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Humour

Le stand-up caustique, trash mais hilarant de la mutine et espiègle Blanche Gardin

"Il faut que je vous parle", La Nouvelle Seine, Paris

Âmes sensibles s'abstenir, spectacle interdit au moins de seize ans... Ne vous attendez pas au pire, ça va être encore pire... Car Blanche Gardin dépasse les bornes, les limites, fait valdinguer les tabous... Et tout ça, avec une frimousse de séraphine et surtout un insolent talent. Bref c'est jouissif, hilarant et réveille nos neurones façon chaise électrique !



© AD2 Productions.
© AD2 Productions.
Rarement stand-up aura été aussi délectable... et trash ! Blanche manie le vitriol avec une dextérité remarquable et harponne de ses fourches Caudines tant les télescopages involontaires de l'actualité ("éclipse solaire + crash A320 = éclipse d'avion !", par exemple) que les lapalissades masculines sur la vie de couple ou les effets de ses propres échecs et de ses remises en question sur sa féminité et ses capacités à dépasser le cap "meetic.fr" à 38 ans.

Plantée fermement sur ces deux jambes, ce trentenaire petit bout de femme au dessin d'ange, quasi immobile, en composition inébranlable façon John Cleese, dont le visage ne trahit aucune émotion, ni expression nous convainc très vite que tout ce qui est petit n'est pas forcément mignon et que derrière un ange se trouve souvent le démon, voire nos démons.

Sans jamais perdre sa posture "stand-up" - droite et rigide dans ses bottes", la douce et mutine Blanche assène, avec une délectation non feinte - lisible dans son regard aux pétillements sagaces -, des vérités dont les évidences font frissonner la salle (comble) et doivent quelque peu ébranler certains cerveaux mous nourris à la Blédina consensuel. Parmi celles-ci sont passées en revue : les états d'âme du terroriste moyen, les avantages de l'alcool pour briser la solitude, la cruauté de se faire larguer au moment où l'horloge biologique s'affole, le vivre ensemble (compliqué en ce moment !), la recherche de l'âme seule (et non plus de l'âme sœur), la naturalité de l'homosexualité féminine, la fragilité des croyances, la congélation des ovocytes façon Picard, les arnaques philosophiques de Socrate à Jésus, etc.

© AD2 Productions.
© AD2 Productions.
Dans ce grand déballage aux allures d'improvisation (l'une des illusions fondatrices du stand-up), elle ose tout et surtout ne se refuse rien, brisant tous les tabous... Le sexe en premier lieu sur lequel Blanche donne une vision terriblement cynique et désespérante, abordant sans ambages l'inceste, la pédophilie, la zoophilie, la fellation et autres pratiques... Diatribes évidemment exemptes de sentimentalisme et dont la jouissive impertinence rappelle parfois l'écriture de Marianne Sergent.

Sous une apparente nonchalance, son phrasé traînant et singulier est redoutablement efficace et percutant... glissant avec une élégance démoniaque sur la pente d'un humour noir distancié et pince-sans-rire (l'univers des "Idées Noires" de Franquin n'est pas loin). Blanche a la stature d'une grande et fait preuve d'une présence scénique d'une densité surprenante... Que l'on peut sans doute lier à un parcours intéressant et des plus significatifs (Jamel Comedy Club, "Ligne Blanche" sur Comédie+ et bien sûr le personnage de la chef de projet marketing dans la série "WorkinGirls" sur Canal+).

"Il faut que je vous parle" est le premier spectacle seul en scène de Blanche Gardin... Mais c'est, sans conteste pour nous, l'une des deux révélations "humour" de ce début d'année. Sortez votre gilet pare-balles du placard et précipitez-vous pour découvrir le stand-up corrosif, déjanté mais jubilatoire de la taquine Blanche !

"Il faut que je vous parle"

© AD2 Productions.
© AD2 Productions.
Texte : Blanche Gardin.
Mise en scène : Papy alias "Alain Degois".
Avec : Blanche.
AD2 Productions.
Durée : 1 h.
Spectacle Interdit aux moins de 16 ans.

Succès : Spectacle prolongé jusqu'au 14 juin 2015.
La Nouvelle Seine (sur berges : 3 quai de Montebello, 75005 Paris).
Vendredi et samedi à 21 h 30, dimanche à 20 h.
>> lanouvelleseine.com

Gil Chauveau
Mercredi 29 Avril 2015

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J'ai peur de ne pas renouveler mes droits… Eux en ont la certitude

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© DR.
J'exerce bien évidemment au théâtre, parfois au cinéma, à la TV ou pour la pub, souvent dans l'événementiel. Je travaille aussi régulièrement dans un lieu culturel important qui n'est pas un lieu de spectacle. Pas mal de mes collègues artistes travaillent aussi dans les parcs d'attractions et de loisir.

Pourquoi ce constat ? Parce que quel que soit le secteur où j'exerce, je travaille régulièrement avec des collègues "extras" de la restauration et de l'événementiel, des professionnels du "catering", des agents d'accueil, de sécurité, et des salariés du tourisme, embauchés à la mission, en CDDU, exactement comme moi. Comme pour moi, leurs secteurs d'activité sont à l'arrêt total. Or, eux, n'ont pas de régime spécifique. Ou plutôt, n'en ont plus (1).

Avec la crise que nous vivons, j'ai bénéficié d'une mesure de maintien de mes droits. Elle est ce qu'elle est, elle est imparfaite, mais l'"année blanche" me garde la tête hors de l'eau jusqu'en août 2021.

Eux, comptent les jours sans travail, pas simplement pour "refaire leurs heures", mais parce que chaque jour qui passe est un capital (2) qui s'effrite - quand ils n'ont pas déjà eu la malchance de perdre leurs indemnités avant la crise, suite à la réforme monstrueuse de 2019 (3). Leur indemnité chômage s'épuise sans se recharger depuis 10 mois. Pour beaucoup d'entre eux, c'est déjà le RSA.

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