La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Le personnage de Carmen selon Lucie Digout : une parfaite représentation de la pulsion de vie

"Carmen", Théâtre de Belleville, Paris

La pièce débute par la fin : l'enterrement de Carmen. Elle remercie bien tous les invités d'être présents et est heureuse de les voir ainsi réunis. Puis elle se remémore. Elle raconte : sa vie, ses amis, sa famille, ses amours, ses rêves et ses projets. Une belle rétrospective de l'existence d'une personne qui aurait pu répondre aux prénoms Désir ou Liberté. Ce spectacle a fait partie des finalistes du prix du Théâtre 13 de l'année 2017.



© Avril Dunoyer.
© Avril Dunoyer.
La simple évocation du prénom Carmen nous transporte immédiatement dans les rues chaudes de Séville. Sont déployés des vêtements séchant sur des cordes étendues d'un bout à l'autre de la scène. Nous sommes en Andalousie, dans le quartier où vivent Carmen et sa mère. Les contours des immeubles se dessinent tels des traits tirés par un crayon invisible. C'est le temps de l'enfance, puis de l'adolescence. Le temps d'une certaine insouciance, mais qui ne recouvre pas tout à fait la souffrance.

Carmen, c'est tout d'abord cette enfant, qui devient petit à petit une femme tout en restant une enfant ; c'est une femme-enfant. Une enfant qui joue à se promener dans un champ de fleurs en plastique, à aller en Afrique, à faire des spectacles. Avec Matis et Antoine, ses deux compagnons de jeux, elle survole les années, en compagnie d'un père absent, d'une mère désemparée et d'une histoire de famille morcelée.

Carmen, c'est cette femme, qui s'enfuit lors de son mariage, et qui se met à suivre un inconnu dans la rue, comme ça, pour voir. Puis qui se met à aimer cet inconnu, qui ne l'est plus. Les tissus colorés laissent place à des toiles toutes aussi éclatantes de vie. Cette pièce nous fait réaliser le pouvoir de la magie du théâtre. Sur une scène, seuls quelques éléments sont présentés pour tout raconter. Les comédiens, avec leurs voix et leurs corps, montent tout un décor. L'imaginaire collectif façonne les différents lieux de rencontres. Comme une toile dont chaque spectateur serait un auteur.

© Avril Dunoyer.
© Avril Dunoyer.
Jade Fortineau est extraordinaire dans son rôle de fausse ingénue. Elle joue avec une vitalité remarquable. Lucie Digout met ici en scène un récit de vie, l'histoire de la vie de Carmen, de son plus jeune âge jusqu'à la fin de celle-ci. Elle nous présente des instants révélateurs de la personne qu'est Carmen. Il n'aurait probablement pas été possible de choisir une meilleure interprète que Jade Fortineau pour le rôle principal. Elle est Carmen.

Les autres comédiens sont tout aussi bons dans leurs interprétations. Le jeu est naturel, l'intrigue réelle. On a l'impression de se trouver devant un film tellement l'action est bien amenée et fluide. On commence même à ressentir ce petit papillonnement dans le creux du ventre, typique des salles de cinéma. Quand le spectacle se termine, on en veut encore et on applaudit fortement toute l'équipe.

La pièce est très influencée par "Carmen", l'opéra de Bizet, ainsi que la comédie musicale "West Side Story", et la chorégraphie prend parfois le pas sur la scénographie. La danse se fait l'incarnation de l'énergie révoltée d'une enfant. Elle révèle la sensualité et la solitude fatiguée de la femme abandonnée. Elle unit deux corps étrangers qui s'accordent l'un à l'autre dans une même suite de mouvements.

Carmen, c'est cet amour, qui est enfant de bohème et qui n'a jamais connu de loi. Carmen c'est une ode à la vie.

"Carmen, une fable contemporaine"

© Avril Dunoyer.
© Avril Dunoyer.
Texte et mise en scène : Lucie Digout.
Avec : Lucie Digout, Jade Fortineau, Julie Julien, Maxime Le Gac-Olanié, Charles Van de Vyver et (en alternance) Emmanuel Besnault et Solal Forte.
Scénographie : Juliette Minchin.
Assistanat : Justine Chasles.
Création Lumière : Roman Mesroua et Valentin Sagat.
Compagnie L'Éternel Été.
Durée : 1 h 15.

Du 11 au 22 octobre 2017.
Du mercredi au samedi à 19 h 15, dimanche à 15 h.
Théâtre de Belleville, Paris 11e, 01 48 06 72 34.
>> theatredebelleville.com

Ludivine Picot
Jeudi 19 Octobre 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives




    Aucun événement à cette date.



À découvrir

Entendre le théâtre… Un voyage sonore dans le théâtre français au XXe siècle

Le théâtre, au-delà de la scène, du plateau, de l'expression et des mouvements de ses protagonistes, de la représentation imagée, symbolique, imaginée des décors, c'est le texte, les sons, la musique et la voix, les voix… Le théâtre peut donc être écouté… et a été écouté ! Dans l'exercice de son rôle patrimonial, la BnF (associée au CNRS) crée un site et une série de podcasts dédiés à la dimension acoustique de cet art.

Entendre le théâtre… Un voyage sonore dans le théâtre français au XXe siècle
Le théâtre est bien évidemment un art évolutif, en perpétuelle mutation. La manière dont on le perçoit a changé quand lui-même bouleverse en permanence ses manières de représentation, ses codes, ses modes internes d'expression. Mais quel était-il au XXe siècle ? Comment l'a-t-on écouté ? Comment l'entendait-on ? Comment y parlait-on ?

La Bibliothèque nationale de France et le CNRS s'associent donc pour explorer, grâce à des archives exceptionnelles et souvent inédites, la diversité des voix et des sons du théâtre, ainsi que leurs évolutions dans la seconde moitié du XXe siècle. De Jean Vilar à Rosy Varte, en passant par Habib Benglia, Antoine Vitez ou encore Maria Casarès, on y découvre ou redécouvre les voix puissantes, profondes et singulières de celles et ceux qui ont marqué les différentes scènes françaises.

Sous l'influence de la radio, du cinéma, ou encore du cabaret, les scènes françaises se sont mises, dans les années cinquante-soixante, à exposer de nouvelles façons, plus accessibles, de dire les textes dramatiques, tandis qu'étaient explorés de nouveaux territoires de l'oralité. Ce sont ces différents aspects, novateurs à l'époque, que permet de découvrir le site "Entendre le théâtre".

Gil Chauveau
25/02/2020
Spectacle à la Une

"Où sont passés vos rêves ?" d'Alexandre Prévert, en public au Bataclan

Captation intégrale "Où sont passés vos rêves ?" est le nouveau stand-up classique écrit et interprété par Alexandre Prévert, jeune pianiste de 23 ans, accompagné par le groupe Believe et le label Naïve. Ce jeune Savoyard talentueux, diplômé du Conservatoire de Paris, associe à une originalité créative le piano et les grands compositeurs, l'humour, la poésie, les échanges avec le public et les anecdotes historiques. Joyeux et virtuose, son spectacle est une pause rafraîchissante qui sied bien au contexte actuel un chouia anxiogène !

Ce spectacle est une invitation à rire ensemble de nos petites histoires personnelles et de notre grande Histoire commune, en les partageant sans complexe à travers les codes du stand-up, de la musique classique et de la poésie.

Pour cette nouvelle saison, Alexandre Prévert vous propose un voyage dans le temps et dans l'Histoire à travers les rêves d'amour de Verlaine et de Liszt, les rêves de révolution de Beaumarchais et de Mélenchon, le rêve d'égalité de Martin Luther King ou encore le rêve d'un nouveau Monde partagé par Gérard et Christophe Colomb !

Sur votre route, vous pourrez également croiser Mozart, Apollinaire, Leonardo DiCaprio, Renaud, Schubert, Montaigne, Booba et Kaaris, Chopin, et même Napoléon III dans un Airbnb...

Alors, où sont passés vos rêves ?

Gil Chauveau
27/03/2020
Sortie à la Une

"Comment va le monde ?" de Marc Favreau, mise en scène de Michel Bruzat, avec Marie Thomas

Captation intégrale Proposée par RBD Productions, le Théâtre de la Passerelle (Limoges) et le Théâtre Les Déchargeurs (Paris), "Comment va le monde ?" a été filmé en 2017 dans ce théâtre parisien. Il s'agit d'une création de Marie Thomas permettant de découvrir les textes et de rendre hommage à Sol, le clown clochard imaginé et interprété pendant plus de quarante ans par le québécois Marc Favreau (1929-2005).

Parce qu'il a toujours eu envie de protéger la terre, Sol, pétrisseur, jongleur de mots, à la diatribe philosophique et humoristique, s'évade. Lui, il n'a rien, ce clown naïf nous fait partager sa vision du monde, il joue avec les maux/mots de la terre. La grande force de Sol, c'est de n'être rien, ça lui permet de jouer à être tout. Simplicité, liberté, folie, note bleue mélancolique dans les yeux.

"On est tous Sol seul au fond de soi et qu'il est le pôvre petit moi de chacun. Il se décarcasse pour que la vérité éclate. Il n'a pas d'amis, rien que des mots, il débouche sur la poésie pure. Liberté.

"Il est le plus petit commun dénominateur, c'est-à-dire qu'il a en lui, quelque chose de chacun de nous. Tout le monde finit par se reconnaître en lui. Pourquoi ? Un exemple de qualité, sans emphase, sans ostentation, avec humilité. Il insuffle au langage une énergie. Poète philosophe, médecin de l'esprit, menuisier, jardinier, autodidacte. Dans une époque secouée par toutes sortes de crises, cultivé, il transcende avec un grand éclat de rire. As du cœur, poète, rêveur, il rejoint le clown et l'Auguste. On s'enrichit à son contact. Enfant, il va jusqu'à l'absurde et dissèque ce petit peuple de tous les jours. Ce n'est pas une mise en accusation mais un constat témoin, malin. Il pose les questions, soulève des interrogations. Il est plus que jamais nécessaire de faire entendre les mots de ce clown/clochard, humaniste, qui nous parle de l'état de la planète, de la consommation.

"Et Marie Thomas lève la tête comme si le ciel lui parlait. Elle ne ressemble à personne, c'est fou comme j'aime. J'aime sa gaieté et sa mélancolie, ce vide et ce plein en elle. Un clochard aux traits d'un clown triste s'en va faire son "parcours" au milieu des mots. Il recrée tout un langage qui distrait le quotidien de sa banalité. Il dissèque la société et ses multiples aveuglements. Un marginal qui découvre le monde et le recompose avec humour. Tout est tourné en dérision avec délicatesse." Michel Bruzat, metteur en scène.

Gil Chauveau
26/03/2020