La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Humour

Avignon Off 2012 : Les Amazones contre-attaquent... en mode burlesque

Avignon Off 2012, "L.A.D.I.E.S. !", La Petite Caserne, Avignon

Cela n'aurait pu être qu'un énième spectacle comique en forme de conférence déjantée donnée par une improbable "Ligue des Amazones Déterminées Indépendantes Épanouies et Sereines"... Mais les trois comédiennes chanteuses de la Cie Trottoir Express sont passées par la pratique du théâtre de rue et du clown... donnant à ce petit spectacle (1 h), une dimension burlesque, coloré et bigrement énergique... qui n'en perd pas moins son côté déjanté... et nous rappelle, sans emphase, que pour ce qui est de la condition des femmes aujourd'hui, c'est pas gagné !



© Pablo Scoti.
© Pablo Scoti.
Dès l'entrée en scène du premier de nos trois clowns féminins, le ton est donné... on baigne dans la réalité : chemin de croix Pôle Emploi et addiction au téléphone portable... Maux de notre société actuelle n'étant pas bien sûr propre aux femmes, mais qui prend chez celles-ci une dimension comique lorsqu'il s'agit d'une conseillère emploi ou de sa mère à l'autre bout du fil !

Face aux difficultés d'un quotidien épuisant (travail, famille, stress, etc.), très souvent amplifiées quand on est du - soit-disant - sexe faible, Lynda, Marie-No et Anne-Cath décident de créer la L.A.D.I.E.S., une agence de "coaching personnalisé", leur permettant d'utiliser leurs compétences personnelles au service des autres femmes. Méthode de la "Parfaite maman" pour Marie-No, "Entretien du corps" pour Anne-Cath, "Confiance et auto-motivation" pour Lynda. Le programme semble complet et bien ficelé mais c'est sans compter sur les incidents de la vie propre à chacune.

© Pablo Scoti.
© Pablo Scoti.
Pour la première présentation de leur association nouvellement créée, Marie-No, dotée d'une famille déjà "pléthorique," arrive encore enceinte. Lynda est, quand à elle, submergée par les problèmes administratifs et sous l'emprise de ses multiples téléphones. Et pour compléter le tout, Anne-Cath, cherchant à briser son statut de célibataire, cherche l'homme idéal, harcelée en cela par sa mère... Ces différentes situations spécifiques viendront petit à petit mettre à mal la démonstration d'efficacité de nos trois self-made women.

Ayant choisi une écriture burlesque classique et un jeu clownesque (proche de la trilogie clown blanc, Auguste et contre-pitre) plutôt que la facilité du comique de café-théâtre, Melissa Wainhouse (à la mise en scène) et Yasmine Bargache, Cécile Martinet, Séverine Guily-Raimbourg nous offrent un spectacle (création collective) plein d'énergie et de justesse d'interprétation sans, à aucun moment, tomber dans l'excès de pathos que peut générer ce type de sujet. Au contraire, entrecoupée de trois quatre chansons très finement interprétées, vocalement bien réglées (accompagnée par le talentueux Nicolas Fabre au piano), agrémentée de quelques joyeuses chorégraphies, "L.A.D.I.E.S. ! ou Qui a dit que la femme occidentale était tirée d'affaire ?" est une pièce plein de fraîcheur, d'enthousiasme et d'humour, abordant avec subtilité la vie des femmes d'aujourd'hui. Les profils féminins choisies jouent la simplicité sans tomber dans la caricature, tout en restant efficace et crédible. Une pièce joyeuse, sans complexe, qui nous fait rire d'une réalité qui ne s'y prête pas toujours.

"L.A.D.I.E.S. ! ou Qui a dit que la femme occidentale était tirée d'affaire ?"

© Pablo Scoti.
© Pablo Scoti.
Création collective.
Mise en scène : Melissa Wainhouse.
Avec : Yasmine Bargache, Cécile Martinet, Séverine Guily-Raimbourg.
Pianiste : Nicolas Fabre.
Arrangements : Thomas Fontas.
Texte, paroles et musiques : Yasmine Bargache, Cécile Martinet, Séverine Guily-Raimbourg.
Œil complice : Jean-François Guedy-Paxel.
Création lumières : Melissa Wainhouse.
Création maquillage : Colette Kramer.
Cie Trottoir Express.
Durée : 1 h.

Avignon Off 2012
Spectacle du 7 au 28 juillet 2012.
Tous les jours à 12 h 15.
La Petite Caserne, 119, rue de la Carreterie, Avignon, 04 90 86 85 79.
>> avignon-lapetitecaserne.net

Gil Chauveau
Samedi 21 Juillet 2012

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021




    Aucun événement à cette date.
Partenariat



À découvrir

Succès mérité pour CIRCa, le cirque dans tous ses états !

Premier week-end à chapiteaux pleins à Auch sous le soleil occitan pour la 34e édition du festival du cirque actuel. Dans une ambiance éminemment festive, le public avait investi les différents espaces du festival, tant le Dôme de Gascogne et la salle Bernard Turin que les toiles édifiées à proximité ou sur d'autres lieux de la commune gersoise, pour découvrir des propositions artistiques riches et variées, d'une grande diversité de formes et de styles.

On pouvait ainsi apprécier, lors de ces deux premières journées, l'espiègle énergie et la bonne humeur des jeunes acrobates australiens de la Cie Gravity and Others Myths, "PANDAX", le cirque narratif de Cirque La Compagnie, la Cie H.M.G. avec son onirique et carrément magique "080" ou encore "Les hauts plateaux", la création 2019 de Mathurin Bolze/Cie MPTA (Compagnie les Mains les Pieds et la Tête Aussi).

Proposition forte au programme de ce week-end introductif, "Les hauts plateaux" offraient une scénographie originale, mystérieuse et très technique faite de trampolines, de plateaux volants et d'agrès en suspension. Dans une vision aux couleurs d'apocalypse, sur fonds de ruines passées, présentes ou imaginaires, ces hauts plateaux se dessinent comme autant d'îles défiant les lois de la gravité… où des êtres, silhouettes parfois irréelles, artistes de l'aérien, de la légèreté, embrassent d'éphémères, mais sans cesse renouvelés, moments acrobatiques, entre deux équilibres, portés, guidés par les rebonds d'efficaces trampolines.

Gil Chauveau
26/10/2021
Spectacle à la Une

Un large déploiement de créations pour la 29e édition du Festival Marmaille

Pour la vingt-neuvième fois, l'association Lillico organise, dans Rennes, la métropole rennaise et l'Ille-et-Vilaine, le Festival Marmaille, événement consacré à la jeunesse, à l'enfance et à la prime-enfance, mais aussi aux spectacles "tout public" qui se déroulent durant deux semaines. Un festival pluridisciplinaire puisqu'il accueille théâtre, danse, chant, films, etc., dans différents lieux partenaires. Cette diversité permet aux enfants comme aux adultes de tous y trouver leur compte, d'autant que l'axe de programmation vise non seulement l'éclectisme, mais le sens, l'importance du propos autant que le plaisir de l'instant.

L'édition 2021 de Marmaille révèle vingt-deux propositions artistiques destinées à toutes les tranches d'âge puisque certains spectacles s'adressent à des bébés (comme le spectacle "Chuchoterie" pour un public accepté dès la naissance ou "Touche" à partir de 18 mois dont nous reparlerons plus bas). Elle rayonne dans une galaxie de lieux dans Rennes et dans les alentours. Et elle est riche de quatorze créations.

Des créations que Lillico connaît bien pour beaucoup d'entre elles puisqu'une des missions de l'association est d'accompagner tout au long de l'année des compagnies tournées vers le jeune public. Ceci depuis trente-deux. C'est certainement la raison pour laquelle ce festival révèle des propositions d'une très grande originalité et d'une grande valeur artistique. Accompagnés par l'association Lillico et révélés lors de cette quinzaine, ces spectacles continuent leur chemin sur tout le territoire pour des tournées importantes. Vous pourrez certainement en voir programmés près de chez vous.

Peut-être aurez-vous ainsi l'occasion de découvrir "Vendredi", une pièce inspirée de "Robinson Crusoé" de Daniel Defoe, qui s'attache à mettre en images l'évolution de la relation entre Robinson, l'homme civilisé et Vendredi, le sauvage. Dans un décor construit comme une île en miniature, les deux comédiennes qui interprètent les rôles racontent sans un mot le mimétisme dont Vendredi fait preuve face à Robinson, abandonnant ainsi une partie de sa personnalité. Toute cette histoire nous parvient ainsi par le mime, avec une lenteur voulue, comme un rituel moitié absurde, moitié ludique.

Bruno Fougniès
29/10/2021
Spectacle à la Une

"Olympe et moi" Redécouvrir les écrits d'Olympe de Gouges pour mieux envisager les combats restant à mener

Olympe de Gouges, courtisane, royaliste, puis républicaine, insoumise et revendicatrice, connut son heure de gloire avant de mourir sous la lame meurtrière de la Terreur en 1793 et de tomber dans l'oubli. Elle a réapparu à juste titre aux côtés des grandes féministes contemporaines, il y a quelques décennies. Véronique Ataly et Patrick Mons nous proposent une rencontre attachante, généreuse, avec celle-ci où est associée avec intelligence l'actualité de la Femme telle qu'elle est aujourd'hui.

© Philippe Delacroix.
En fond sonore, bruits confus d'une foule probablement en mouvement, séquence révolutionnaire suggérée. Et cette phrase jetée comme une réplique provocatrice aux événements que l'on imagine en cours : "Femmes, quels bénéfices avez-vous tirés de la révolution ?"… telle est l'adresse d'Olympe à la foule… Et le début du singulier spectacle imaginé par Véronique Ataly où une comédienne, Florence, doit interpréter l'Occitane émancipée et insoumise qui cultiva une révolte permanente contre l'injustice et surtout l'hypocrisie.

L'interprète ainsi désignée de la féministe révolutionnaire donne tout de suite la temporalité du récit envisagé : 1793, la montée vers la guillotine d'Olympe de Gouges. Mais si, ici, cette dernière y perdit la tête, pour Florence, c'est de perte de mémoire dont il s'agit, un énorme trou, l'oubli total de son texte sans souffleur pour la secourir, le métier n'existant plus depuis longtemps.

Perte de mémoire contre perte de tête, le procédé pourrait sembler "facile", cousu de fil blanc - j'avoue que telle fut ma première impression -, mais Véronique Ataly, usant avec subtilité et humour de la trame conçue par Patrick Mons à l'aide notamment des différents écrits d'Olympe, va découdre cette facilité avec beaucoup de talent.

Gil Chauveau
15/11/2021