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Théâtre

"Adeno Nuitome" Une glorification de l'amour

Lola Molina questionne pour la deuxième fois les stigmates de l'amour. Dans sa pièce précédente intitulée "Seasonal Affective Disorder" (déjà dans une mise en scène de Lélio PLotton), elle s'était intéressée à la cavale hors normes, et pas correcte du tout politiquement parlant, d'une ado de 14 ans et d'un chanteur vaguement raté de 50 piges. Dans "Adeno Huitome", le couple est moins romanesque puisqu'ils ont à peu près le même âge. Lui est régisseur lumière, Elle, écrivain. Ils vivent ensemble en joyeux citadins et suivent chacun des carrières vouées à la réussite jusqu'au jour où le cancer s'immisce dans leur histoire. C'est sur Elle que ça tombe.



© Jonathan Michel.
© Jonathan Michel.
Une nouvelle qui bouleverse leurs projets : ils changent de vie, abandonnent la ville, achètent une maison en pleine nature. C'est là qu'elle vit dorénavant entre la rivière, les arbres en fleurs, les animaux sauvages et l'écriture. Lui revient de ses tournées dès qu'il le peut. La pièce se construit ainsi en courtes interventions de l'une ou de l'autre et de scènes à deux. Mélanges de souvenirs, de narrations et moments de vie qui nous font découvrir peu à peu l'histoire de ces deux personnages et les variations de leur amour l'un pour l'autre.

Le texte autant que la mise en scène évitent avec bonheur tout réalisme. C'est plus vers une poésie de réconciliation avec la nature que vers l'analyse des dommages de la maladie que notre attention est tournée. Lola Molina scrute avec art et tendresse les remous intimes que la présence de cette menace provoque. Elle (le personnage féminin), prise entre la solitude de cette nouvelle maison et la solitude de son travail d'écriture navigue entre nostalgie de l'adolescence et besoin d'une vitalité que l'environnement bourgeonnant de la maison lui apporte. Lui se dévoue pour l'entourer de toute son attention.

© Jonathan Michel.
© Jonathan Michel.
Toute la pièce se déroule sur cette tonalité douce et profonde, même dans les quelques moments de révolte, de colère. L'écriture fine et ciselée dans un langage simple de Lola Molina accentue encore le côté onirique, sensible et mélodique. Charlotte Ligneau donne à ces mots un poids charnel, précis, touchant. Elle parvient à faire éclater dans son personnage tant la simplicité que la profondeur, tant la réalité de ses peurs que la grâce de vivre pour la fiction littéraire. Lui, incarné par Antoine Sastre, développe un caractère beaucoup plus taillé dans le réel. Son rôle, un peu moins fouillé que celui de sa partenaire, souffre un peu d'un déficit de drame.

Sur scène, trois écrans en forme de kakémonos géants forment le fond du plateau. À jardin, un banc de jardin, à cour, le bureau d'autrice. Un peu plus tard, le centre du plateau sera occupé par un tapis pour figurer l'intérieur et, occupant tout le reste du sol, des dizaines de bouquets de fleurs des champs. Sur les écrans alternent les projections des mouvements de la nature comme des pulsations de vie : feuillages, ruissellements, vents… Toute l'action va se dérouler dans ce décor imaginé par Adeline Caron, à la fois réaliste et onirique.

Pudique, retenue, un tantinet cérébrale, cette pièce peint une jolie évocation romantique où l'affection entre les deux personnages reste un peu trop sage, purgée des passions, des désirs, des tourments, des désordres que l'amour fauché par un drame provoque en général.

"Adeno Nuitome"

© Jonathan Michel.
© Jonathan Michel.
Texte : Lola Molina.
Mise en scène : Lélio Plotton.
Avec : Charlotte Ligneau et Antoine Sastre.
Scénographie : Adeline Caron.
Création vidéo : Jonathan Michel.
Création sonore : Bastien Varigault.
Création lumières : Maurice Fouilhé.
Composition guitare : Julien Varigault.
Durée : 1 h 20.
Par la Cie Léla.
Le texte a reçu le soutien du Centre National du Livre. Il est publié aux éditions Théâtrales (mars 2021).

Les présentations aux professionnels et à la presse ont eu lieu les 8 et 9 avril 2021 au CDN Orléans/Val de Loire, Orléans (45).

Dates de tournée
6 au 25 juillet 2021 : La Manufacture, Avignon (84).
1er et 2 décembre 2021 : Halle aux Grains scène nationale de Blois (41).
Autres dates à venir.

Bruno Fougniès
Jeudi 15 Avril 2021

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© Compagnia dell'Edulis.
Pourtant, il manque un héros à cette liste issue de cette première représentation. Il y manque un fantôme, un tout petit fantôme, mais un fantôme protecteur qui était, lui aussi, au plateau ce 28 décembre 1897. Oublié. C'est un peu normal puisque Edmond Rostand n'a pas écrit un vers pour lui. Et pourtant, lui seul dans toute la distribution avait lu, mis en bouche, voire appris, les répliques de tous les personnages de la pièce et, en particulier, celle de l'Auguste Coquelin. Il s'appelait Ildebrando Biribo'. Il était ce soir-là dans le trou en avant-scène, invisible des spectateurs, le manuscrit devant lui, le trou du souffleur.

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Bruno Fougniès
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© Théâtre du Centaure.
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