La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Novecento… un solo théâtral et jazzy talentueux !

"Novecento", Théâtre du Rond-Point, puis Théâtre Montparnasse, Paris

Dans une magnifique interprétation, André Dussollier fait revivre la vie d'un jeune prodige pianiste qui a enchanté les mers et les océans. Il prend la double casquette du metteur en scène et du comédien pour nous conter cette histoire.



© Christian Ganet.
© Christian Ganet.
Novecento est ce pianiste qui jouait sur un bateau, et dont la réputation l'avait suivi jusqu'à Jelly Roll Morton (1890-1941), inventeur autoproclamé du jazz, qui s'était déplacé en personne pour se mesurer à lui. Le personnage est tiré d'une pièce éponyme d'Alessandro Baricco.

Le talent suinte sur les planches. Et du talent, Dussollier en montre à foison. Il en est l'incarnation. Autant dans les mouvements que dans le phrasé. Les déplacements se font souvent de façon dansée. Un orchestre de jazz (batterie, piano, contrebasse, trompette) côté cour, accompagne le récit, le ponctuant de pauses musicales, donnant de l'allant à la pièce.

Le comédien déploie une large palette d'émotions où cohabitent dans son élocution, des rythmes rapides, sobres, bousculés ou enjoués. L'acteur arrive par leur intermédiaire à recréer des situations où la gestuelle, très appuyée, fait de la voix le support théâtral d'un monologue qui ressemble à un conte.

© Christian Ganet.
© Christian Ganet.
Le pianiste est resté plus de trente ans sur un bateau et a décidé un beau jour, de faire escale à New York "pour voir la mer de la terre". C'est un régal autant dans le jeu, la musique que la mise en scène. Dussollier illumine le texte en le faisant vivre jusque dans les recoins sentimentaux d'un homme marqué par la surprise, l'éblouissement, l'attente ou l'incompréhension.

Nous sommes plongés dans les recoins de son âme, telle une mise en miroir de situations menées par Novecento et vécues par le narrateur. La mise en scène met en exergue un monde intérieur, celui des sentiments et des souvenirs, par le biais de supports extérieurs, ceux de la voix, de la musique et de la danse.

Ainsi, le jeu se "divise" en deux pour incarner à la fois l'acteur de cette histoire, pianiste, et le spectateur en la personne du conteur. D'où une tension corporelle et un basculement psychique tout au long du spectacle entre des sensations ressenties et des moments vécus.

André Dussollier fait vivre les événements de façon imagée dans des élans psychiques et corporels avec un timbre de voix parfois essoufflé, souvent nerveux, fluide ou enjoué. Le mot, la phrase deviennent le porte-étendard des émotions d'un homme porté par ses souvenirs qui remontent à la surface comme un bouchon de liège poussé par les vagues.

"Novecento"

© Christian Ganet.
© Christian Ganet.
Texte : Alessandro Baricco.
Mise en scène, adaptation française et interprétation : André Dussollier.
Coadaptation française : Gérald Sibleyras, avec la collaboration de Stéphane de Groodt.
Scénographie et co-mise en scène : Pierre-François Limbosch.
Lumière : Laurent Castaingt.
Direction musicale : Christophe Cavero.
Piano : Elio Di tanna.
Trompette : Sylvain Gontard en alternance avec Gilles Relisieux.
Batterie et percussions : Michel Bocchi.
Contrebasse : Olivier Andrès.
Assistanat artistique : Catherine d'At.
Images : Christophe Grelié.
Costumes : Catherine Bouchard.
Peinture : Alexandre Obolensky.
Durée : 1 h 10.

Du 1er septembre au 1er octobre 2017.
Du mardi au samedi à 21 h, dimanche à 15 h (relâche le 12 septembre).
Théâtre du Rond-Point, Salle Renaud-Barrault, Paris 8e, 01 44 95 98 21.
>> theatredurondpoint.fr

À partir du 6 octobre 2017.
Du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 15 h 30.
Théâtre Montparnasse, Paris 14e, 01 43 22 77 74.
>> theatremontparnasse.com

Safidin Alouache
Lundi 11 Septembre 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019