La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Pièce du boucher

Billet n°10 : Welcome to the Village

Je n’ai rien vu venir. C’est arrivé alors que j’étais encore sous le choc des émotions ressenties au château de Grignan. Comment s’y attendre d’ailleurs ? Alors que j’étais en mission pour le compte de la Revue du Spectacle…
J’en suis presque certaine à présent, j’ai été chloroformée. Ou quelque chose dans le genre. Du moins, c’est ce que je crois. Une chose de sûre, j’ai été démasquée !



Billet n°10 : Welcome to the Village
Quand je suis revenue à moi, j’apercevais toujours le château de Grignan dans les hauteurs, mais le décor qui m’entourait était diamétralement opposé. Un autochtone m’expliqua que je me trouvais au village de Grignan, mais que tout le monde appelait l’endroit le "Village".
Imaginez un instant ma stupeur. Au château, le "Hamlet" de Torreton était vibrant, les décors tremblaient, les acteurs bondissaient, on y sentait la joie et les odeurs de nourriture. Au Village, pas un bruit. Le sentiment de déambuler dans un décor parfait, surfait même, presque insaisissable. Dans ces rues sans odeur, j’ai dû passer dix bonnes minutes à chercher un mégot par terre. En vain ! L’immaculé propreté faite village.

Avais-je été télétransportée ? Une sorte de retour dans le passé ? Ici, en effet, nul Maure, nul Sarrasin. Je n’ai même pas entr’aperçu de jeunes ou de pauvres, c’est vous dire. Hors du temps. Et de la réalité. Tout comme les passants d’ailleurs. Des clones, aux étranges sourires et aux visages lissés. Un peu comme ces gens que l’on voit dans le J.T. de Jean-Pierre Pernaud.
Avais-je donc été capturée ? Et si oui, par qui ? Et pour quelle raison ? Je me dirigeai vers la grand-place, quadrillée par une foule impeccablement alignée, qui applaudissait comme il fallait et quand il le fallait les orateurs en face d’eux. Ces derniers étaient-ils donc des acteurs ? Bizarre, tout de même… Passer une demi-heure à se remercier et à se congratuler.

Était-ce afin de rendre compte de leurs spectacles que l’on m’avait transportée ici ? Il me fallait en avoir le cœur net et rencontrer le chef du Village. Un passant – un exemplaire du Figaro soigneusement plié sous le coude – me renseigna fort aimablement, m’indiquant du doigt une dame élégante, dont le visage me disait quelque chose... Fouillant dans mes souvenirs, je me souvins l’avoir vu présenter le journal télévisé sur une grande chaîne nationale.

- C’est elle qui parraine le festival, me dit-il. C’est la numéro 2, en quelque sorte.
Je m’avançai et l’interpellai :
- Pardon Madame, mais quel est cet endroit, qui sont ces gens, et pourquoi tout est encore plus propre que dans les rêves les plus fous d’un cantonnier suisse ?
- Comment, vous ne connaissiez donc pas le Festival de la Correspondance ? Voyons, c’est LE Festival où il faut être.
- Ah... Oui. La programmation est de qualité, certaines lectures sont superbes et émouvantes, je vous l’accorde. Mais je suis étonnée du lieu si fermé et de l’ambiance qui y règne…
- Justement, croyez-vous donc que le commun des mortels ait la capacité de pouvoir apprécier de tels chefs-d'œuvre ? Nous ne visons pas à divertir les gueux, mais au beau, au subtil, au profond... Le spectateur est trié sur le volet : il doit être d’un certain âge et d’une certaine classe sociale. D’ailleurs, l’année prochaine, notre programmation sera toute entière axée sur la correspondance des philosophes. Vous pensez bien que ce choix n’est pas tout à fait anodin !
- Vous êtes la numéro 2, m’a-t-on dit, mais qui est le numéro 1 ?

Elle me dévisagea un instant avant de répondre :
- Et vous êtes...? dit-elle simplement.
Je me présentai. Sur quoi elle éclata de rire.
- Mais non, voyons, nous savons qui vous êtes. Vous êtes la numéro 6 !
- ??? Qu’est-ce que vous racontez ? Je ne suis pas un numéro. Il n’y a que les prisonniers qui ont des numéros. Moi, je suis une personne libre.
- Libre ? Au Village ?
Comme elle éclatait de rire, surgit soudain un énorme ballon, blanc et menaçant. Il roula dans ma direction, comme pour m’envelopper. Il me semblait avoir déjà vu ça, je ne sais plus où…

Je poussai un grand cri et me réveillai soudain. Autour de moi, les remparts, la poussière et les bruits, éclectiques parfois même incongrus, d’Avignon. Tout cela n’avait-il été qu’un affreux cauchemar ? Mais oui, quelle sotte je fais ! Un festival coincé dans un décor propret et aseptisé, des gens aux sourires convenus et inquiétants. Un événement culturel réservé uniquement à une certaine classe sociale. Comment ai-je pu y croire un seul instant ?
Hein ?

Mercredi 20 Juillet 2011

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.








Vidéos les plus récentes



À découvrir

•Off 2021• Le Souffleur Dans l'ombre de la création du Cyrano d'Edmond Rostand

Le 28 décembre 1897, au Théâtre de la Porte Saint-Martin, a lieu la première représentation du "Cyrano de Bergerac" d'Edmond Rostand avec, dans le rôle-titre, le grand comédien de l'époque : Benoît Constant Coquelin. Depuis, cette pièce est l'une des plus célèbres du répertoire du théâtre français. Cyrano, Roxane sont devenus des personnages de légende, des héros, des joyeux fantômes de l'inconscient collectif. C'est l'apport qu'a eu ce texte dans la symbolique de la bravoure, de la passion, de l'abnégation. Un amour impossible de plus.

© Compagnia dell'Edulis.
Pourtant, il manque un héros à cette liste issue de cette première représentation. Il y manque un fantôme, un tout petit fantôme, mais un fantôme protecteur qui était, lui aussi, au plateau ce 28 décembre 1897. Oublié. C'est un peu normal puisque Edmond Rostand n'a pas écrit un vers pour lui. Et pourtant, lui seul dans toute la distribution avait lu, mis en bouche, voire appris, les répliques de tous les personnages de la pièce et, en particulier, celle de l'Auguste Coquelin. Il s'appelait Ildebrando Biribo'. Il était ce soir-là dans le trou en avant-scène, invisible des spectateurs, le manuscrit devant lui, le trou du souffleur.

Et c'était sa dernière performance. Coquelin, avant le début de la représentation, lui annonce qu'il n'aurait plus besoin de lui pour les suivantes. La représentation se déroule. Ildebrando Biribo' fait son office. La pièce se termine. Les acteurs quittent la scène sous les ovations. C'est un triomphe. Ils sortent de scène. Le public quitte la salle. Et l'on retrouve le souffleur mort dans son trou.

Bruno Fougniès
20/07/2021
Spectacle à la Une

•Off 2021• Sales Gosses Une approche vertigineuse et bouleversante de la maltraitance à l'école

Harcèlement, maltraitance ponctuelle ou récurrente… à l'école, à la maison, au travail, comment le traiter sur scène, comment prendre ou pas position ? Ici d'ailleurs, pas de prise de position, mais une exposition des faits, du déroulé des événements, en une manière de monologue où la comédienne Claire Cahen habite tous les personnages principaux, offrant l'accès au public à différentes appréciations du drame - victime, tyran, prof, mère - menant à une mise en perspective vertigineuse !

© Théâtre du Centaure.
Pour l'écriture de "Sales gosses", Mihaela Michailov s’est inspirée de faits réels. Une enseignante ligota une élève dans sa salle de classe, les mains derrière le dos, suite à son manque d'attention pour la leçon sur la démocratie qu'elle était en train de donner. Elle exposera ainsi l'enfant saucissonnée en exemple. Les "camarades" de cette petite-fille de onze ans, pendant la récréation, la torturons à leur tour. Elle sera retrouvée sauvagement mutilée… attachée dans les toilettes…

Dans une mise en scène que l'on perçoit nerveuse et précise, millimétrée, visant à l'efficacité, les choix de Fábio Godinho font être immédiatement lisible, mettant en quasi-training sportif la comédienne Claire Cahen et son partenaire musicien chanteur Jorge De Moura qui assure avec énergie (et talent) les multiples interventions instrumentales et/ou vocales. Metteur en scène, mais également performeur, Fábio Godinho joue clairement la carte de l'école "théâtre de la violence", de l'arène/stade où la victime est huée, vilipendée par la foule, cherchant à exprimer la performance telle que demandée sur un ring de boxe. Claire Cahen et Jorge De Moura sont à la hauteur jouant en contre ou en soutien avec le troisième acteur qu'est le décor !

Gil Chauveau
19/07/2021
Spectacle à la Une

● Avignon Off 2021 ● Acquittez-la ! par Pierrette Dupoyet

Alexandra L., femme battue depuis des années par son mari, finit par l'assassiner. Elle est passible de 20 ans de prison… Toutefois, le réquisitoire de l'Avocat Général va surprendre tout le monde…

Pierrette Dupoyet dans un précédent spectacle
Ce récit nous plonge dans la spirale que vivent des milliers de femmes violentées qui, bâillonnées par la peur, se murent dans le silence… Quand le drame éclate au grand jour, les questions pleuvent : "pourquoi n'as-tu pas quitté ton bourreau avant ? Pourquoi n'en as-tu parlé à personne ?". Questions faciles à poser, mais les réponses sont difficiles à trouver…
Et si tout commençait à la première gifle ?

Depuis 37 ans, Pierrette Dupoyet crée tous ses spectacles au Festival d'Avignon, avant d'aller les interpréter dans le monde entier (70 pays à son actif).
"Hallucinante" Nouvel Obs.
"Saisissante !" Télérama.
"Une présence" Le Monde.
"Exceptionnelle !" France-Soir.
"Une défricheuse qui ne sait vivre que dans le risque"

Création de Pierrette Dupoyet.
Auteur, interprète, metteur en scène : Pierrette Dupoyet.
Durée : 1 h 15.

● Avignon Off 2021 ●
Du 7 au 31 Juillet 2021.
Tous les jours à 11 h 50 .
Théâtre Buffon, 18, rue Buffon, Avignon.
Réservations: 04 90 27 36 89.

>> pierrette-dupoyet.com
>> theatre-buffon.fr

Annonce
31/05/2021