bertrand Killy.
Musique : Stéphane Leach.
Durée : 3 h 20.
"Orlando ou l’Impatience" est publié aux Éditions Actes Sud-Papiers, juin 2014.

Du 8 au 18 avril 2015.
Du mardi au samedi à 20 h, dimanche à 15 h.
Théâtre de la Ville, Paris 4e, 01 42 74 22 77.
>> theatredelaville-paris.com

5 et 6 mai 2015 : 19 h 30, CDDB - Théâtre de Lorient, Lorient (56), 02 97 83 01 01.

Jean Grapin
Dimanche 12 Avril 2015

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





    Aucun événement à cette date.



À découvrir

Le festival Nice Classic Live poursuit sa mue

Un nouveau festival à Nice ? Depuis 2018, le Nice Classic Live a repris l'héritage des Concerts du Cloître et le fait fructifier. Pour l'édition 2019, le festival s'étoffe en offrant une belle programmation estivale dans divers lieux patrimoniaux de la ville et en créant une Session d'Automne pour les cent ans des Studios de la Victorine.

Le festival Nice Classic Live poursuit sa mue
Depuis 1958, les Concerts du Cloître embellissaient les étés des adeptes de la perle de la Méditerranée (habitants et touristes). Désormais sous la direction artistique et la présidence de l'enfant du pays, la pianiste Marie-Josèphe Jude, le festival devient un rendez-vous classique majeur des Niçois et plus largement de la Région Provence-Côte d'Azur. Le festival investit ainsi de nouveaux lieux tels que le Musée Matisse ou le Palais Lascaris, un chef-d'œuvre baroque en plus du superbe Cloître du XVIe siècle - jouxtant avec son jardin et sa roseraie le Monastère de Cimiez fondé au IXe siècle par des Bénédictins.

Pour cette deuxième édition sous le nouvel intitulé de Nice Classic Live, Marie-Josèphe Jude a imaginé une programmation placée sous le signe de la filiation entre les compositeurs, les artistes invités (la crème des interprètes français) ; réunissant également une famille d'artistes dans le cadre de l'Académie internationale d'Été qui donne sa chance aux jeunes talents depuis soixante ans. Petite sélection des concerts à ne pas rater si vous avez la chance de passer quelques jours le long de la Baie des Anges.

Christine Ducq
28/06/2019
Spectacle à la Une

39e édition du Festival de la Vézère

Du 9 juillet au 22 août 2019, la 39e édition du Festival de la Vézère propose une vingtaine de concerts très variés et deux beaux opéras de chambre avec la compagnie Diva Opera dans quatorze lieux du riche patrimoine de Corrèze.

39e édition du Festival de la Vézère
Créé en 1981, le Festival de la Vézère a toujours eu à cœur de proposer une série de rendez-vous musicaux d'une très grande qualité en Corrèze. Deux orchestres, une compagnie d'opéra, des chanteurs et des instrumentistes d'envergure internationale mais aussi de jeunes talents (que le festival a toujours su repérer avant l'envol de leur carrière) se succèderont jusqu'à la fin de l‘été. À suivre, quelques rendez-vous choisis dans une programmation qui cultive l'éclectisme.

Des deux orchestres invités, l'Orchestre d'Auvergne toujours fidèle au festival vient d'obtenir le label "Orchestre national" cette année. Il sera dirigé par son chef depuis 2012, Roberto Forès Veses. Dans le Domaine de Sédières, on l'entendra dans un beau programme d'airs de Mozart à Broschi accompagner la soprano russe qui monte, Julia Lezhneva (14 août). Le second est l'Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine dirigé par Jean-François Heisser qui donnera à entendre une de ses commandes (entre autres pépites telle la 41e symphonie "Jupiter" de Mozart) pour sa première venue en Corrèze, "Le Rêve de Maya" de Samuel Strouk - un double concerto pour accordéon et violoncelle, que joueront ses créateurs Vincent Peirani et François Salque (16 juillet).


Christine Ducq
26/06/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le marathon "hors pair" de William Mesguich… Entretien à paroles déliées

William Mesguich, monstre de travail scénique et maître ès arts dramatiques, doté d'une soif inextinguible pour tout ce qui le fait vibrer, s'apprête à affronter un Festival d'Avignon tout particulièrement chaud cet été… Et ce n'est pas là que question de canicule ! Qu'on en juge par le programme pantagruélique qu'il a dévoilé en "avant-première" à La Revue du Spectacle.

•Off 2019• Le marathon
Yves Kafka - William Mesguich, votre appétit pour le théâtre n'est plus à prouver, mais pour cette édition d'Avignon 2019, on pourrait parler de boulimie… On vous verra quatre fois en tant que comédien et pas moins de cinq en tant que metteur en scène. Alors, comme le personnage de "Liberté !" que vous mettez en jeu, êtes-vous atteint "d'une curieuse maladie, celle de ne pas arriver à faire des choix" ? Brûler les planches serait-ce votre manière à vous de soigner cette addiction dont vous avez hérité ?

William Mesguich - Les chiens ne font pas des chats… L'exemple donné par mon père m'a "imprégné" durablement. Sa faconde, son enthousiasme, sa générosité… J'aime infiniment le théâtre. Il ne s'agit pas de courir après l'exploit, d'établir des records, mais de faire vivre cet amour du théâtre. Je suis profondément heureux sur les planches…

J'aime la vie, ma famille, mes amis… mais il est vrai que je suis tout particulièrement heureux sur la scène, quand je dis des textes et ai le bonheur de les partager. C'est là ma raison de vivre. Depuis 23 ans, c'est le désir de la quête qui me porte. Après quoi je cours ? Une recherche de reconnaissance ? Ou peut-être, simplement, ma manière à moi d'exister…

Yves Kafka
25/06/2019