Quantcast
La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Coulisses & Cie

Une exploration en prose et en dessins réussie des coulisses de la Comédie-Française

Le 21 octobre 1680 naissait la Comédie-Française… Sorti le mois dernier, "Dans les coulisses de la Comédie-Française" est un "beau" livre au sens le plus noble du terme… et le parcourir est un véritable voyage artistique qui régale les yeux et émoustille l'intelligence.



Les décorateurs sont au travail © Damien Roudeau.
Les décorateurs sont au travail © Damien Roudeau.
Parmi les cadeaux possibles pour les fêtes de fin d'année, en voici un d'exceptionnel tant par la somme de travail qu'il représente que par l'incroyable qualité de sa réalisation. La grande finesse du trait et la précision du dessin, expressif et vivant, de Damien Roudeau sont les deux premiers aspects qui sautent aux yeux dès l'ouverture de l'ouvrage.

Ceux-ci sont complétés par la plume alerte et fluide de Laetitia Cénac qui donne à son reportage une forme de carnet de voyage à la découverte des différents métiers de la noble institution théâtrale, de son histoire et de ses historiettes, des différents lieux, grands ou petits, officiels ou discrets, de la loge à l'atelier, de la coupole aux sous-sols, de la scène au foyer ou à la cantine… et bien sûr de tous ceux qui l'habitent, au sens propre comme au figuré !

Cette exploration exceptionnelle a duré quatre mois, du 18 septembre 2016, avec trois premières rencontres (Francis Vergne, régisseur général, Jean-Christophe Eliphe, chef de service de l'accueil et des invitations, et une sociétaire, Anne Kessler), au 15 janvier 2016, date de la soirée d'hommage à Molière. Et elle plonge le lecteur dans le quotidien des professionnels qui œuvrent pour faire fonctionner les trois salles parisiennes de la Comédie-Française - Salle Richelieu, Théâtre du Vieux-Colombier, Studio-Théâtre - et pour fabriquer les décors et accessoires aux ateliers de construction basés à Sarcelles.

© Damien Roudeau.
© Damien Roudeau.
La virée artistique de nos deux reporters, telle que mise en scène dans le livre, débute par un prologue du 505e sociétaire, en la personne de Denis Podalydès, qui déclare, comme une invitation à le suivre dans les coulisses du théâtre : "La longévité, la force, l'ancrage, la puissance symbolique de cette maison, voilà qui ne me laisse pas de me fasciner."

Puis nous rentrons dans le vif du sujet avec ce qui fonde chaque spectacle, à chaque nouvelle saison : le soir de "première". L'excitation est à son comble et tous sont sur le qui-vive avant que le rideau se lève. Ici, il s'agit de la première de "Roméo et Juliette", mise en scène par Éric Ruf (administrateur général ayant succédé à Muriel Mayette-Holtz en août 2014), qui eut lieu le 7 décembre 2015.

Ce premier chapitre sur la "première représentation" est l'occasion de découvrir le métier de régisseur général (au nombre de quatre à la C.-F.), celui du responsable du service de l'accueil et des invitations qui a plus de trente-cinq personnes sous sa houlette, ainsi que la responsabilité du protocole. Est abordé également un phénomène souvent non maîtrisable, le "trac de première" avec Anne Kessler.

© Damien Roudeau.
© Damien Roudeau.
Flash-back pour la séquence suivante avec un reportage sur les répétitions avec les filages, l'étude des chorégraphies, de la scénographie, l'importance des assistants(es) à la mise en scène, du chef accessoiriste, le rôle de la cafétéria (quartier général du théâtre), et évidemment l'implication des acteurs/actrices dans les différents rôles.

Ces derniers sont aujourd'hui soixante, de tous âges et de tous horizons confondus, du doyen à la benjamine de vingt ans, qu'ils soient formés par Antoine Vitez, l'école de Strasbourg, le conservatoire ou une formation privée. Ils forment "la Troupe" et leur devise est : "Simul et singulis" (être ensemble et être soi-même, chacun en particulier). Ils sont pensionnaires (engagés par l'administrateur général) ou sociétaires. Ce dernier statut s'obtient, après une année de présence, lors d'une éventuelle élection qui doit se dérouler au cours de l'assemblée annuelle dite "comité de décembre".

Sans les détailler tous, au fil des différents chapitres, on se laisse porter par les textes de Laetitia Cénac et les croquis "léchés" de Damien Roudeau. L'esprit et l'histoire de la grande maison sont traités. On effectue une balade dans le Théâtre du Vieux-Colombier et le Studio-Théâtre. On fait connaissance avec Éric Ruf, avec ses charges, ses responsabilités et le fonctionnement de la C.-F. L'une des parties passionnantes est, sans aucun doute, la découverte des artisans, véritables piliers des coulisses.

Éric Ruf et Laetitia Cénac © Damien Roudeau.
Éric Ruf et Laetitia Cénac © Damien Roudeau.
Couturières, tailleurs, modistes, coiffeurs, maquilleuses, dessinatrices, habilleuses, repasseuses, costumiers, etc., tels sont ces différents métiers qui, derrière le faste de la scène, en sont les compétents manufacturiers. Souvent méconnues, ces pratiques sont pourtant le socle et la clé de voûte de tout spectacle digne de ce nom. Et une maison comme la Comédie-Française permet grâce à ses productions de maintenir ces précieux savoir-faire et parfois même peuvent-ils être transmis.

Il en est de même pour les métiers de plateau (machinistes, cintriers, soutiers, tapissiers, menuisiers, accessoiristes, sculpteur, etc.) qui, compte tenu de la complexité de la gestion de celui-ci, font appel à une hiérarchie de "commandes" avec, suivant les endroits physiques d'actions (cintres, cour, jardin, lointain, etc.) un "chef brigadier".

Enfin, pour finir (pour ne pas dévoiler toutes les richesses contenues dans le livre) un petit tour sur le chapitre intitulé "Paris-Sarcelles" où le lecteur visite, sans doute pour la première fois, les ateliers situés à Sarcelles (95). Trois immenses hangars déroulent leurs imposantes silhouettes. Le bâtiment "B" est dévolu au stockage des décors alors que le "C" est consacré à la construction de ceux-ci (d'après maquette) et autres meubles. Le "A" est celui de la finition ou atelier de décoration. C'est dans celui-ci que s'effectuent la recherche et la préparation des teintes, des fonds, des nuances pour la peinture ainsi que les modelages et les sculptures. Ici aussi les niveaux de compétence font rêver, tous étant passés soit par les Arts décoratifs, les Beaux-Arts, les Arts appliqués ou l'école Olivier-de-Serres.

Laissons maintenant la magie opérer et peut-être l'envie créée de plonger sans attendre "Dans les coulisses de la Comédie-Française".

"Dans les coulisses de la Comédie-Française"

© Damien Roudeau.
© Damien Roudeau.
Reportage de Laetitia Cénac.
Dessins de Damien Roudeau.
Éditions de la Martinière.
Beaux Livres.
Histoire et société.
220 x 285 mm - 240 pages.
29 €.
Sortie : 1er septembre 2016.

Sommaire :
Prologue, par Denis Podalydès ; Soir de première ; Répétitions ; Revue de troupe ; Que joue-t-on ce soir ? ; Capitaine Ruf ; La fabrique de l'illusion ; Les métiers de plateau ; Paris-Sarcelles ; Un théâtre public ; Molière ; Épilogue, par Guillaume Gallienne ; Annexes.


Gil Chauveau
Jeudi 20 Octobre 2016

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

Fred Pallem et Le Sacre du Tympan racontent les Fables de La Fontaine

Excellente idée que celle de Fred Pallem, musicien compositeur aux multiples talents et goûts musicaux, de revisiter avec quelques belles notes revigorantes "Les Fables de La Fontaine", quatorze plus précisément, qui sont racontées par une belle "brochette" d'artistes, des fidèles parmi les fidèles ou des - nouvellement ! - copains et copines.

Concert
En ces temps si particuliers, où nous sommes coincés - petits et grands - dans nos lieux de vie, notre disponibilité pour lire, écouter, songer, affabuler, s'évader sur des histoires anciennes ou nouvelles, est grande. C'est l'occasion aussi de redécouvrir nos classiques, mais en mode inédit, portés par des phrasés mélodiques et des conteurs aux personnalités affirmées et talentueuses.

S'il y a bien un compositeur à qui l'on ne peut pas reprocher de raconter des fables, c'est bien Fred Pallem. En plus de vingt ans de compositions et de concerts, jamais il ne se répète. Depuis son premier album avec sa formation "Le Sacre du Tympan" (en 2002) jusqu'à sa dernière "Odyssée" en 2018, en passant par ses passions cinématographiques - "Soundtrax" (2010), "Soul Cinéma" (2017) -, voire celles aux dessins animés de son enfance - Cartoons (2017) - et à des compositeurs comme François de Roubaix, jamais il n'a cessé d'innover, de créer.

Mais ce que l'on sait moins, c'est que Fred Pallem est également un amoureux des mots. On peut le constater avec les multiples collaborations qu'il a eues avec des chanteurs et chanteuses comme Lavilliers, Barbara Carlotti, MC Solaar, Clarika, etc. Mais aujourd'hui, avec ce nouvel album, les mots prennent le devant. "Tout d'abord, j'avais envie de composer de la musique autour d'une voix parlée ; m'imprégner du rythme des mots et de leurs sons, ressentir le tempo de la diction, puis écrire de la musique à partir de cela. Nous avons donc enregistré les voix en premier et les musiques ensuite."

Gil Chauveau
15/11/2020
Spectacle à la Une

"Rabudôru, poupée d'amour" Une expérience intime de théâtre filmé, diffusée en direct via le web

L'incidence de la mise en sommeil de tous les spectacles, en ce mol novembre 2020, n'est pas la seule raison de cette représentation destinée aux internautes à laquelle nous à conviée la Compagnie La Cité Théâtre. Dès la conception du spectacle, Olivier Lopez, auteur et metteur, envisageait une double vision du spectacle : une en contact direct avec le public de la salle, l'autre en streaming par captation en temps réel.

© Julien Hélie.
"Le "ciné live stream" est un autre regard sur l'histoire de "Rabudôru". Accessible en ligne, cette "dématérialisation" interroge l'expérience théâtrale, la place du(de la) comédien(ne), entre l'image et le plateau. (Olivier Lopez/Dossier de presse).

Le plateau de théâtre devient également plateau de cinéma, avec cadreurs, techniciens et cabine de réalisation intégrée. Le but est de rechercher d'autres rapports à la scène que cet éphémère "ici et maintenant" dont le spectacle vivant a toujours été fier et dépendant. C'est un ici au ailleurs que propose Olivier Lopez mais pas seulement.

Le filmage en direct apporte, dans certaines scènes, une proximité, une intimité avec les personnages sans le filtre de la déclamation théâtrale. Les expressions en plans rapprochés semblent plus fortes. Les cadrages permettent d'oublier un temps le reste du décor plateau et s'immerger plus profondément dans la scène, passer d'un lieu à un autre avec souplesse et précision.

Bruno Fougniès
16/11/2020
Sortie à la Une

"Zaï Zaï Zaï Zaï" Road movie déjanté… Tout ça pour un poireau !

Ne devoir son salut qu'à un légume à bulbe blanc et à longues feuilles vertes, brandi sous le nez d'un vigile expert en roulade arrière dissuasive, marque le point de bascule de ce jeune homme - peu recommandable, il est auteur de BD - venant de commettre l'impensable : ne pas avoir été en mesure de présenter sa carte de fidélité à la caissière ! Telle est l'origine de la folle cavale du "héros" échappé de l'album éponyme de Fabcaro pour être porté sur la scène par Angélique Orvain, réalisant là une prouesse propre à rendre lumineuse toute grisaille.

© Romain Dumazer.
Dans un dispositif immergeant le spectateur au cœur de l'action effrénée - pas moins de quatre podiums disposés en cercle, éclairés tour à tour, incluent le public dans des tableaux vivants -, l'épopée du fuyard décrété ennemi numéro 1 par la vox populi reprenant en chœur les voix des médias et des représentants de l'ordre va être vécue de manière haletante. L'occasion pour l'auteur et la metteure en scène, fins observateurs des travers contemporains, de croquer à pleines dents les errements hilarants des conduites dites "ordinaires".

En effet ces "arrêts sur images", joués superbement par huit acteurs tirant parti avec intelligence des ressorts du théâtre de tréteaux et des ralentis cinématographiques, passent au scanner les dérives de la pensée commune érigée en système de pensée. Aucun milieu n'y échappe. Pas moins les complotistes avachis devant leur téloche, les bobos contents d'eux-mêmes lisant Les Inrocks ou Le Monde Diplomatique, les artistes charitables réalisant un album de soutien à l'auteur de BD à la dérive, les forces de l'ordre au képi bas, et encore moins les journalistes des chaînes d'infos en continu commentant en boucle l'absence d'infos.

Éberlué par tant de perspicacité bienveillante mais non moins mordante, on jubile… Rien ne nous est épargné du grotesque qui sous-tend les comportements de la meute de ces (braves) gens commentant avidement la cavale du dangereux mécréant ayant bravé l'interdit suprême des fidèles du "Temple de la consumation". Et si le trait est grossi à l'envi, il déforme à peine la réalité des travers.

Yves Kafka
29/10/2020