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Théâtre

Le cirque aux mille mirages… fascinant !

Rythme frénétique, énergie quasi démoniaque, on regarde, écoute, admire le duo Yanowski-Parker. Le geste fascine, la voix séduit, la musique captive. Ces diables d’illusionnistes nous embarquent littéralement dans l’antre de leur "Cirque des Mirages". En tournée dans toute la France jusqu’au mois de juillet, leur dernière escale se fera au Festival d’Avignon.



Fred Parker et Yanowski © D.R.
Fred Parker et Yanowski © D.R.
Pour les définir, on fait appel au théâtre expressionniste. Oui, il y a bien un peu de cela. Des récits de vie montrés dans le reflet d’un miroir déformant. L’usage suggestif de l’ombre et de la lumière exagère les formes, saccade le rythme, découpe les gestes. Les « r » sont roulés et les mots distordus. Un accent de vieux Paris populaire aussi, un vent de nostalgie souffle sur le jeu de Fred Parker (au piano) et de Yanowski (au chant, au jeu et à la voix). Mais ce serait bien vite résumer leur talent. Bien malheureux ceux qui aiment mettre les artistes dans des cases. À mi-chemin entre cabaret et théâtre, impossible d’enfermer ces deux génies… pourtant résolument modernes et absolument déroutants. Leur spectacle ? Un cri fantasmagorique. Des chimères racontées en chanson.

Ici, un pianiste au regard torve nous entraîne avec une dextérité impressionnante dans les méandres d’un univers tout en trompe-l’œil. Là, un homme aux allures indéfinissables : le mélange d’un Klaus Nomi et d’un Maximilian Schreck (Nosferatu). Presque inquiétantes, ces figures allégoriques plantent le décor et installent le spectateur dans un univers fascinant. La gestuelle de Yanowski est aussi précise et habile que celle d’un magicien : le corps est étiré. Souple et léger, il captive. Surtout les mains, qui sont longues et effilées. Cette gestuelle est un vrai défi à elle toute seule. Elle est réglée avec une "précision de métronome" entre deux complices au duo impeccable. Bluffant !

Mais encore, s’il n’y avait que cela. Un peu de poudre de perlimpinpin sur un travail bien huilé… Les textes, cyniques et corrosifs, sentent le stupre et l’alcool de Baudelaire, respirent le Faust de Goethe et attirent comme Gautier devant son Omphale. On flotte dans une sorte d’irréalité poétique, à l’amour à la mort. Entre cruauté et gouaille, le rire nous chatouille aussi. Ce "cirque" aux mille "mirages" est une foire aux monstres. Une respiration tout en "men-songe" dans laquelle on est littéralement happé.

Ce cabaret est un leurre intense, une belle lumière stellaire qui porte et nous transporte dans un univers artistique qui repousse un peu plus les frontières du dicible. Mais comme ils disent : "C’est bon de croire aux mirages".

Le Cirque des Mirages

Fred Parker © D.R.
Fred Parker © D.R.
(vu le 7 mars 2011, au Théâtre du Petit Saint-Martin)

Avec : Yanowski et Fred Parker.
Lumière : Fred Brémond.
Costumes : LM Tailors.

Du 8 juillet au 31 juillet 2011 : Festival d’Avignon.
22 h 30, Théâtre Le Chien Qui Fume,
75, rue des Teinturiers, Avignon.
Tél. : 04 90 85 25 87.

Le 29 avril 2011 : Cachan.
Du 5 au 8 mai 2011 : Lutry (Suisse).
Le 18 juin 2011 : La Puce à l'Oreille / Riom.
Le 1er juillet 2011 : Festival de Carqueiranne.
www.cirquedesmirages.com/

Sheila Louinet
Lundi 25 Avril 2011

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