La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Humour

"Ça ira mieux demain"… Alévêque ne se fait pas prier pour en remettre !

"Ça ira mieux demain", Théâtre du Rond-Point, Paris

Alévêque, en pourfendeur de la morosité, joue les "Don Quichotte" sur scène. Il se bat, tel un soldat des temps modernes qui en a sa claque, contre l'ambiance morne et triste. Mais oui, ça ira mieux demain pardi !



© Xavier Cantat.
© Xavier Cantat.
J'ai hésité à écrire cet article. Mais il est difficile de passer sous silence un soldat qui s'est battu contre la dette et les banques et qui aujourd'hui s'attaque à la morosité. Dans son spectacle, Alévêque fait aussi un croche-pied à la jeunesse vue de sa hauteur d'âge. Du Kev Adams inversé.

Il s'installe au piano et en deux temps trois mouvements fait glisser quelques notes tel un concertiste. Sauf que ce n'en est pas un et que c'est le premier à le savoir. Il porte juste ses rêves, donne sa perception du monde au travers de son optimisme feint ou réel.

"Ça ira mieux demain" est un peu le leitmotiv parlé et chanté du spectacle. La ritournelle fait chanson, le décalage est opéré mais c'est un peu du déjà vu, déjà connu avec des bons mots mais quelques facilités. Ce qui est bien avec Alévêque, c'est ce ton qui rafraîchit notre époque et qui efface, le temps d'un spectacle, cette galerie de piètres penseurs, par la qualité des propos ou des idées, devenus les coqueluches cathodiques d'une pensée mortifère et d'une vision fade et grossière du monde. Une pensée qui se nourrit de cette sempiternelle chanson du "c'était mieux avant" et de raccourcis où la littérature délaisse sa poésie pour s'accrocher à des idées grosses de paresse et molles de courage.

© Xavier Cantat.
© Xavier Cantat.
Oui, moi aussi, je préférais avant, quand j'avais vingt ans et que je pouvais jouer six heures de suite au football sans être fatigué, faire cinquante pompes d'affilée d'une seule main (1), prendre le transilien en discutant avec de jolis sourires sans rencontrer des militaires en Famas (2). C'était mieux avant pardi ! La poésie était au balcon de toutes les fenêtres, il n'y avait pas de chômage et mon voisin de palier était toujours une jolie fille amoureuse, l'étranger un ami, le musulman un frère et les migrants une promesse d'avenir. Bien sûr…

Avec Alévêque, l'optimisme est de mise même si le propos reste moqueur, cruel et assez lucide d'une société qui doute d'elle-même, ballotée par l'insécurité, la peur de l'étranger, d'une fausse perte d'identité alimentée par certains politiques inspirés par des propos de piliers de bar. Alévêque nous fait oublier cela même s'il joue dans une catégorie où son talent aurait pu le mettre ailleurs. Il a toutefois le mérite de chanter à tue-tête contre la morosité.

Quand certains Intellectuels sont aux abonnés absents alors que d'autres ont perdu leurs points sur les "i", quand une partie des politiques joue les "pères cravache" avec des populations ballotées par la misère et la guerre suite aux inconséquences de politiques extérieures occidentales, oui le rire permet de botter le Q à tout cela. L'humoriste devient, au sens noble du terme, le Bouffon qui dit sa vérité à des actualités facilement anxiogènes quand elles se laissent politiquement enfermer par les peurs. Pour nous mettre à cheval et aller, grâce à la culture et à l'Art, vers cet Ailleurs qui enrichit chaque jour la France.
Mais ça ira mieux dès aujourd'hui car demain est un présent qui se lève sur de nouvelles promesses.

(1) Je frôle le mensonge ? Et alors…;o)
(2) Fusil d'Assaut de la Manufacture d'Armes de Saint-Étienne (FAMAS).

"Ça ira mieux demain"

© Xavier Cantat.
© Xavier Cantat.
Un spectacle de et avec : Christophe Alévêque.
Mise en scène : Philippe Sohier en collaboration avec Thierry Falvisaner.
Lumières : Jérôme Pérez Lopez.
Régie Générale : Francky Mermillod.
Durée estimé : 1 h 30.

Jusqu'au 7 novembre 2015.
Du mardi au samedi à 21 h.
Théâtre du Rond-Point, Salle Renaud-Barrault, Paris 8e, 01 44 95 98 00.
>> theatredurondpoint.fr

Tournée
19 novembre 2015 : Le Radiant, Lyon (69).
25 au 27 novembre 2015 : La Comédie de Picardie, Amiens (80).
À partir du 4 décembre 2015 : Le Palais des Glaces, Paris (75).
8 décembre 2015 : La Passerelle, Florange (57).
11 et 12 décembre 2015 : Théâtre du Gymnase (13).
8 janvier 2016 : Bergerac (33).
10 mai 2016 : Anthéa, Antibes (06).
12 mai 2016 : Le Haillan (33).

Safidin Alouache
Mercredi 4 Novembre 2015

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Sabordage" Comme une synthèse de la modernité… une implosion écologique à venir, avenir sombre de notre monde…

Elle fut riche et belle, plaisante et paradisiaque, pays de cocagne… puis devint consommatrice et opulente, industrieuse, minière et calamité écologique, pour finir mendiante et désespérée, à l'avenir destructif d'une future terre qui coule à pic… C'est la "belle" histoire de l'île de Nauru*, miroir de notre prochain anéantissement - au délicat (!) mais définitif intitulé "6e extinction de masse" -, qui nous est contée par le talentueux Collectif Mensuel.

Narration aux allures de débats, de commentaires, d'échanges réalistes… Scénographie en une forme d'actions documentaires, visible au lointain par report vidéo "en direct", en rappel de notre monde de l'image, expression ironique de nos chaînes d'infos en continu pour une structure créative d'un théâtre pédagogique, d'un reportage théâtralisé… Car ici tout est vrai, le drame, les horreurs économiques, le dézingage des ressources et de l'environnement… le sabordage de l'île a vraiment eu lieu, sans parler des perspectives radieuses d'une fin en version sous-marine !

Le récit - dans un préambule exposant un éden de rêve aux allures de paradis touristique, sis à quelques encablures de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (près de 2 700 km quand même !) - se construit sur un montage cinématographique et télévisuel où le collectif puise dans les séries et films des années soixantes-dix quatre-vingt, tous célèbres et ancrées dans nos imaginaires collectifs…

Gil Chauveau
11/10/2019
Spectacle à la Une

FAB 2019 "Concours européen de la chanson philosophique" La philosophie mise en musique dans un dispositif à faire kiffer "l'euro-vision"

Massimo Furlan, performer suisse mâtiné d'Italien, était dans ses jeunes années fan de l'Eurovision, de ses paillettes éblouissantes et de ses bluettes sentimentales réunissant joyeusement sa famille autour du petit écran. Près d'un demi-siècle plus tard, c'est la grande avant-scène du Carré qui le projette sous les sunlights en splendide ordonnateur - flanqué d'une superbe créature en robe lamé - de deux soirées "enchantées" dédiées à une vision de notre Monde. Comme quoi divertissement populaire et réflexion de pointe peuvent rimer ensemble…

FAB 2019
Reconstituant somptueusement le décorum kitsch du concours de l'Eurovision ayant à jamais impressionné ses premières émotions artistiques, le performer semble jubiler en détournant "sérieusement" le répertoire d'origine pour proposer un récital de onze chansons dont l'écriture a été confiée par ses soins à des philosophes, sociologues et autres chercheurs sachant penser le monde. L'interprétation de ces textes métaphoriques revient à des artistes costumés de manière délirante, projetés en direct par un vidéaste décuplant leur truculente présence scénique sur les notes d'un orchestre en live.

Quant au Jury réuni sur une singulière estrade roulante dénotant avec sa "notabilité", il est composé d'éminents professeurs d'université et sommités intellectuelles se prêtant avec grâce et bonheur au jeu de leur interprétation avant d'attribuer leur note. Le public - le genre l'impose - est sollicité en permanence afin de faire entendre également "sa voix" captée par un "votaton" chargé d'enregistrer le volume d'applaudissements attribué à chaque candidat.

Yves Kafka
15/10/2019
Sortie à la Une

"Fake"… Un "Peer Gynt" pour explorer le monde de l'info et de l'intox

"Fake - Tout est faux, tout est fou", Gare de l'Est, Paris

L'homme vagabonde sous les toits ferroviaires, au carrefour des âmes voyageuses… il est conteur. Peer Gynt partit aussi à l'aventure, cheminant entre rêve et réalité. Le narrateur s'en inspire pour démêler le vrai du faux… de notre réalité… Extraire le fake à l'ère des news…

Spectacle déambulatoire, performance de rues (ici intérieure), Fake convoque un conteur, un concepteur compositeur, des musiciens, pour une exploration d'un nouveau type où le spectateur, équipé d'un casque audio, se laisse emmener, au sens littéral comme virtuel dans une promenade découverte entre vraies et fausses informations.

Dans ce périple artistique, ce dernier garde toute liberté d'action, plus précisément de mouvements, déambulant dans l'espace proposé au fil de ses envies, de ses inspirations ou guidé par l'histoire, narration sonore, vocale et musicale, composée en direct et diffusée dans le casque et/ou influencé par la vue, le cheminement de l'acteur, Abbi Patrix, interprétant à sa façon Peer Gynt, exprimant son ressenti du lieu, posant des questions sur la véracité du réel ou interrogeant le badaud passant.

Les éléments sonores audibles dans le casque sont superposés, sans apparente cohérence mais peuvent stimuler ou orienter la perception du spectateur qui fait le choix d'être actif ou passif, ponctuellement ou de manière permanente, redevenant alors un simple observateur.

Gil Chauveau
10/10/2019