La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

FAB 2019 "The way you see me" Comme il vous plaira… Corps messagers et/ou yeux compositeurs de sens ?

Dans un décor intimiste d'un blanc immaculé, sur lequel se détachent six performers tout de noir vêtus (lorsqu'ils ne sont pas nus), vont "se jouer" et "rejouer" des tableaux fixes livrant au regard du spectateur des combinaisons différentes du même. Et c'est ce même, décliné à l'envi selon les variations de sexe et d'âge des couples fluctuant au gré des chorégraphies, qui est proposé à l'œil désirant du spectateur-acteur de sa propre création.



© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
Le diable est dans les détails… Que va faire de cet écart (é)mouvant le spectateur du studio de création du TnBA convié à "découvrir" les (r)évolutions à l'œuvre dans cette installation performance théâtralisée ? Le metteur en scène Yacine Sif El Islam - ancien élève de l'éstba et acteur dans plusieurs des créations de Catherine Marnas - s'est emparé, avec envie, exigence et gourmandise, de ce questionnement artistique porté par deux autres hommes et trois femmes "faisant corps" avec lui.

Marcel Duchamp avec ses readymades en avait eu l'audace, "le tableau est autant fait par le regardeur que par l'artiste". Que projetons-nous de nos désirs mis à nu (cf. le titre de l'œuvre maîtresse du même Duchamp, "La Mariée mise à nu par ses célibataires") dans l'interprétation que nous donnons de ces tableaux vivants ? Se succédant à l'identique - si ce n'est "un écart" dans le choix des interprètes, homme, femme, jeune, moins jeune - ils se prêtent à l'expression de nos fantasmes.

Placé soit dans les travées, soit pour quelques-uns d'entre eux (miroirs des autres) directement sur la scène située au niveau de la salle, le spectateur est immergé de plain-pied dans le processus créatif. Et son œil avide, excité et curieux, va alors se saisir des combinaisons proposées pour se livrer à ses propres associations qui disent de lui plus qu'il n'est dit par les artistes observant une neutralité sculpturale.

© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
D'ailleurs, les rares prises de parole sont là pour dire… qu'elles ne diront rien du message à décrypter puisqu'il n'y en a pas. Ou plus exactement, le sens à donner ne précède pas l'œuvre en cours mais résulte de ce que chacun apportera (ou pas) de ses propres projections. D'emblée la prise de parole de l'acteur metteur en scène est édifiante. "Je ne parlerai… ni de migration… ni de religion… pas de couscous non plus… je me fiche de savoir si tu aimes le Maroc…". Suivront deux autres, totalement anecdotiques, sans rapport avec l'enjeu ; toutes sont là pour dire en creux que le non-dit est de mise. À chaque spectateur de "dire".

Un homme échange un baiser avec une femme, puis le même avec un homme, une femme, encore une autre s'embrassent à leur tour. Deux hommes luttent ensemble, puis l'un devient l'une, avant qu'elles soient deux à lutter l'une contre l'autre. Ainsi de suite, des situations inter-échangées ; notre regard s'empare de ces micro-changements pour créer notre propre fantasmagorie, fruit de nos filtres personnels.

Mais l'expérience sensible prend encore force supplémentaire lorsque le dépouillement des corps sociaux mis à nu vient percuter frontalement notre rapport personnel au corps, le nôtre, celui des autres. En effet, la nudité exposée devient alors vectrice d'une authenticité sans fard, flagrante, puisque aucun voile ne vient plus la recouvrir, obligeant chacun à regarder en face ce qui, "normalement", est de bon ton d'éluder. Confronté à ces corps mis à nu, le "spectateur voyant" prend à son tour le risque de se mettre à nu - lui aussi - au travers des projections qui le dévoilent à lui-même.

© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
Lorsque prend fin la performance et que les spectateurs du plateau sont accompagnés en coulisses par les performers ayant "livré" tout d'eux-mêmes, le metteur en jeu invite une spectatrice du premier rang à les rejoindre, actant ainsi la symbiose réussie entre proposeurs et "délivreurs" de sens. Le regard du spectateur, compositeur de sens, a créé l'œuvre.

"The way you see me"

© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
Installation performée, création 1ère française.
Conception : Yacine Sif El Islam (Groupe Apache).
Avec : Lucas Chemel, Giulia Deline, Charlotte Ravinet, Gwendal Raymond, Yacine Sif El Islam, Bénédicte Simon, Axel Mandron.
Durée : 50 minutes.

A été représenté dans le cadre du FAB les 18 et 19 octobre 2019 au TnBA, Bordeaux (33).
Le FAB s'est déroulé du 4 au 20 octobre 2019.
>> fab.festivalbordeaux.com

Yves Kafka
Lundi 28 Octobre 2019

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.







À découvrir

Bernard Adamus "C'qui nous reste du Texas"… Blues et beau

Pour son quatrième album, Bernard Adamus, avec son style blues très marqué, fricote avec le rock pour nous mener vers le grand nord sur des chansons qui se nourrissent de différents tempos aux paroles truculentes.

Bernard Adamus
Bernard Adamus, d'origine polonaise, a débarqué à ses trois ans au Québec. Depuis maintenant plus de dix ans, il trace une ligne artistique saluée par la critique avec ses albums "Brun" (2009), "No2" (2012) et "Sorel soviet so what" (2015). Du premier jusqu'au dernier LP, "C'qui nous reste du Texas", la qualité est toujours chevillée aux accords.

Avec ses dix titres, cet opus a une allure toujours foncièrement blues aux relents parfois rock. L'artiste a laissé très majoritairement son harmonica dans son étui. Sa voix, caractéristique, traînante, presque criarde, est utilisée comme effet multiplicateur de ses émotions.

Les chœurs sont discrets bien que parfois appuyés comme pour "Chipotle". Certaines compositions telle que "L'erreur" excelle dans un blues avec la contrebasse de Simon Pagé très présente, accompagnée de quelques notes de piano pour rendre un son plus clair quand celui-ci est, à dessein, légèrement étouffé par des percussions. La voix monte haut perchée au refrain où claironne un saxophone donnant un tournis musical, tel le reflet d'un état d'âme où la tristesse se berce d'incompréhension. C'est dans ces cassures de rythme que se mêlent d'autres éléments musicaux et vocaux donnant une tessiture aboutie. Le début d'une chanson peut ainsi être décharné à dessein comme celui d'un désert, d'un seul à seul avec l'artiste.

Safidin Alouache
05/05/2020
Spectacle à la Une

"I Fratelli Lehman" par la Cie Tom Corradini Teatro de Turin

Captation intégrale Ce spectacle sans paroles (ou très peu) - mais pas sans bruitages ! - devait être présenté au Théâtre Ambigu durant le festival Off d'Avignon cet été. Du fait de l'annulation, la compagnie italienne Tom Corradini Teatro de Turin vous invite à visionner cette pièce burlesque sur l'argent, la cupidité et l'amour raconté avec le langage du clown, sans interaction verbale, adapté à un public de tous âges et de toutes nationalités.

Comédie visuelle et physique interprété par deux talentueux clowns turinois (Tom Corradini et Michele Di Dedda), "I Fratelli Lehman" (The Lehman Brothers) raconte l'histoire d'un couple de banquiers et de financiers dont les capacités et les compétences les ont rendus célèbres et respectés dans tout le monde.

Apparemment, ils ont tout, des voitures rapides, de beaux secrétaires, des bureaux luxueux, un style de vie somptueux. Cependant, un jour leur fortune est anéantie en quelques minutes après un plongeon désastreux du marché boursier. Des richesses à la misère, ils doivent maintenant transformer leur échec en opportunité et gravir de nouveau la montagne du succès.

Gil Chauveau
21/04/2020
Sortie à la Une

Soigne le monde "Heal The World" de Michael Jackson par les Franglaises

Les Franglaises vous souhaitent encore et toujours un joyeux confinement en vous offrant une reprise franglisée de "Heal The World" de Michael Jackson ou "Soigne Le Monde" de Michel Fils de Jacques. Bonne écoute !

Soigne le monde
"Même confinés, les Franglaises récidivent en traduisant littéralement le très à-propos "Heal the World" de Michael Jackson : "Soigne le Monde". Enregistré et réalisé 100 % en confinement, les trente-cinq membres de la troupe donnent de la voix pour "faire de ce monde une meilleure place". "Enjoy… Euh, appréciez !"

Les Franglaises… le spectacle
Comédie musicale à la façon d'un "opéra pop" à l'américaine, le spectacle propose de traduire les plus grands succès du répertoire anglophone… histoire de vérifier, à travers un "test-aveugle", la pertinence de ces grands tubes mondiaux, des Scarabées à Reine, en passant par Michel Fils-de-Jacques et les Filles Épices… et bien plus encore…
Se prenant les pieds dans les incohérences des traductions littérales au premier degré à la manière de "google-trad", et emportés par la fiction de ces pièces musicales, les interprètes offrent une tournure explosive au spectacle qui vire au cabaret fou version Monty Python !
Durée : 1 h 45

Gil Chauveau
31/03/2020