La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Humour

Avignon Off 2013 : SaNaKa, l'humour griffes et pattes de velours

"Indigné presque parfait", Café-Théâtre La Tache d'Encre, Avignon

[Reprise] La générosité et le talent sont-ils solubles dans l'humour ? Oui ! On en sort absolument convaincu après avoir vu SaNaKa sur scène. Énergique présence scénique, chaleur charismatique et munificence communicatrice, tels sont les atouts que l'ont décèlent immédiatement, dès l'apparition sur scène de ce jeune comédien humoriste qui fait actuellement ses premières armes parisiennes.



© DR.
© DR.
Prix de la Presse et Prix de l'espoir Catégorie humour (youhumour.com) lors du dernier Festival des Arts Burlesques de Saint-Étienne où nous l'avons découvert fin février, SaNaKa, jeune humoriste du cru (un de Sainté, selon l’appellation locale!) a charmé et séduit, lors de sa prestation, tant le public que les professionnels présents. Un talent pas banal où la générosité n'a rien à envier à un dynamisme effervescent et une présence scénique peu commune.

Dès son entrée en scène, la prise de contact avec le public est immédiate, jouant instantanément la proximité et le charme rieur. Première caresse... "J'aime bien ce que vous faites" à l'adresse du public. Ayant consulté les profils FB de deux ou trois spectatrices ayant réservé à l'avance, il les interpelle par les petits secrets... souvent sans importance que nous offrons à la vitrine du monde via le Web 2.0. "FaceBook, le Voici des pauvres, c'est là que l'on apprend des choses pas intéressantes sur des gens pas connus !" On est conquis par son approche dénuée de toute méchanceté mais avec un humour parfois féroce...

© DR.
© DR.
Très réactif et avec un sens de la répartie avéré, il gère les échanges avec souplesse et un humour dévastateur, allant même jusqu'à orchestrer l'arrivée de l'éternel retardataire. Les absurdités au quotidien de notre monde envahi de nouvelles technologies - rêvé par les Geeks - sont passées à la moulinette de la gestuelle et des habitudes ridicules qu'elles génèrent. La force de SaNaKa étant la situation inversée, il s'approprie nos travers et les passe au filtre de la dérision avec un sourire emprunt d'empathie pour son prochain...

Ses sketches visent plus à s'approprier les situations, les personnages, les habitudes afin de les retourner adroitement avec chaleur, humanité et générosité pour en tirer le ressort comique. C'est flagrant lorsqu'il parle des relations avec la gente féminine. Utilisant tous les clichés établis sur la femme, il détourne chacun... les renversant pour les rendre antonyme à l'adresse d'un garçon par une fille... Jouant en l’occurrence le rôle de la fille... Un petit moment de bonheur et d'humour jubilatoire.

L'une des autres particularités de SaNaKa est sa posture non consensuelle... Son écriture est parfois clairement politique - prenant ici son sens premier : qui a un rapport avec la société organisée – pour nous parler, avec humour toujours, des pauvres, de la vie sous Sarko... et surtout celle qu'on espère après, de son pote Farid (et de l'époque où SaNaKa voulait devenir arabe), des clandestins (et la croisière Clando), de son voyage à New York où il n'accédera jamais, se faisant expulser... en étant traité de "sale arabe" !

Ce qui nous étonne et nous plaît chez SaNaKa, c'est cette capacité particulière de faire passer tous les sujets, tous les personnages, même les plus caricaturaux, avec une véritable générosité, bienveillance tout en gardant une veine comique implacable... Marchant avec virtuosité sur le fil fragile de la subtile dualité "une pique, une caresse", il nous emporte dans sa dynamique du rire où la citoyenneté et l'humanité ont trouvé leur vraie place. Un jeune talent en devenir, à suivre de près... car un artiste rare est en train de se construire.

"indigné presque parfait"

De et par Sanaka.
Mise en scène : Éva Darlan.
>> sanaka.fr

Avignon Off 2013
Du 8 au 31 juillet 2013.
Tous les jours à 21 h.
Café-Théâtre La Tache d'Encre, Salle Coq, Avignon, 04 90 85 97 13.
>> latachedencre.com

Représentation exceptionnelle le vendredi 7 décembre à 20 h 15.
Théâtre du Temple, Paris 11e, 08 92 35 00 15.

Reprise à partir du 19 septembre 2012.
Tous les mercredis à 21 h 30.
Théâtre Le Bout, Paris 9e, 01 42 85 11 88.
>> lebout.fr

Vendredi 23 mars 2012 à 20 h.
Théâtre Montmartre-Galabru, Paris 18e, 01 42 23 15 85.
12 au 14 avril 2012 au festival d’humour d’Arêches.
>> Festival de l'Humour d'Arêches
Vendredi 20 avril 2012 à 20 h.
Nouveau Théâtre de Beaulieu, Saint-Étienne (42).
Samedi 26 mai 2012 à 21 h 15.
Spotlight, Lille (59), 03 66 64 78 08.

Avignon Off 2012
Spectacle du 22 au 24 juillet 2012.
Dimanche, lundi et mardi à 15 h 30.
Théâtre à l'Arrache, 32, rue du Chapeau Rouge, Avignon, 06 60 64 46 07.
>> theatrealarrache.fr

Gil Chauveau
Mercredi 21 Mars 2012

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021




    Aucun événement à cette date.
Vidéos les plus récentes



À découvrir

"Les femmes de la maison" L'épopée des luttes féminines sous le prisme d'une maison très spéciale

Voici la dernière pièce de Pauline Sales (écriture et mise en scène) qui a été présentée au Théâtre Paul Scarron du Mans devant un public professionnel restreint. Un privilège que d'assister à cette histoire que l'on sent chevillée au corps de sa créatrice. Il y est question de femmes artistes. Question également des femmes non artistes. Question de la liberté que les femmes ont peu à peu conquis depuis bientôt un siècle. Arrachant bribe après bribe le droit d'agir, de s'exprimer, le droit sur leur corps, leur sexualité, leurs choix. Et trouver enfin la puissance pour se détacher du diktat masculin si bien bétonné.

© Jean-Louis Fernandez.
L'histoire des "femmes de la maison" commence dans les années cinquante et se termine de nos jours. Elle va mettre en jeu une dizaine de personnages féminins sur trois périodes symboliques : les années cinquante, les années soixante-dix et 2022. Pour cela, Pauline Sales invente une maison qui sera le moyen de traverser le temps et l'espace. Cette maison est celle de Joris, un amoureux, par ailleurs cinéaste militant contre les méfaits des guerres. Il achète cette maison par amour pour une photographe, l'amour s'en va, il ne sait qu'en faire, alors il la prête à des artistes. Le hasard veut au départ que ce ne soit que des femmes - peintres, poètes, sculptrices… et cela se transforme en règle : seules des femmes artistes pourront venir un temps pour créer ici.

Première période, maison fermée entourée de bois. C'est l'après-guerre et l'artiste que Joris installe dans la maison dessine. Dessine en mode combat contre elle-même. Contre la pensée que chez elle, son mari, sa fille sont là comme une destinée de femme au foyer qu'elle refuse. Combat contre le mal que cela peut faire.

Bruno Fougniès
25/08/2021
Spectacle à la Une

"Marilyn Inside" Dévoiler Marilyn pour tenter de retrouver l'intimité secrète de Norma Jean

Qui était-elle, réellement ? Être dual, aux structures intimes complexes, celles d'une âme en quête de sérénité, de sincérité. D'un côté Marilyn, sex-symbol fabriqué par le cinéma hollywoodien des années cinquante, ou Norma Jeane, femme-enfant à la vie chaotique, ballotée entre une mère atteinte de troubles psychologiques graves et les placements dans de multiples familles d'accueil. Confrontation ou rencontre imaginaire entre ces deux fantômes, souvenirs de ces deux réalités successives, tentative de traversée du miroir, c'est ce que nous propose l'étonnant et réussi "Marylin Inside".

© Clarisse Bianco.
Incarnation féminine idéalisée jusqu'à en devenir une icône planétaire, tempête sensuelle à la robe blanche virevoltante, blonde écervelée à la jeunesse intemporelle… Elle fut tout cela tout en restant une femme mystérieuse, secrète que seules la captation de regards fugaces, la perception de fragiles coups d'œil éphémères laissaient deviner. Actrice quasi vénérée malgré ses extravagances conjugales, ses dépressions et, parfois, ses excès de consommation d'alcool et/ou de médicaments, elle était à la fois saisissante et insaisissable.

L'auteure, Céline Barcaroli, nous propose une traversée intérieure dans la dualité d'une femme publique où se confronte et se rencontre les deux faces de celle qui bouleversa à jamais la représentation cinématographique féminine - registre "blonde incendiaire" - tout en exposant involontairement, puis volontairement, ce que peuvent être les fragilités et les failles d'un être sublimé. Son propos, fondé sur du réel, nous emporte dans le fictionnel pour effleurer, parfois approcher, ce qu'ont pu être les mystères, les fêlures indicibles, les tourments naissant d'une continuelle et insatiable quête d'amour.

Gil Chauveau
01/10/2021
Spectacle à la Une

"L'âne et la carotte"… Siège de chaises !

Dans un spectacle qui mêle l'humour à la réflexion, Lucho Smit se livre à une série de numéros circassiens où, autour d'un récit, l'artiste raconte ses doutes, sa vision du monde et celle du cirque.

© František Ortmann - Letní Letná.
L'un des nombreux attraits du nouveau cirque, nommé aussi cirque contemporain, est sa capacité à surprendre et à faire découvrir aux spectateurs des arts de la scène aussi différents que du théâtre, de la chanson et/ou de la musique en plus des acrobaties. Le décor est aussi très important. Dans "L'âne & la carotte", le plateau découvre une colonne de chaises, ce dernier élément étant la matrice même de la scénographie. Ionesco aurait pu se retrouver dans celle-ci où leur amoncellement tient lieu d'œuvres de construction.

Lucho Smit tient l'équilibre pour un art, mais aussi pour une compagne du déséquilibre, les deux sont sœurs d'armes à chaque instant dans sa création. Cela démarre en trombe dans une course sur des chaises où celles-ci s'écroulent bien que l'artiste finisse assis sur la dernière de la rangée. Ce pourrait être le résumé de la représentation. Tout est en équilibre au travers des déséquilibres et s'il ne devait en restait qu'un, ce serait une et elle aurait quatre pieds et un dossier.

La voix off de Lucho Smit accompagne le spectacle pour raconter ses états d'âme, sa vision du monde et du cirque. On peut aimer cette narration comme en être agacé. J'ai eu les deux sentiments, agacé au début puis intéressé par le récit à la fin avec quelques longueurs toutefois. Les choses sont dites avec humour, même si ce n'est pas là où il excelle le plus, l'acrobatie du trait d'esprit n'étant pas celui du corps.

Safidin Alouache
05/10/2021