La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle




Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Les Jumeaux vénitiens"… un visage à deux faces

"Les Jumeaux vénitiens", Théâtre Hébertot, Paris

La mise en scène de Jean-Louis Benoît enchaîne les scènes dans une belle dynamique de jeu où la méfiance doit être de mise face à un faux dévot et devant son propre frère.



© Bernard Richebé.
© Bernard Richebé.
La pièce de Goldoni (1707-1793), datée de 1745, est basée sur une trame où les personnages se dédoublent. Les amours et les conflits se baladent main dans la main dans de grands chemins de malentendus. Durant la période pisane de l’auteur, "Arlequin, valet de deux maîtres" (1745) et "Il frappatore" (1757) ont aussi été écrits avec pour thème commun "le double".

La scène se passe à Vérone. Les décors laissent apparaître dans des tons clairs, deux bâtisses qui se font face et qui rappellent une construction, en vis-à-vis, à la Roméo et Juliette. Un rail permet de les faire glisser pour que, côtés cour et jardin, ils se rencontrent avec parfois un léger décalage en profondeur.

Tout se joue autour d’un canevas avec le quiproquo comme lait nourricier. Voilà deux frères jumeaux, Zanetto et Tonino, que tout sépare sauf le physique. Il est facile de prendre le même comédien bien que les rôles restent difficiles à tenir. Ils sont superbement bien interprétés par Maxime d’Aboville qui arrive à les faire exister à tour de rôle en adoptant un ton et une attitude différents pour chacun d’entre eux. D’un côté, incisif, brave et homme d’honneur, de l’autre, timide, peureux et l’esprit à peine au-dessus du niveau de la mer.

© Bernard Richebé.
© Bernard Richebé.
Les répliques, pour certaines, ont été un peu "rajeunies" avec l’emploi de mots modernes qui dénature en rien la comédie. Dans la pièce apparaissent de grandes figures théâtrales telles que Pancrace (Olivier Sitruk), ce faux dévot, vrai jumeau de Tartuffe (1669). Il est habillé d’une redingote noire, les bras ouverts comme pour excuser les fautes de ses contemporains.

À l’époque et jusqu’à Beaumarchais (1732-1799) qui militait pour la reconnaissance des droits d’auteur (1791), un auteur avait toute liberté de s’inspirer largement d’œuvres sans encourir les foudres d’une cour de justice ou finir dans un duel pour plagiat.

On retrouve les principaux protagonistes de la commedia dell'arte tels que Colombine, Arlequin et Brighella. Dès le départ, le canevas est lancé par bribes. Il est aisé de suivre le puzzle théâtral dans lequel Goldoni, mis en scène par Jean-Louis Benoît, nous emmène. Ça hurle un peu, ça se bagarre beaucoup, ça complote, ça pleure, on y meurt et on y revit. Les protagonistes sont, à tour de rôle, sujets de leurs histoires ou objets de quiproquos. La roue tourne continuellement.

Chaque personnage est particulièrement bien typé sans que la caricature ne soit prise en otage. Serviteur, Colombine, Arlequin (Luc Tremblais, Agnès Pontier, Benjamin Junthers) sont bien sertis dans leur rôle de trublions pour indisposer le maître de maison ou donner du rythme à la pièce.

Toute la troupe, dans une mise en scène bien agencée, déploie une qualité de jeu qui donne à la comédie de Goldoni toute sa beauté. On se laisse prendre facilement aux quiproquos de scène dans son fauteuil de spectateur.

"Les Jumeaux vénitiens"

© Bernard Richebé.
© Bernard Richebé.
Texte : Carlo Goldoni.
Adaptation et mise en scène : Jean-Louis Benoît.
Avec : Maxime d’Aboville, Olivier Sitruk, Victoire Bélézy, Philippe Berodot, Adrien Gamba-Gontard, Benjamin Jungers, Thibault Lacroix, Agnès Pontier, Luc Tremblais, Margaux Van Den Plas.
Décors : Jean Haas, assisté de Bastien Forestier.
Lumières : Joël Hourbeigt.
Costumes : Frédéric Olivier.
Collaboration artistique : Laurent Delvert.
Durée : 1 h 50.

Jusqu’au 31 décembre 2017
Du mardi au samedi à 21 h, samedi à 16 h 30, dimanche à 16 h.
Théâtre Hébertot, Paris 17e, 01 43 87 23 23.
>> theatrehebertot.com

Safidin Alouache
Lundi 25 Septembre 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Avignon 2017 | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


Partenariat


Publicité



À découvrir

"Une chambre en Inde"… contre tous les intégrismes !

"Une chambre en Inde", Théâtre du Soleil, Paris

Reprise Ariane Mnouchkine traite de la place du théâtre dans un monde marqué par les guerres, le terrorisme et un populisme d'exclusion qui rend service à celui-ci. Et elle y répond avec humour et passion.

Cornélia (Hélène Cinque) fait partie d'une troupe dont le directeur, M. Lear, a été appréhendé par la police indienne après être monté, nu, sur la statue du Mahatma Gandhi et avoir crié "Artaud". Il avait "pété les plombs" suite aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Du personnage, de son nom et de son acte, tout est passé à travers le prisme du théâtre ainsi que ses coulisses et ses questionnements.

Cela se passe dans une chambre en Inde où se trouve Cornélia, souvent allongée. Difficile de démêler ce qui est en dehors, de ce qui est en dedans, de ce qui est de l'imagination ou de la réalité. Tout est imbriqué. Monde et événements s'y logent faisant de ce lieu une incarnation de l'esprit du personnage.

La pièce est une œuvre collective construite autour d'improvisations. Mnouchkine se demandait "comment aujourd'hui raconter le chaos d'un monde devenu incompréhensible ? Comment raconter ce chaos sans y prendre part, c'est-à-dire sans rajouter du chaos au chaos, de la tristesse à la tristesse, du chagrin au chagrin, du mal au mal ?".

Safidin Alouache
03/12/2017
Spectacle à la Une

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara

Il n'est jamais aisé de s'approprier et d'interpréter des chansons créées, portées, sublimées par des artistes tels que Barbara. Mais là où beaucoup échouèrent, Lou Casa et son chanteur Marc Casa relèvent le défi avec brio et donne une lecture étonnante, poignante et incroyablement juste de six morceaux choisis de la Dame en noir.

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara
Lou Casa, c'est deux frères, l'un au chant (Marc), l'autre au piano (Fred) et un bassiste (Julien Aeillon)… issus d'un collectif (à géométrie variable : 3 à 10 membres) qui travaillent sur des créations tant musicales (chansons, musiques improvisées) qu'expérimentales où peuvent s'associer danse, slam, poésie, vidéo, etc. Ici, après différentes productions, dont "Barbara, Quinze ans" en novembre 2012 qui initiera en 2014 le projet "Chansons de Barbara", ils décident de coucher six interprétations sur un CD intitulé "À ce jour" dont on espère que d'autres suivront.

Marc Casa donne une intonation particulière aux mots de Barbara (1), de Brel (2), de Françoise Lo (3) ou de Georges Bérard (4), portant avec élégance une certaine fêlure dans la voix qui amplifie l'émotion exprimée, la fragilité sous-tendue. En même temps, le grain légèrement rugueux donne la force et l'énergie au chant, imprimant la trame musicale soutenue par la basse toute en rythmique associée au piano percussif, notamment dans le sublime "Perlimpinpin" presque guerrier, revendicatif… Le clip est d'ailleurs très révélateur et significatif de l'interprétation choisie, exprimée par Lou Casa. Voix parlée chuchotée, prenant doucement de l'amplitude. Derrière le piano roule les notes en une rivière sautillante mi-tango mi-reggae, appuyant certains mots scandés par Marc Casa.

Gil Chauveau
04/12/2017
Sortie à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre de la Contrescarpe, Paris

Reprise Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016