La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Festivals

Voix Nouvelles, parité et rencontres au programme du Festival de Royaumont

Pour la 75e édition du Festival de Royaumont, jeunesse, talent, création et rencontres sont au rendez-vous. La musique, la danse et la voix seront encore une fois à l'honneur durant un mois d'intense bouillonnement créatif dans l'un des plus beaux sites d'Île-de-France, l'Abbaye de Royaumont.



© Agathe Poupeney/PhotoScène.
© Agathe Poupeney/PhotoScène.
La rentrée a comme tous les ans un petit goût moins amer grâce au retour de certaines manifestations artistiques. Tel ce festival dont le but est (entre autres) de donner à des artistes et ensembles participant aux académies et résidences financées par la Fondation Royaumont l'opportunité de livrer au public le résultat de leur travail. Une importance plus grande est de surcroît accordée en cette nouvelle édition à la création, répartie à Royaumont en trois pôles : la voix, la danse et la composition musicale.

Ce dernier département, dont le directeur artistique depuis 2015 est Jean-Philippe Wurtz (chef d'orchestre et fondateur de l'Ensemble Linea), vise à développer toutes les formes de créations musicales en intégrant désormais celui des musiques trans-culturelles (avec Samuel Agard, son conseiller artistique). Un projet ambitieux et une évidence pour J.-P. Wurtz, qui prend ainsi acte que la création musicale est désormais affranchie des chapelles et des dogmes. Les compositeurs d'aujourd'hui n'hésitent-ils pas désormais à s'abreuver à de nombreuses sources extra classiques comme le rock, le jazz ou les musiques traditionnelles ?

Mivos Quartet © Blaise Hayward.
Mivos Quartet © Blaise Hayward.
C'est ainsi que l'Académie Voix Nouvelles a sélectionné quatorze compositeurs, sept garçons et sept filles venus du monde entier. Une parité parfaite respectée pour la deuxième année consécutive pour des candidats(es) d'excellent niveau - ce dont s'enorgueillit à juste titre son directeur artistique. Pendant seize jours (à partir du 25 août) ces très jeunes compositeurs venus d'Amérique du Nord, d'Asie (Japon et Taïwan), d'Europe centrale ou du Proche-Orient (Turquie, Israël), plus le Français Baptiste Chassin, se perfectionnent dans leur activité sous la direction de deux formateurs aussi brillants que différents, Franck Bedrossian et Simon Steen-Andersen.

La Fondation attribue par ailleurs une bourse aux compositeurs qui en auraient besoin. Une fois leur œuvre composée au terme d'un long processus créatif, les lauréats la présentent pendant quarante-cinq minutes face aux interprètes professionnels qui les défendront. Cette année un ensemble américain, le Quatuor Mivos, le contrebassiste Florentin Ginot (de l'Ensemble Musik Fabrik) et l'ensemble vocal (de seize voix) en résidence pour deux ans in loco, Les Métaboles, sont chargés de travailler avec eux pour une phase d'ajustement et parfois d'amélioration des partitions. Le processus collaboratif constant aux différentes étapes de la formation est, on le voit, privilégié pour donner vie à ces créations.

Les Métaboles © Elsa Laurent.
Les Métaboles © Elsa Laurent.
Les œuvres sont jouées lors des deux journées du week-end "En Vol" (les 7 et 8 septembre) pour trois Concerts de l'Académie, également sous la direction de Léo Warinski et l'encadrement de la soprano Donatienne Michel-Dansac. Les œuvres devraient relever de styles variés et de formats divers : purement vocales ou voix avec quatuor à cordes ou encore voix et contrebasse. Elles entendent bien retrouver le chemin du cœur du public - que le terme "création contemporaine" fait trop souvent fuir à tort.

La phase de professionnalisation de ces jeunes compositeurs est également essentielle pour les membres de l'équipe de l'Académie Voix Nouvelles. Ainsi des lauréats de l'édition 2018 se sont vu passer neuf commandes (cinq en 2017) par la Festival de Royaumont comme par les ensembles qui les ont accompagnés. Les compositeurs lauréats de 2018 Nuno Costa et Jack Sheen verront donc leurs œuvres jouées le huit septembre, en même temps que leurs aînés tels que Jonathan Harvey (formateur en 2002) ou George Lewis ("Playing with seeds").

Abbaye de Royaumont, octobre 2016 © Yann Monel.
Abbaye de Royaumont, octobre 2016 © Yann Monel.
Le Festival de Royaumont, c'est aussi la création chorégraphique avec, par exemple cette année, Charlie-Anastasia Merlet, Eloïse Duchemin et toujours Hervé Robbe (directeur artistique du département Danse) les 14/15 septembre. De nombreux autres rendez-vous attendent un public toujours plus nombreux (en hausse de 21 % l'an dernier) centrés sur la Polyphonie anglaise, Bach et Telemann, Schumann Poète ou encore Immortal Bach (avec Thomas Lacôte à l'orgue) entre autres.

Sans oublier un week-end consacré au Samaa et au Chant Mozarabe avec l'Ensemble Organum, un hommage à Jean-Claude Malgloire et une Nuit de la Mélodie et du Lied avec le récital des jeunes artistes lauréats de la Fondation Royaumont. C'est enfin l'Académie Orsay-Royaumont (deuxième édition) pour former les duos chanteurs-pianistes de demain sous la houlette des plus grands (Christian Immler, Véronique Gens, Christoph Prégardien et Stéphane Degout pour ne citer que les chanteurs) qui s'ancre durablement dans le paysage musical du Musée d'Orsay comme de Royaumont.


Du 7 septembre au 6 octobre 2019.
Abbaye de Royaumont.
Asnières-sur-Oise (95).
Tél. : 01 30 35 58 00.
Programme complet :
>> royaumont.com

Christine Ducq
Vendredi 30 Août 2019

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022







À découvrir

"Tropique de la violence" Une forme d'opéra rock comme un cri de détresse des oubliés de Mayotte

Cent-unième département de France, Mayotte, petite île au nord-ouest de Madagascar, souffre. Loin des clichés de lagons tropicaux et de végétation luxuriante, elle est devenue l'endroit de France le plus peuplé en immigrés, officiels mais surtout clandestins, qui débarquent régulièrement des Comores à bord de kwassa-kwassa (bateaux de pêche à fond plat) quand ils ne finissent pas noyés. C'est dans ce plus grand bidonville de France, situé à Mamoudzou (préfecture du département), que se situe l'action de la pièce. Bienvenue à Kaweni, surnommé bien à propos Gaza, décharge humaine où survivent comme ils peuvent une partie des échoués de notre monde.

© Victor Tonelli.
Et parmi eux de nombreux jeunes isolés, comme le héros de cette histoire, Moïse, 15 ans, abandonné par sa mère lorsqu'elle débarqua sur une plage de sable noir, bien des années auparavant. Un enfant recueilli par une infirmière venue du continent, morte depuis. Dans ce contexte pire qu'une jungle, zone de non-droit où l'ordre est aux mains de gangs, Moïse va devoir se débrouiller, survivre et subir la pression de Bruce Wayne, jeune voyou autoproclamé roi de Gaza.

De cet univers décomposé jusqu'aux dans les veines des habitants coule la violence, mieux que le sang. Violence née du manque de tout. D'une pauvreté sans mesure. D'un abandon total. D'un avenir interdit. Aucun repère. Sur le plateau, les projections gigantesques de visages interpellent le minuscule Moïse enfermé dans une cellule de prison. Fantômes imaginaires de la taille de dieux ou de démons. La mise en scène extrêmement élaborée d'Alexandre Zeff fait se caramboler sur scène les mondes intérieurs et les événements de l'histoire.

Bruno Fougniès
05/09/2022
Spectacle à la Une

•Off 2022• "Fantasio" L'expression contemporaine d'un mal-être générationnel

"Buvons l'ami et songeons à ce mariage point désiré." Éternel sujet maintes fois traité par nos grands auteurs classiques, l'union "forcée" reste encore d'actualité et l'acte de résistance qu'opposent les femmes, quel que soit le pays, peut induire une forme de rébellion et une revendication d'indépendance, d'autonomie, de liberté qui traversent facilement le prisme de la modernité.

© Andreas Eggler.
Il y a des compagnies et des metteurs en scène que l'on a particulièrement plaisir à suivre, à retrouver. Qui nous offre des moments où l'on aime sans crainte laisser se glisser nos oreilles, nos yeux, notre attention dans le confort d'une nouvelle création dont on sait quasiment par avance qu'elle nous régalera, ravira tous nos sens. Un spectacle de la Cie de L'Éternel fait assurément partie de ces petits bonheurs qui sont résolument inscrits dans une pratique novatrice, fougueuse, audacieuse et talentueuse de l'art des saltimbanques… celui qui réjouissait les foules au temps des tréteaux, des "sauteurs de bancs"*.

Au cœur de la pièce de Musset se joue le mariage politique de la princesse Elsbeth, enjeu d'un pays/royaume, décevant, sans vigueur et sans perspective pour les jeunes générations, à la gouvernance désabusée. En contrepoint, Fantasio, jeune homme désespéré - fuyant la routine, l'ennui qui naît du quotidien, la lassitude du "rien faire" -, désargenté et à l'avenir incertain, se joue des conventions, peu respectueux de la gente bien-pensante. Endossant de manière inattendue la posture et le costume de bouffon, habité d'une folle énergie soudaine et d'excès de lucidité bénéfique, il bouleverse la donne, sème un joyeux et revigorant bordel, boosté par un esprit vif et pertinent, et fait imploser sans violence le mariage.

Gil Chauveau
23/06/2022
Spectacle à la Une

Les 67e Nuits de la Citadelle à Sisteron

À partir du 22 juillet, les Nuits de la Citadelle de Sisteron accueilleront de beaux spectacles consacrés à la musique, à la danse et au théâtre sous l’égide du nouveau directeur artistique du festival, Pierre-François Heuclin.

Carmina Latina © Cappella Mediterranea.
Après la disparition tragique d'Édith Robert, c'est donc à Pierre-François Heuclin de reprendre le flambeau des Nuits de la Citadelle de Sisteron, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Le plus ancien festival (avec les Chorégies d'Orange) propose, pour sa 67e édition, un programme varié assuré par certains des meilleurs artistes français et européens.

Dès le 22 juillet, le chef Leonardo Garcia Alarcon à la tête de son orchestre, la Cappella Meditterranea, et du Chœur de chambre de Namur, offrira un concert consacré à des œuvres espagnoles et sud-américaines des XVIe et XVIIe siècles. Ce sera une soirée "Carmina Latina" emmené par la soprano Mariana Flores.

Au cloître Saint-Dominique, une superbe voix retentira encore le 27 juillet avec la venue du ténor britannique Freddie de Tommaso. Le premier prix du concours Plàcido Domingo donnera des airs de Verdi, de Puccini mais aussi des mélodies de Liszt, accompagné du pianiste Jonathan Papp.

Le Duo Jatekok pour "Un Carnaval de Animaux pas comme les autres" (le 7 août) et les sœurs Camille et Julie Berthollet (le 13 août) se produiront ensuite sur la scène du très beau théâtre de verdure pour les premières et celle du cloître Saint-Dominique pour les autres. Des rendez-vous musicaux qui ne manqueront donc pas de charme.

Christine Ducq
18/07/2022