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Danse

¡ Fandango ! Du grand, du beau, de l'art !

À Chaillot se déroule actuellement la quatrième biennale d'art flamenco. Avec "¡ Fandango !", c'est un grand coup d'éclat talentueux qui est donné, le temps d'un spectacle, à cet art avec son allure presque d'opéra, sa théâtralité qui s'associent avec gourmandise à une musique à la fois moderne et classique.



© Jean-Louis Duzert.
© Jean-Louis Duzert.
C'est une fable, un conte qui se déroule sous nos yeux, dans une lumière au contour sombre qui découpe et enveloppe la scène ronde dans un voile lumineux. Le temps, le silence, la pause font partie intégrante du spectacle. Les émotions tissent un lien entre les interprètes, dans un rapport physique allant au-delà des mouvements de flamenco. Nous sommes dans un Ailleurs où la musique, le chant et la danse prennent leur place dans une histoire avec ses rebondissements, ses joies, ses peines et ses humeurs. Le théâtre est très présent autour des attitudes et de la gestique. Celles-ci incarnent des sentiments dont la gestuelle est la caisse de résonance.

La représentation est découpée en différents tableaux donnant une articulation presque d'opéra avec des moments forts de scénographie comme ce plateau recouvert subitement d'un voile noir dans lequel se découvre en relief la courbure d'une femme. C'est un enchaînement où la beauté est chaque fois au rendez-vous. Tout est poétique, autant dans l'esthétisme des couleurs que dans les mouvements.

© Jean-Louis Duzert.
© Jean-Louis Duzert.
Les séquences se suivent avec pour chacune sa scénographie, ses lumières, ses costumes. Là, un marcel, plus loin un veston, une chemise ou une longue robe. Cela débute avec un ensemble de cinq artistes qui longe la frontière, délimitant la scène, en lançant leurs avant-bras et leurs mèches de cheveux vers l'avant, puis les faisant revenir à eux. Le corps parle au-deçà de ses composantes flamenquistes. Les palmas, sur les jambes et le tronc, viennent accompagner les taconeos avec David Coria, le principal protagoniste, et Rafael Ramírez. Chacun avec son style.

David Coria enchaîne un ensemble de solos aux compas différents. Les taconeos, alternés de pause, caressent presque le sol dans des tapotements de pieds qui refusent la technicité pure et dure préférant son enrobé poétique. Le contact au sol est particulier, ni trop vif, ni trop tranchant car baigné d'émotions, dans un rapport à la scène toujours incarnée. Ce n'est pas uniquement le danseur qui est sur les planches mais surtout le personnage d'un drame, d'une tragédie.

Les talons ne tapent pas le sol comme si celui-ci ne devait pas faire uniquement écho à ce geste. Il l'accompagne plutôt dans une continuité corporelle où les sentiments sont à fleur de peau. Les répliques, somatiques, sont serties de taconéos, comme des éléments de langage avec des braceos toujours sobres, assez proches du tronc.

© Jean-Louis Duzert.
© Jean-Louis Duzert.
Rafael Ramírez est dans une attitude, à dessein, plus ramassée, souvent droite, légèrement penchée sans montrer, à la différence de David Coria, plein d'émotion. C'est la sobriété et la tenue qui guident la gestique avec des pieds presque joints pour donner une dynamique rapide. Autant le second porte la tragédie avec lui, autant le premier porte le destin de celle-ci, son inéluctabilité. Ses déplacements via les taconéos font de ceux-ci un langage qui donne, à chacune de ses tapes, un écho vers l'autre. La communication passe par le flamenco avec, plus loin, des castagnettes, éléments caractéristiques du fandango, qui font résonner sa culture ancestrale. Celui-ci, en plus d'être un style musical, est une danse traditionnelle de couple dont les mouvements sont vifs.

Plus loin, chaque danseur se déplace aux quatre coins de la scène en l'attaquant avec les talons décollant des planches et les pointes en l'air de façon synchronisée. C'est une gestuelle théâtrale avec ses répliques corporelles, ses emplacements, ses postures, son chant où, pour chaque tableau, le compas est toujours autre, habillé de couleurs souvent différentes, du rouge au noir en passant par le blanc comme reflets émotionnels.

Un saxophone taquine dès le début du spectacle une guitare flamenca, donnant à l'atmosphère un accent à la fois enrobé de chaleur et de tragique, appuyé aussi par une clarinette qui contrebalance à dessein un tempo où les castagnettes, durant toute une chorégraphie, secouent de leurs rias un traditionnel qui s'allie à une composition musicale très moderne et originale. Un pur bonheur.

"¡ Fandango !"

© Jean-Louis Duzert.
© Jean-Louis Duzert.
Création à Chaillot.
Direction artistique : David Coria, David Lagos.
Chorégraphie : David Coria en collaboration avec Eduardo Martinez.
Direction musicale : David Lagos.
Mise en scène : David Coria.
Avec David Coria, Rafael Ramírez, Paula Comitre, Florencia Oz, Marta Gálvez.
Répétitrice : Paula Comitre.
Concept musical : Hodierno (David Lagos, Alfredo Lagos, Juan Jiménez, Daniel Muñoz "Artomatico").
Lumières : Gloria Montesinos (A.A.I.).
Costumes : Belén de la Quintana, Pili Cordero.
Création sonore : Ángel Olalla.
Régie, assistant de production : Jorge Limosnita.
Durée : 1 h 25.
Production Artemovimiento.

A été représenté les 26 et 28 janvier dans la salle Jean Vilar du Théâtre national de Chaillot (Paris) dans le cadre de la Quatrième Biennale d'Art Flamenco.

© Jean-Louis Duzert.
© Jean-Louis Duzert.
Quatrième Biennale d'Art Flamenco
Du 26 janvier au 13 février 2020.
Du mardi au vendredi à 19 h 45.
Jeudi à 19 h 45 et 20 h 30.
Samedi à 20 h 30.
Dimanche à 15 h 30.
Chaillot - Théâtre national de la Danse, Paris 16e, 01 53 65 31 00.
>> theatre-chaillot.fr

Programme
Du 29 au 30 janvier 2020 : "Sin permiso - canciones para el silencio", Ana Morales.
Du 30 au 31 janvier 2020 : "La espina que quiso ser flor o la flor que soñó con ser bailaora", Olga Pericet.
1er février 2020 : "Impulso" Rocío Molina.
Du 4 au 6 février 2020 : "Cuentos de Azúcar" Eva Yerbabuena.
8 février 2020 : "Tomatito", Tomatito sextet.
Du 6 au 13 février 2020 : "Magma", Marie-Agnès Gillot, Andrés Marín, Christian Rizzo.

© Jean-Louis Duzert.
© Jean-Louis Duzert.

Safidin Alouache
Mercredi 5 Février 2020

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Bernard Adamus
Bernard Adamus, d'origine polonaise, a débarqué à ses trois ans au Québec. Depuis maintenant plus de dix ans, il trace une ligne artistique saluée par la critique avec ses albums "Brun" (2009), "No2" (2012) et "Sorel soviet so what" (2015). Du premier jusqu'au dernier LP, "C'qui nous reste du Texas", la qualité est toujours chevillée aux accords.

Avec ses dix titres, cet opus a une allure toujours foncièrement blues aux relents parfois rock. L'artiste a laissé très majoritairement son harmonica dans son étui. Sa voix, caractéristique, traînante, presque criarde, est utilisée comme effet multiplicateur de ses émotions.

Les chœurs sont discrets bien que parfois appuyés comme pour "Chipotle". Certaines compositions telle que "L'erreur" excelle dans un blues avec la contrebasse de Simon Pagé très présente, accompagnée de quelques notes de piano pour rendre un son plus clair quand celui-ci est, à dessein, légèrement étouffé par des percussions. La voix monte haut perchée au refrain où claironne un saxophone donnant un tournis musical, tel le reflet d'un état d'âme où la tristesse se berce d'incompréhension. C'est dans ces cassures de rythme que se mêlent d'autres éléments musicaux et vocaux donnant une tessiture aboutie. Le début d'une chanson peut ainsi être décharné à dessein comme celui d'un désert, d'un seul à seul avec l'artiste.

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