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Théâtre

La démocratie a besoin d'acteurs… Un peu de désir, un peu d'humour… En public !

De la démocratie", en tournée

C'est dans une Amérique prospère et paisible. Un jeune homme qui fait un voyage d'études. Cinquante ans environ après l'indépendance, Alexis de Tocqueville relate comme un fait prodigieux sa découverte de la démocratie. C'est cet auteur que tout le monde cite (et peu ont lu) que Laurent Gutmann entreprend de passer au gril… du théâtre.



© Pierre Grosbois.
© Pierre Grosbois.
Son spectacle se présente comme le travail en cours d'un collectif. À la table et sur le plateau est appliqué à la lettre, à chaque étape de la création, un formalisme démocratique sourcilleux. Respect des opinions et des principes de liberté et d'égalité de traitement. À chacun, sa proposition de jeu, son temps de parole, sa votation. À chaque obstacle, à chaque ego qui met en danger le collectif, son impasse que vient ponctuer et contrer une citation, une maxime tirée de l’œuvre de Tocqueville.

Les comédiens pleins d'allant et de tact se jouent de la cacophonie, de la zizanie montante, posent de manière insistante le problème de la minorité et du point de vue à trouver. Par les vertus même du formalisme qu'ils ont adopté, ils auscultent, eux aussi, un système de représentation propre à la scène, le leur, le dispositif théâtral. Et arrivent aux mêmes conclusions paradoxales que l'auteur célèbre. La démocratie par ses bienfaits avance au risque du confort, de la montée de l'individualisme et de l'abandon à un pouvoir invisible et tutélaire. Au cas présent de cette écriture de plateau le besoin d'un metteur en scène.

© Pierre Grosbois.
© Pierre Grosbois.
Théâtralement, cela tient du vertige. Le spectacle pourrait être ironique voire sarcastique sur le contenu même de la proposition artistique. Cette performance est en effet sur le fil du rasoir. Et pourtant, dans le jeu de miroir, entre l'œuvre, la scène, le spectateur se développe une belle et saine curiosité, un besoin de connaissance. Un désir commun que le jeu plein d'allant satisfait pleinement. Le spectacle avance dans une forme d'humour attentionné avec clarté, sans temps mort. Avec allégresse même.

Et chaque spectateur regarde le monde actuel. Au présent de la scène, au présent du monde. Et ressent combien le spectacle a besoin d'un théâtre en commun, combien la démocratie a besoin d'acteurs pour faire d'un presque rien rendu public qui mérite d'être une cause à défendre*. Un peu de désir, un peu d'humour. En public.

Le retour sur soi est des plus stimulant. Le pari qu'a engagé Laurent Gutmann de monter "De la démocratie en Amérique" d'Alexis de Tocqueville est totalement réussi.

Le public applaudit ce work in progress.

* Sens de res publica.

"De la démocratie"

© Pierre Grosbois.
© Pierre Grosbois.
D’après "De la démocratie en Amérique" d'Alexis de Tocqueville
Écriture et mise en scène : Laurent Gutmann.
Avec : Stephen Butel, Jade Collinet, Habib Dembélé, Reina Kakudate, Raoul Schlechter.
Scénographie : Marion Savary, Adrienne Romeuf.
Son : Madame Miniature.
Costumes : Axel Aust.
Lumières : Yann Loric.
Spectacle à partir de 14 ans.
Durée : 1 h 50.
Production La Dissipation des brumes matinales.

Tournée
30 novembre et 1er décembre 2017 : Théâtre Jean Vilar, Bourgoin-Jallieu (38).
19 décembre 2017 : La Passerelle - Scène Nationale, Saint-Brieuc (22).
27 et 28 mars 2018 : Château Rouge - Scène conventionnée, Annemasse (74).

Jean Grapin
Vendredi 1 Décembre 2017

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© Les Joues Rouges.
Boris Vian (1920-1959), l'homme aux mille qualités artistiques et aux mille vies. Scientifique, démarrant sa vie professionnelle à l'AFNOR (Agence Française de NORmalisation), musicien, écrivain, nouvelliste, chroniqueur, chanteur, poète, dramaturge, critique musical, directeur artistique, Satrape du collège de Pataphysique, il a touché, marqué et influencé différents domaines de l'art. Grand animateur de Saint-Germain-des-Prés où il a été l'un des premiers musiciens du célèbre Tabou, il avait pour passion le jazz et a joué un moment en tant que trompettiste dans le groupe de Claude Luter (1923-2006). Il a influencé des artistes comme Gainsbourg (1928-1991) par ses compositions et ses interprétations. Sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, il a écrit aussi des romans, de type américain, dont le plus connu, "J'irai cracher sur vos tombes" (1946), lui a valu autant la célébrité que les ennuis fiscaux.

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Safidin Alouache
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© Matthieu Lionnard.
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21/09/2022