La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Au Bois lacté, sur la trace bienheureuse d'un conte illustré

"Au Bois lacté", Théâtre du Nord, Lille, Nord-Pas-de-Calais

"Au Bois lacté" (Under milk wood) est un long poème radiophonique par lequel l’auteur Dylan Thomas lève le voile sur la vie pittoresque des habitants d’un humble bourg gallois imaginé, restitué. Llareggub est un peu un trou du c… du monde, un finistère gallois que Dylan insère dans un mouvement épique non dénué de tendresse et d’humour. Rédigé à partir de notes prises sur le vif, à Laugharne, son lieu de résidence, l’œuvre a été créée à la BBC en 1954 avec comme interprètes Richard Burton et Philip Burton, son père adoptif.



© F. Iovino
© F. Iovino
La version scénique de Stuart Seide est simple. Le dispositif est simple, réduit à un parquet nu, quelques chaises et quelques trappes. Les comédiens (ils sont onze) donnent, dans une grande fluidité, corps, voix et image, à pas moins de soixante-dix personnages. Typés, forts, pittoresques.

À Llareggub, il y a Willy Nilly, Polly Garter, Mr Pritchard, Eli Jenkins, Jack Black, Myfanwy Price… un noyé deux noyés trois noyés, une voisine, un enfant, deux enfants. Une pinte de bière, deux pintes de bière… Il y a des commères et des ivrognes, des trognes de pouilleries brutes et loqueteuses. La nuit, le bourg craquèle et seul le poète dans sa nuit blanche l’apaise. Le jour, le bourg caquète et grommelle, clabaude. Seul l’aveugle Captain Cat, dans sa cécité, s’apaise. Ensevelis entre le pub et l’église, travaillés périodiquement par les poussées de sève de la Nature, ils survivent au cimetière.

© F. Iovino
© F. Iovino
Et apparaissent et disparaissent, au rythme de la narration alternée. Un homme et une femme en position de conteur animent l’espace et le temps. Leur couple fait naitre le plaisir d’une écoute intime du poème. L’ensemble des mouvements et des voix composent une œuvre visuelle et polyphonique qui semble respirer au rythme d’instants de pur théâtre ou de comptines.

Au bois lacté, le spectateur part à la collecte de rémanences heureuses. Comme si lui était restitué un paradigme perdu, celui des souvenirs de l’enfance rendus à l’homme qu’il est devenu.

À l’enseigne du bois lacté, subsiste à la surface du parquet d’un bal des revenants apaisés la trace bienheureuse d’un conte illustré.

"Au Bois lacté"

© F. Iovino
© F. Iovino
Texte : Dylan Thomas.
Version scénique et mise en scène : Stuart Seide.
D'après la traduction de Jacques B. Brunius.
Assistant à la mise en scène : Sébastien Amblard.
Avec : Jean Alibert, Lucie Boissonneau, Christophe Carassou, Éric Castex, Bernard Ferreira, Noémie Gantier, Jonathan Heckel, Caroline Mounier, Karin Palmieri, Vincent Schmitt, Hélène Theunissen.
Scénographie : Philippe Marioge.
Costumes : Fabienne Varoutsikos.
Lumières : Jean-Pascal Pracht.
Son : Marc Bretonnière.
Maquillage, perruques : Catherine Nicolas.
Chant : Jacques Schab.
Mouvement : Yano Iatridès.
Marionnettes, conception et fabrication : Pascale Blaison et Sébastien Puech.
Marionnettes, conseils manipulation : Jean-Louis Heckel.

© F. Iovino
© F. Iovino
Spectacle du 26 septembre au 12 octobre 2012.
Lundi (08/10), mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 h, jeudi à 19 h et dimanche (30/09) à 16 h.
Théâtre du Nord, Grande Salle, Lille (59), 03 20 14 24 24.
>> theatredunord.fr

Tournée :
23 et 24 octobre 2012 : Comédie de Béthune.
21 au 23 novembre 2012 : Théâtre National de Toulouse.
28 et 29 novembre 2012 : Théâtre de l'Union, Limoges.
5 et 6 décembre 2012 : La Coursive, La Rochelle.
13 au 21 décembre 2012 : Théâtre National de Strasbourg.

© F. Iovino
© F. Iovino

Jean Grapin
Mardi 2 Octobre 2012

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019