La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Danse

"Mythologies" Chorégraphies des rêves éveillés des peuples - 05/07/2022

Si, comme Paul Ricœur l'avançait, "Le rêve est à la mythologie privée du dormeur, ce que le mythe est au rêve éveillé des peuples", Angelin Preljocaj n'a de cesse de nous faire rêver, tout éveillés, nous spectateurs de 2022 vibrant intérieurement à l'évocation de ces figures mythiques lovées dans quelque recoin de notre psyché. Pour la première de sa création mondiale donnée à l'Opéra National de...  

"Barbe-Bleue"… Retour d'un grand chef-d'œuvre ! - 28/06/2022

C'est une redécouverte, celle d'un chef-d'œuvre qui avait fait couler beaucoup d'encre lors de sa création en 1977 avec sa conception artistique très originale et, pour métronome, l'opéra de Béla Bartók, où Pina Bausch décrit sans fard les rapports entre les hommes et les femmes. Lumières sur un superbe intérieur. La scénographie de Rolf Borzik est quasiment un personnage. Elle plante une...  

"Corps extrêmes"… Tout en exploit ! - 22/06/2022

Le chorégraphe Rachid Ouramdane convie, dans sa création, récits et vidéos pour mettre en parallèle les mondes du slackline, de la varappe et de la danse. Accompagnés de mélodies musicales, les danseurs investissent une paroi rocheuse au travers d'une gestuelle parfois acrobatique en compagnie d'un funambule de l'extrême. Cela démarre par une vidéo avec Nathan Paulin qui traverse sur un simple...  

"De l'une à l'hôte" Une chaise pour deux… concerto en sol (in)hospitalier - 16/06/2022

Si, dans "Une chambre à soi", la romancière Virginia Woolf délivrait un pamphlet féministe pour dénoncer avec finesse la lourdeur épaisse du patriarcat, la comédienne Violaine Schwartz et l'acrobate Victoria Belén, offrent une chorégraphie parlée toute aussi subtile pour porter, sur une scène mise à nu, les actes de l'(in)hospitalité vécue. Autour d'une chaise, territoire stratégique, vont se...  

Tânia Carvalho et le ballet national de Marseille… Toute une poétique en poésie - 26/05/2022

Dans une trilogie artistique, la chorégraphe portugaise, Tânia Carvalho, marie danses classique et contemporaine dans des rythmes où le mouvement devient parfois presque statuaire. Le silence et la musique accompagnent les gestiques tout en beauté donnant souvent l'impression d'avoir des peintures humaines. Sans bruit, juste un souffle pour être porté vers la scène, une danseuse entre, le tronc...  

Venezuela… Une fresque dansée différente et rayonnante ! - 20/05/2022

Dans une création fleuve d'Ohad Naharin, la diversité est l'étendard qui porte l'œuvre. Au travers de musiques et de chansons très variées, de chorégraphies tout aussi foisonnantes, le chorégraphe marque son empreinte et son ouverture au monde en revendiquant la pluralité des pensées par le biais du monde des arts. La Batsheva Dance Company existe depuis 1964 et a été créée par Martha Graham...  

"La Zone" Corps à corps avec l'impensable, une histoire russe - 27/04/2022

Quand on est d'origine russe (et ukrainienne par sa famille), que l'on souffre au plus profond de soi des exactions meurtrières d'un tyran qui, après avoir envahi la Crimée en 2014, s'en prend désormais à l'Ukraine dans une politique de terre brûlée et d'extermination ciblée des civils, de quelle arme dispose-t-on pour dire l'impensable de la folie humaine ? Nadia Larina, chorégraphe et danseuse...  

"Contemporary dance 2.0"… Clubbing virevoltant ! - 06/04/2022

C'est une immersion dans l'univers des boîtes de nuit à laquelle nous convie Hofesch Shechter. Autour de ses compositions ainsi que celles de Jean-Sébastien Bach, mais également de Frank Sinatra et Claude François, ses chorégraphies s'enchaînent dans des rythmes effrénés où les corps des artistes deviennent un mécanisme précis et huilé où le geste est autant créatif que robotique. Le rideau se...  

"Le clavier bien tempéré" Un Baroque bien contemporain ! - 21/04/2022

Voilà un mariage très audacieux entre Bach et la danse contemporaine. Le pianiste français Pierre-Laurent Aimard accompagné des artistes japonais Teshigawara et Sato nous dévoilent, au travers de leurs arts respectifs, une création majeure du compositeur allemand où les notes font un écho superbe aux gestiques. Sur scène est un long piano noir avec lequel le pianiste Pierre-Laurent Aimard...  

"ab [intra]" Véritable somme d'énergie artistique intérieure ! - 29/03/2022

Forte de ses dix-sept danseurs, Sydney Dance Company, dirigée par Rafael Bonachela, offre un spectacle alliant danses classique et contemporaine autour d'une exploration de l'âme humaine dans des clairs-obscurs où tout l'ensemble de la compagnie australienne s'engouffre. Ombres et lumière sur scène avec des clartés blanches et noires qui oscillent, comme les rythmes, entre vivacité et suspensions...  
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À découvrir

"Notre vie dans l'art", 1923-2023, "le siècle, il a passé"… et rien de nouveau à l'est… Un flamboyant Tchekhov contemporain

"La vie, elle a passé, on a comme pas vécu…", ainsi parlait Firs, le vieux valet de chambre de "La Cerisaie" d'Anton Tchekhov, pièce écrite dans le domaine de son ami comédien et metteur en scène Constantin Stanislavski… C'est ce même Constantin Stanislavski, auteur en son temps d'une "Notre vie dans l'art", qui se retrouve au cœur de la pièce éponyme écrite et mise en scène par Richard Nelson, auteur, metteur en scène américain et tchékhovien dans l'âme. Et si l'argument – "Conversations entre acteurs du Théâtre d'Art de Moscou pendant leur tournée à Chicago, 1923" – n'a pas changé d'un iota, ses échos contemporains sont eux particulièrement troublants.

© Vahid Amampour.
Quand, dans le cadre du Festival d'Automne, le Théâtre du Soleil ouvre grand ses portes monumentales de la Cartoucherie à cette nouvelle version de "Notre vie dans l'art", on se dit que ce choix ne peut rien devoir à un quelconque hasard… Et quand on découvre que c'est à Ariane Mnouchkine que l'on doit la traduction de la pièce, et que ce sont ses propres comédiens formés selon les canons artistiques animant son travail que dirige ici Richard Nelson, on n'est nullement surpris de reconnaître là le mantra commun à leurs deux univers : faire du théâtre une caisse de résonances de l'histoire en cours.

Dominant le plateau, comme dans un amphithéâtre antique, des rangées de gradins se font face. Entre une troupe de comédiens en costume de ville. Ils s'affairent à remettre en place les chaises renversées sur la longue table rectangulaire occupant l'espace central, ainsi qu'on peut le faire lorsque l'on revient dans une maison après absence. Il y a là Kostia (Constantin Stanislavski, directeur et acteur du Théâtre de Moscou), Vania, Richard (ancien acteur du même théâtre, exilé lui aux États-Unis), Olga (veuve d'Anton Tchekhov), Vassia et Nina (couple en proie aux tourments de la jalousie amoureuse), Lev et Varia, Masha et Lida, et Petia (jeune acteur soupçonné d'accointances avec les dirigeants de l'Union Soviétique).

Yves Kafka
29/12/2023
Spectacle à la Une

"L'Effet Papillon" Se laisser emporter au fil d'un simple vol de papillon pour une fascinante expérience

Vous pensez que vos choix sont libres ? Que vos pensées sont bien gardées dans votre esprit ? Que vous êtes éventuellement imprévisibles ? Et si ce n'était pas le cas ? Et si tout partait de vous… Ouvrez bien grands les yeux et vivez pleinement l'expérience de l'Effet Papillon !

© Pics.
Vous avez certainement entendu parler de "l'effet papillon", expression inventée par le mathématicien-météorologue Edward Lorenz, inventeur de la théorie du chaos, à partir d'un phénomène découvert en 1961. Ce phénomène insinue qu'il suffit de modifier de façon infime un paramètre dans un modèle météo pour que celui-ci s'amplifie progressivement et provoque, à long terme, des changements colossaux.

Par extension, l'expression sous-entend que les moindres petits événements peuvent déterminer des phénomènes qui paraissent imprévisibles et incontrôlables ou qu'une infime modification des conditions initiales peut engendrer rapidement des effets importants. Ainsi, les battements d'ailes d'un papillon au Brésil peuvent engendrer une tornade au Mexique ou au Texas !

C'est à partir de cette théorie que le mentaliste Taha Mansour nous invite à nouveau, en cette rentrée, à effectuer un voyage hors du commun. Son spectacle a reçu un succès notoire au Sham's Théâtre lors du Festival d'Avignon cet été dernier.

Impossible que quiconque sorte "indemne" de cette phénoménale prestation, ni que nos certitudes sur "le monde comme il va", et surtout sur nous-mêmes, ne soient bousculées, chamboulées, contrariées.

"Le mystérieux est le plus beau sentiment que l'on peut ressentir", Albert Einstein. Et si le plus beau spectacle de mentalisme du moment, en cette rentrée parisienne, c'était celui-là ? Car Tahar Mansour y est fascinant à plusieurs niveaux, lui qui voulait devenir ingénieur, pour qui "Centrale" n'a aucun secret, mais qui, pourtant, a toujours eu une âme d'artiste bien ancrée au fond de lui. Le secret de ce spectacle exceptionnel et époustouflant serait-il là, niché au cœur du rationnel et de la poésie ?

Brigitte Corrigou
08/09/2023
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
15/10/2023