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Théâtre

"Bonne Espérance" Quand de petites marionnettes nous parlent du monde des grands… Un plaisir haut de gamme

Un monde peuplé de marionnettes sur tables apparaît unique… en son genre. En effet, ni créatures vivantes, ni matières inanimées, leurs gestes et propos distillent une inquiétante étrangeté propre à nous embarquer, enfants et adultes confondus, dans un lâcher prise enivrant… Lorsque Le Liquidambar – qui comme l'arbre flamboyant fait figure d'ouvroir poétique – explore dans son laboratoire marionnettique les mille et une ressources offertes par ses créatures à nulles autres pareilles, on se retrouve immergé dans un univers aux confins du réel. Ainsi "Des Paniers pour les Sourds" ou encore de "La part des anges" dont le charme, toujours prégnant, semble pourtant détrôné ici par leur dernier opus en tous points… fabuleux.



© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
Avec un humour consommé, on suivra les aventures marines de Clarisse, une adorable marionnette-fillette qui ne voit pas d'un bon œil l'anniversaire qu'on lui prépare. En effet, huit ans, c'est plus que l'âge de raison, "c'est le début d'une vie de raison". C'est l'âge du renoncement aux jouets et jeux de l'enfance, aux câlins de maman et à l'histoire du soir. C'est entrer dans le monde des adultes, et ça, ce n'est pas très excitant si l'on en croit "la tête à l'envers" de maman épuisée par son travail, et les infos pleines de catastrophes planétaires diffusées dans le poste…

Heureusement, il y a son Papy qui – comme elle le confie à sa petite copine Maureen, une marionnette-philosophe en herbe, de trois mois sa cadette – est, lui aussi, un enfant… "mais en vieux". Avec lui, on ramasse des "coquillages qui puent la marée", le mercredi sur la plage, et même quand il pleut, on va se promener !

Juchée sur le haut du placard de la cuisine, seul endroit où la marionnette sur table puisse apercevoir la mer entre les tours du voisinage, Clarisse rêve d'aventures lointaines… Aussi, quand son Papy lui offre pour cadeau d'anniversaire une vieille radio chinée dans une brocante, elle l'accueille illico dans le bateau qu'elle s'est construite dans sa tête… Et quand, dans le poste branché, elle capte la voix d'un vrai (?) marin parti pour un tour du monde en solitaire à la voile, l'imaginaire s'envole sur les flots… et nous avec lui.

© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
Par la brèche ouverte, dans la réalité recomposée par les désirs de l'enfant-marionnette, va s'engouffrer un poème en actes où le monde des adultes – vus à hauteur d'enfants, c'est-à-dire de paires de jambes – apparaîtra tel qu'en lui-même… Un monde où la maîtresse, figée dans ses doctes savoirs, ne comprendra pas grand-chose à la richesse inventive de ses deux petites élèves naturellement douées d'un sens critique (de la raison pure) à faire pâmer de plaisir le plus austère des pères jésuites.

Un monde dans lequel Elias, le loup de mer aguerri aux rudes traversées au long cours, apprendra de la petite fille – avec qui il est en dialogue à travers les ondes – à remettre en cause l'objectif de son exploit maritime, dont il changera radicalement le cap. Un monde où le seul adulte resté en lien avec les valeurs de l'enfance est le grand-père, prônant en toute sérénité la subversion des injonctions adultes. Un monde enfin à hauteur d'enfant… c'est-à-dire à reconstruire de fond en comble "avec des rêves et de l'espoir".

Et pour nous conter cette fable à haute valeur philosophique (sic), accompagnées d'une petite musique envoûtante reproduisant les bruits de la mer ou de la salle de classe, des marionnettes sur table manipulées avec grâce par deux comédiennes et un comédien leur insufflant voix et vie… Discrets manipulateurs-humains dont on entrevoit parfois la silhouette pour aussitôt l'oublier, dissimulés qu'ils sont dans l'ombre de leurs créatures magnifiées elles par le halo lumineux qui les sculpte.

© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
Un plaisir intense des sens qui nous subjugue de part en part, y compris jusqu'à la chute, tant le réel se trouve réenchanté… le temps d'une représentation peuplée à l'envi par ces marionnettes resplendissantes de vie.
◙ Yves Kafka

Vu le samedi 13 décembre 2025 au Glob Théâtre de Bordeaux.

"Bonne Espérance"

© Pierre Planchenault.
© Pierre Planchenault.
Texte : Aurore Cailleret.
Mise en scène : Aurore Cailleret.
Création Marionnettes : Lolita Barozzi et Caroline Dubuisson.
Création son : Julien Lafosse.
Création lumière : Yannick Anché.
Jeu et manipulation : Maïlys Habonneaud, Pierrick Lefèvre et Aurore Cailleret.
Voix : Vincent Schmitt et Alice Fillias.
Violoncelle : Barbara Le Liepvre.
Fabrication des tables : Lucie Nevers, La Boisselière.
Par Le Liquidambar Laboratoire Marionnettique.
Durée : 1 h 10.

Représenté du 10 au 13 décembre 2025 au Glob Théâtre, Bordeaux (33).

Tournée
23 janvier 2026 : M270, Floirac (33).
28 janvier 2026 : Festival Méli Mélo, Léognan (33).
29 janvier 2026 : Journée professionnelle du festival Méli Mélo, Léognan (33).
6 février 2026 : Espace Quérandeau, Saint-Jean-d'Illac (33).
26 février 2026 : Le Dôme, Talence (33).
4 et 5 mars 2026 : Théâtre du Cloître, Bellac (87).
15 et 16 mars 2026 : Le Comedia, Marmande (47).
12 avril 2026 : Espace Mendi Zolan, Hendaye (64).

Yves Kafka
Lundi 5 Janvier 2026

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