La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Cirque & Rue

31e Festival Transnational des Artistes de la Rue • Le cirque Baraka prend de la hauteur et monte, monte, monte… • Épisode 3

Chalon 2017

À l'heure où bon nombre de nos pays occidentaux élèvent des murs pour faire barrage aux personnes fuyant leur pays, nous avons eu envie de consacrer cette chronique à une seule compagnie, sans frontières, le cirque Baraka et sa dernière création du même nom. Avant un départ d'une année d'itinérance prévue en Europe et en Méditerranée, comme dernière étape française, c'est à Chalon dans la rue qu'ils ont ouvert leur toile.



© Lise Chaton.
© Lise Chaton.
C'est sur une scénographie tout en hauteur (en fond de scène, s'élève un mur de plusieurs mètres) que les cinq circassiens de la Cie Baraka relèvent le défi. Et quel défi ! Devant ce mur, vont se jouer différents tableaux remplis tour à tour d'amour, de haine, de guerre ou d'onirisme. Cette fresque murale nous entraîne dans un voyage humaniste, belle source de réflexions (intenses) quant à notre humanité et son devenir.

Techniquement, il n'y a rien à redire du travail de ces acrobates aériens qui manient avec souplesse et facilité (déconcertante) les différents numéros du cirque (tissu, cerceau, équilibriste, main à main, etc.). Mais les qualifier d'acrobates quand ils sont tout à la fois musiciens, chanteurs, danseurs, clowns et comédiens serait quelque peu réducteur. Ce collectif/compagnie est l'exemple même d'une espèce transdisciplinaire en voie d'apparition dans le milieu des arts de la rue. Aujourd'hui, loin d'être un art réservé aux seuls acrobates, ceux qu'on appelle les artistes de rue manient de mieux en mieux (si ce n'est avec brio) le théâtre et les arts vivants.

Et pour preuve ce spectacle Baraka qui nous a laissés sans voix… à commencer par Nelly Donnat. Cette danseuse, chanteuse et acrobate aux mille grâces flottait littéralement dans les airs. Ce tourbillon aérien de toute beauté, capable de danser sur les murs, a de quoi faire tourner les têtes.

© Lise Chaton.
© Lise Chaton.
La féline et puissante Monica Costamagna ne laisse pas non plus à désirer. Perchée sur son cerceau ou enroulée dans son ruban, elle accompagne et enlace avec amour les corps malmenés, séparés, enfermés ou fantasmés. Elle est une force vive au milieu de cette poésie qui parfois s'essouffle face à la dureté de notre monde et contre lequel on se cogne comme ces murs qui enferment et séparent plus qu'ils ne protègent.

Bien que chacun des membres mérite un portrait complet tant ils sont talentueux, nous en faisons l'économie au profit d'une collecte mise en ligne* pour leur projet d'itinérance en chapiteau à travers différents pays. En effet, à partir de septembre, Baraka sera sur les routes pour traverser l'Europe et différents pays du pourtour méditerranéen.

L'idée est de partager, d'utiliser leur toile comme une salle de spectacle ouverte aux artistes des pays traversés, en même temps que de créer des liens entre nations et continents et présenter leur création. Ils veulent que leur chapiteau soit un lieu de partage, de rencontres, d'ateliers et d'échanges, entre autres entre les écoles. Leur dernière résidence de deux mois dans le lycée agricole de Lavaur* est d'ailleurs en tout point remarquable.

* >> La Cie Barako et l'expérience du lycée agricole de Lavaur.

Cirque Baraka

© Lise Chaton.
© Lise Chaton.
Acrobatie, main à main : Lise Cluzaud.
Acrobatie aérienne, théâtre-clown, danse, équilibres au sol : Monica Costamagna.
Danse, chant : Nelly Donnat.
Acrobate, jongleur: Matias Munoz.
Musicien, acrobate : Hugo Ferron.
Régie de tournée et technicien machiniste : Thomas Bares.
Cuisinier : Tristan Camporesi.
Chargée de communication : Eve Delepelaire.
Régie chapiteau et technicien son/lumières : Max Farout.
Acrobatie, main à main : Julien Vieillard.
Nounou et enseignante : Charlotte Renou.
Administration, production : Paul Ribiere.
>> cirquebaraka.com

S'est déroulé du 19 au 23 juillet 2017.
L'Abattoir - Centre National des Arts de la Rue.
Accueil public, Parc Lapray, Chalon-sur-Saône (71).
>> Renseignements.
Tél. : 03 85 90 94 70.

Vendredi 28 Juillet 2017

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022







À découvrir

"Tropique de la violence" Une forme d'opéra rock comme un cri de détresse des oubliés de Mayotte

Cent-unième département de France, Mayotte, petite île au nord-ouest de Madagascar, souffre. Loin des clichés de lagons tropicaux et de végétation luxuriante, elle est devenue l'endroit de France le plus peuplé en immigrés, officiels mais surtout clandestins, qui débarquent régulièrement des Comores à bord de kwassa-kwassa (bateaux de pêche à fond plat) quand ils ne finissent pas noyés. C'est dans ce plus grand bidonville de France, situé à Mamoudzou (préfecture du département), que se situe l'action de la pièce. Bienvenue à Kaweni, surnommé bien à propos Gaza, décharge humaine où survivent comme ils peuvent une partie des échoués de notre monde.

© Victor Tonelli.
Et parmi eux de nombreux jeunes isolés, comme le héros de cette histoire, Moïse, 15 ans, abandonné par sa mère lorsqu'elle débarqua sur une plage de sable noir, bien des années auparavant. Un enfant recueilli par une infirmière venue du continent, morte depuis. Dans ce contexte pire qu'une jungle, zone de non-droit où l'ordre est aux mains de gangs, Moïse va devoir se débrouiller, survivre et subir la pression de Bruce Wayne, jeune voyou autoproclamé roi de Gaza.

De cet univers décomposé jusqu'aux dans les veines des habitants coule la violence, mieux que le sang. Violence née du manque de tout. D'une pauvreté sans mesure. D'un abandon total. D'un avenir interdit. Aucun repère. Sur le plateau, les projections gigantesques de visages interpellent le minuscule Moïse enfermé dans une cellule de prison. Fantômes imaginaires de la taille de dieux ou de démons. La mise en scène extrêmement élaborée d'Alexandre Zeff fait se caramboler sur scène les mondes intérieurs et les événements de l'histoire.

Bruno Fougniès
05/09/2022
Spectacle à la Une

•Off 2022• "Fantasio" L'expression contemporaine d'un mal-être générationnel

"Buvons l'ami et songeons à ce mariage point désiré." Éternel sujet maintes fois traité par nos grands auteurs classiques, l'union "forcée" reste encore d'actualité et l'acte de résistance qu'opposent les femmes, quel que soit le pays, peut induire une forme de rébellion et une revendication d'indépendance, d'autonomie, de liberté qui traversent facilement le prisme de la modernité.

© Andreas Eggler.
Il y a des compagnies et des metteurs en scène que l'on a particulièrement plaisir à suivre, à retrouver. Qui nous offre des moments où l'on aime sans crainte laisser se glisser nos oreilles, nos yeux, notre attention dans le confort d'une nouvelle création dont on sait quasiment par avance qu'elle nous régalera, ravira tous nos sens. Un spectacle de la Cie de L'Éternel fait assurément partie de ces petits bonheurs qui sont résolument inscrits dans une pratique novatrice, fougueuse, audacieuse et talentueuse de l'art des saltimbanques… celui qui réjouissait les foules au temps des tréteaux, des "sauteurs de bancs"*.

Au cœur de la pièce de Musset se joue le mariage politique de la princesse Elsbeth, enjeu d'un pays/royaume, décevant, sans vigueur et sans perspective pour les jeunes générations, à la gouvernance désabusée. En contrepoint, Fantasio, jeune homme désespéré - fuyant la routine, l'ennui qui naît du quotidien, la lassitude du "rien faire" -, désargenté et à l'avenir incertain, se joue des conventions, peu respectueux de la gente bien-pensante. Endossant de manière inattendue la posture et le costume de bouffon, habité d'une folle énergie soudaine et d'excès de lucidité bénéfique, il bouleverse la donne, sème un joyeux et revigorant bordel, boosté par un esprit vif et pertinent, et fait imploser sans violence le mariage.

Gil Chauveau
23/06/2022
Spectacle à la Une

Les 67e Nuits de la Citadelle à Sisteron

À partir du 22 juillet, les Nuits de la Citadelle de Sisteron accueilleront de beaux spectacles consacrés à la musique, à la danse et au théâtre sous l’égide du nouveau directeur artistique du festival, Pierre-François Heuclin.

Carmina Latina © Cappella Mediterranea.
Après la disparition tragique d'Édith Robert, c'est donc à Pierre-François Heuclin de reprendre le flambeau des Nuits de la Citadelle de Sisteron, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Le plus ancien festival (avec les Chorégies d'Orange) propose, pour sa 67e édition, un programme varié assuré par certains des meilleurs artistes français et européens.

Dès le 22 juillet, le chef Leonardo Garcia Alarcon à la tête de son orchestre, la Cappella Meditterranea, et du Chœur de chambre de Namur, offrira un concert consacré à des œuvres espagnoles et sud-américaines des XVIe et XVIIe siècles. Ce sera une soirée "Carmina Latina" emmené par la soprano Mariana Flores.

Au cloître Saint-Dominique, une superbe voix retentira encore le 27 juillet avec la venue du ténor britannique Freddie de Tommaso. Le premier prix du concours Plàcido Domingo donnera des airs de Verdi, de Puccini mais aussi des mélodies de Liszt, accompagné du pianiste Jonathan Papp.

Le Duo Jatekok pour "Un Carnaval de Animaux pas comme les autres" (le 7 août) et les sœurs Camille et Julie Berthollet (le 13 août) se produiront ensuite sur la scène du très beau théâtre de verdure pour les premières et celle du cloître Saint-Dominique pour les autres. Des rendez-vous musicaux qui ne manqueront donc pas de charme.

Christine Ducq
18/07/2022