La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Dans les murs" Un homme entre dans son appartement et trouve un inconnu prétendant être chez lui…

Gravée dans le bronze des incertitudes et des angoisses de notre époque, "Dans les murs" s'inscrit dans le contexte de la guerre du logement actuel. Qu'est-ce que cette guerre ? Celle que mènent de plus en plus de citoyens qui, en dépit d'un travail, ne trouvent pas de logements à louer. Des loyers trop chers, des garanties extravagantes demandées par les bailleurs, ou des propriétaires préférant garder leurs logements vides plutôt que de risquer les mauvais payeurs ou les difficultés économiques des locataires, autant de raisons qui transforment un simple bail en clef du paradis…



© Jonathan Michel.
© Jonathan Michel.
C'est ainsi qu'un logement, un banal appartement dans un immeuble d'une centaine d'appartements, devient ici le personnage principal autour duquel les deux protagonistes vont s'affronter. Voici la situation de départ. Une valse étrange et inquiétante qu'Eddy, Richard et les murs de l'appartement vont danser durant un peu plus d'une heure. Deux corps et un décor fait de murs pivotants qui lui donnent vie. C'est de leurs bras, de leurs rages et de leurs peurs que les deux personnages enlacent à tour de rôle ces murs, objets de toutes leurs convoitises.

Ce sont également deux discours qui joutent et boxent : l'un, celui d'Eddy, incarné par Guillaume Clausse, fait résonner les mots du locataire sans logement, l'autre, celui de Richard (le bien nommé), interprété par Jocelyn Lagarrigue, ceux du propriétaire qui ne parlent que d'ordre, les mots de celui qui se sent dans son droit. Car, à travers cette situation concrète, la pièce interroge essentiellement sur cette question de droit, de bon droit, en partant de celui au logement qui est de nature essentielle, mais auquel toute une partie de la population n'accède pas.

© Jonathan Michel.
© Jonathan Michel.
Flirtant parfois avec l'absurde, le texte de Vincent Farasse dévoile les ténèbres de ces situations tragiques cachées. De ces individus à la fois intégrés et exclus de la société. Une grande humanité se dégage de ces mots qui s'attachent à nous faire aimer ces personnes sensibles en évitant les pièges de l'absurde pour l'absurde. Des dialogues ciselés alternent sans défaut de rythme avec des monologues vivants.

Les deux comédiens semblent se régaler de ces personnages très colorés. Guillaume Clausse crée Eddy, le sans domicile, avec autant de cœur que de frissonnement épidermique. Très physique, il fait passer l'émotion intégralement par son corps et une incarnation entière. Jocelyn Lagarrigue, en contraste, semble un animal à l'affût de sa proie. Il est une inquiétante présence, dont le jeu ne se dévoile jamais tout à fait.

La mise en scène de Didier Girauldon donne du mouvement à une situation qui serait sinon très statique (unité de lieu, de temps et d'action). Elle s'ingénie à dynamiser les scènes par de constants déplacements des protagonistes et un jeu que les éléments de décor permettent : principalement deux pans de murs percés de deux portes, symétriques, que les interprètes manipulent et qui représentent ce Graal moderne, le logement.

© Jonathan Michel.
© Jonathan Michel.
Comment cette guerre finit-elle ? Qui gagne ? Qui perd ? Le spectacle laisse l'imaginaire des spectateurs répondre.

Pour l'anecdote (si l'on veut), un mot sur les déboires rencontrés par la compagnie Jabberwock qui produit le spectacle. En dehors des règles actuelles qui ont empêché la création de la pièce dans la région de Tours le 17 décembre, un autre bâton a été jeté dans les roues du spectacle. La salle qui devait accueillir la création (La Pléiade, à La Riche, bourgade proche de Tours) l'a refusée quelques jours avant la première, par décision de la mairie semble-t-il. Sans justification précise…

Drôle de pied-de-nez du destin que de voir une pièce ayant pour fil narratif la difficulté de trouver un logement se voir "jetée à la rue" par des institutions locales… Par chance, et par grâce, et par respect pour le travail que font les compagnies dans tous les territoires, la ville de Saint-Cyr-sur-Loire a accueilli cette avant-première dans sa très belle salle L'Escale. Alors au passage, un grand merci à la commune de Saint-Cyr-sur-Loire qui a permis de sauver cette création.

"Dans les murs"

© Jonathan Michel.
© Jonathan Michel.
Texte : Vincent Farasse.
Mise en scène : Didier Girauldon, en collaboration avec Constance Larrieu.
Avec : Guillaume Clausse et Jocelyn Lagarrigue.
Musique : David Bichindaritz.
Scénographie : Antoine Vasseur.
Création lumières : Mathilde Chamoux.
Création costumes : Fanny Brouste.
Chorégraphie combat : Emmanuel Lanzi.
Régie générale : Florian Jourdon.
Production Compagnie Jabberwock.
Durée : 1 h 10.

Du 20 au 31 janvier 2021.
Du mardi au samedi à 21 h, dimanche à 16 h.
Théâtre de la Reine Blanche, Paris 18e, 01 40 05 06 96.
>> reineblanche.com

Bruno Fougniès
Mercredi 23 Décembre 2020

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022


Brèves & Com



Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À découvrir

"Salle des Fêtes" Des territoires aux terroirs, Baptiste Amann arpente la nature humaine

Après le choc de sa trilogie "Des Territoires", dont les trois volets furent présentés en un seul bloc de sept heures à Avignon lors du Festival In de 2021, le metteur en scène se tourne vers un autre habitat. Abandonnant le pavillon de banlieue où vivait la fratrie de ses créations précédentes, il dirige sa recherche d'humanités dans une salle des fêtes, lieu protéiforme où se retrouvent les habitants d'un village. Toujours convaincu que seul ce qui fait communauté peut servir de viatique à la traversée de l'existence.

© Pierre Planchenault.
Si, dans "La vie mode d'emploi", Georges Perec avait imaginé l'existence des habitants d'un bâtiment haussmannien dont il aurait retiré la façade à un instant T, Baptiste Amann nous immerge dans la réalité auto-fictionnelle d'une communauté villageoise réunie à l'occasion de quatre événements rythmant les quatre saisons d'une année. Au fil de ces rendez-vous, ce sont les aspirations de chacun qui se confrontent à la réalité - la leur et celle des autres - révélant, au sens argentique d'une pellicule que l'on développe, des aspérités insoupçonnées.

Tout commence à l'automne avec l'exaltation d'un couple de jeunes femmes s'établissant à la campagne. Avec le montant de la vente de l'appartement parisien de l'une d'elles, écrivaine - appartement acquis grâce au roman relatant la maladie psychiatrique du frère qui les accompagne dans leur transhumance rurale -, elles viennent de s'installer dans une usine désaffectée flanquée de ses anciennes écluses toujours en service. Organisée par le jeune maire survient la réunion du conseil consultatif concernant la loi engagement et proximité, l'occasion de faire connaissance avec leur nouvelle communauté.

Yves Kafka
17/10/2022
Spectacle à la Une

Appel à candidatures pour la création d'un spectacle patrimonial de divertissement

La ville d'Orange a confié depuis le 1er avril 2022, la gestion et la valorisation du Théâtre antique, du Musée d'art et d'histoire et de l'Arc de triomphe, à la société Edeis pour une durée de 10 ans.

© Edéis Orange février 2023 - DR pour l'appel à projet.
Dans le cadre de sa délégation, Edéis l'allié des territoires, a pour ambition :
- De donner sa pleine envergure au Théâtre antique à la fois en tant que monument du Patrimoine mondial riche d'un attrait historique et scientifique majeur mais aussi en sa qualité de porte-étendard de tout un territoire et de son art de vivre ;
- De proposer des approches novatrices et expérimentales afin d'améliorer significativement l'expérience visiteur ;
- D'agir en pleine cohérence et en parfaite synergie avec la politique culturelle de la ville.

Le projet décennal est de faire d'Orange, la scène de l'innovation sonore.
Une place forte et incontournable de la culture et de l'innovation.

1. Reprise des éléments du contrat de Délégation de service public entre la ville d'Orange et la société Edéis :
Article 2 – Définition des missions confiées au délégataire.
"Le délégataire sera notamment chargé des activités suivantes :
La création de contenus culturels, d'animations, d'évènements et de spectacles adaptés et cohérents avec la politique culturelle, patrimoniale et touristique de la ville et en lien avec les propositions des services concernés (Culture, Musée, Office de tourisme) ainsi que le développement significatif des flux de visiteurs. De manière générale, il s'agit de faire évoluer le Théâtre antique vers un statut de lieu de vie aux animations multifacettes (diurne et nocturne, saison, hors-saison, ailes de saison…) ouvert à différents types de publics cibles.

Gil Chauveau
02/02/2023
Spectacle à la Une

Dans "Nos jardins Histoire(s) de France #2", la parole elle aussi pousse, bourgeonne et donne des fruits

"Nos Jardins", ce sont les jardins ouvriers, ces petits lopins de terre que certaines communes ont commencé à mettre à disposition des administrés à la fin du XIXe siècle. Le but était de fournir ainsi aux concitoyens les plus pauvres un petit bout de terre où cultiver légumes, tubercules et fruits de manière à soulager les finances de ces ménages, mais aussi de profiter des joies de la nature. "Nos Jardins", ce sont également les jardins d'agrément que les nobles, les rois puis les bourgeois firent construire autour de leurs châteaux par des jardiniers dont certains, comme André Le Nôtre, devinrent extrêmement réputés. Ce spectacle englobe ces deux visions de la terre pour développer un débat militant, social et historique.

Photo de répétition © Cie du Double.
L'argument de la pièce raconte la prochaine destruction d'un jardin ouvrier pour implanter à sa place un centre commercial. On est ici en prise directe avec l'actualité. Il y a un an, la destruction d'une partie des jardins ouvriers d'Aubervilliers pour construire des infrastructures accueillant les JO 2024 avait soulevé la colère d'une partie des habitants et l'action de défenseurs des jardins. Le jugement de relaxe de ces derniers ne date que de quelques semaines. Un sujet brûlant donc, à l'heure où chaque mètre carré de béton à la surface du globe le prive d'une goutte de vie.

Trois personnages sont impliqués dans cette tragédie sociale : deux lycéennes et un lycéen. Les deux premières forment le noyau dur de cette résistance à la destruction, le dernier est tout dévoué au modernisme, féru de mode et sans doute de fast-food, il se moque bien des légumes qui poussent sans aucune beauté à ses yeux. L'auteur Amine Adjina met ainsi en place les germes d'un débat qui va opposer les deux camps.

Bruno Fougniès
23/12/2022