La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Un fantôme hante le plateau... serait-ce Marx ? Ou de celui de l'espoir encore espéré...

"Le Capital et son singe", Théâtre La Colline, Paris et Tournée

En ces temps de crise du capitalisme où triomphe la cupidité, selon les propres termes du prix Nobel d'économie Joseph E. Stiglitz, il est doux d'entendre la parole de ceux qui furent si longtemps dénigrés. Ces socialistes du XIXe siècle dont les analyses sur les écarts entre la valeur et le prix, la production et l'objet, ainsi que la part du travail de l'homme (sa part tout simplement) retrouvent une actualité aigüe.



© Marine Fromanger.
© Marine Fromanger.
Dans "Le Capital et son singe", Sylvain Creuzevault réunit, autour de plats de lentilles, des militants. Ils sont intemporels... Ils sont surpris par le spectateur dans le méli-mélo de leurs débats d'idées sur l'urgence d'instaurer une république alors que des forces contraires œuvrent puissamment. Ils ont des maîtres à penser et leurs propres querelles. Tous s'affrontent, chacun se fondant dans son propre modèle. Ils ont la lutte ouvrière. Réunion banale.

Et par leur entremise Blanqui, Blanc, Raspail, Lamartine, Engels, Ledru Rollin mais aussi Freud, Lacan, Foucault ou Rosa Luxembourg. Ils débattent de l’Économie, du Travail, du Régalien, de la Propriété, de la République, du Commerce, de l’Échange… De la Production et de la Consommation, du Producteur et du Consommateur, du Formatage. Ils se montrent sensibles au manque d'alphabétisation de la société et du manque de conscience citoyenne de la part de leurs contemporains.

De les entendre analyser aussi intelligemment et passionnément, et justement le spectateur est un peu triste de les voir mis en échec.

© Marine Fromanger.
© Marine Fromanger.
Le public est installé en bi-frontal, le noir n'étant jamais vraiment complet, le dispositif n'évolue pas. Le débat se déroule en un huis clos des idées implicitement éternelles et coupées du monde.

Dans cette simplicité, les personnages semblent s'évaporer en autant d'archétypes. Autant de mises à distances par rapport au texte ou aux personnages. La mise en scène perd toute aspérité et profondeur. Ce théâtre reflète plus qu'il ne traduit le monde, mime le spectacle du monde avec les conséquences que cela peut avoir sur la perception du sens. Comme si l'anecdote importait plus que le principal (le dividende plus que le capital ?), le jeu semble parasiter le propos. L'ironie plane comme un fantôme sur le plateau… comme Marx. Comme un doute.

Et quand le jeu procure de beaux moments (la scène du procès politique est très drôle), le rire qu'il déclenche sonne un peu étrange. De manière indécidable le rire oscille à la surface des choses entre moquerie ricanement ou rire franc tout en faisant ressentir comme un bruit de fond, un bruit de l'humain, un bruit de révolte dont pourtant le spectacle dans sa totalité suggère l'inanité.

Un fantôme hante le plateau. Celui de l'espoir encore espéré.

Au spectateur de dépasser le nihilisme qui s'installe. Il aimerait bien que les économistes brillants du XXIe siècle, ceux de Toulouse par exemple, l'aident à apporter des réponses.

"Le Capital et son singe"

© Marine Fromanger.
© Marine Fromanger.
À partir du Capital de Karl Marx.
Mise en scène : Sylvain Creuzevault.
Avec : Vincent Arot, Benoit Carré, Antoine Cegarra, Pierre Devérines, Lionel Dray, Arthur Igual, Clémence Jeanguillaume, Léo-Antonin Lutinier, Frédéric Noaille, Amandine Pudlo, Sylvain Sounier, Julien Villa, Noémie Zurletti.
Lumières : Vyara Stefanova et Nathalie Perrier.
Scénographie : Julia Kravtsova.
Costumes : Pauline Kieffer et Camille Pénager.
Masques : Loïc Nébréda.
Durée : 2 h 45 environ.

Du 5 septembre au 12 octobre 2014.
Du mercredi au samedi à 20 h, le mardi à 19 h 30 et le dimanche à 15 h.
Théâtre La Colline, Grande Théâtre, Paris 20e, 01 44 62 52 52
>> colline.fr

Tournée :
● 5 et 6 novembre 2014 : La Scène Watteau - Scène conventionnée, Nogent-sur-Marne (94).
● Du 26 au 29 novembre 2014 : MC2, Grenoble (38).
● 4 et 5 décembre 2014 : L'Archipel - Scène nationale, Perpignan (66).
● Du 5 au 7 février 2015 : La Filature - Scène nationale, Mulhouse (68).
● Du 13 au 14 février 2015 : Le Cratère - Scène nationale, Alès (30).
● Du 11 au 14 mars 2015 : Bonlieu - Scène nationale, Annecy (74).
● Du 13 au 16 mai 2015 : Théâtre national, Bruxelles (en partenariat avec le Kunstenfestivaldesarts).

Jean Grapin
Vendredi 19 Septembre 2014

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

"Sabordage" Comme une synthèse de la modernité… une implosion écologique à venir, avenir sombre de notre monde…

Elle fut riche et belle, plaisante et paradisiaque, pays de cocagne… puis devint consommatrice et opulente, industrieuse, minière et calamité écologique, pour finir mendiante et désespérée, à l'avenir destructif d'une future terre qui coule à pic… C'est la "belle" histoire de l'île de Nauru*, miroir de notre prochain anéantissement - au délicat (!) mais définitif intitulé "6e extinction de masse" -, qui nous est contée par le talentueux Collectif Mensuel.

Narration aux allures de débats, de commentaires, d'échanges réalistes… Scénographie en une forme d'actions documentaires, visible au lointain par report vidéo "en direct", en rappel de notre monde de l'image, expression ironique de nos chaînes d'infos en continu pour une structure créative d'un théâtre pédagogique, d'un reportage théâtralisé… Car ici tout est vrai, le drame, les horreurs économiques, le dézingage des ressources et de l'environnement… le sabordage de l'île a vraiment eu lieu, sans parler des perspectives radieuses d'une fin en version sous-marine !

Le récit - dans un préambule exposant un éden de rêve aux allures de paradis touristique, sis à quelques encablures de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (près de 2 700 km quand même !) - se construit sur un montage cinématographique et télévisuel où le collectif puise dans les séries et films des années soixantes-dix quatre-vingt, tous célèbres et ancrées dans nos imaginaires collectifs…

Gil Chauveau
11/10/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

"Fake"… Un "Peer Gynt" pour explorer le monde de l'info et de l'intox

"Fake - Tout est faux, tout est fou", Gare de l'Est, Paris

L'homme vagabonde sous les toits ferroviaires, au carrefour des âmes voyageuses… il est conteur. Peer Gynt partit aussi à l'aventure, cheminant entre rêve et réalité. Le narrateur s'en inspire pour démêler le vrai du faux… de notre réalité… Extraire le fake à l'ère des news…

Spectacle déambulatoire, performance de rues (ici intérieure), Fake convoque un conteur, un concepteur compositeur, des musiciens, pour une exploration d'un nouveau type où le spectateur, équipé d'un casque audio, se laisse emmener, au sens littéral comme virtuel dans une promenade découverte entre vraies et fausses informations.

Dans ce périple artistique, ce dernier garde toute liberté d'action, plus précisément de mouvements, déambulant dans l'espace proposé au fil de ses envies, de ses inspirations ou guidé par l'histoire, narration sonore, vocale et musicale, composée en direct et diffusée dans le casque et/ou influencé par la vue, le cheminement de l'acteur, Abbi Patrix, interprétant à sa façon Peer Gynt, exprimant son ressenti du lieu, posant des questions sur la véracité du réel ou interrogeant le badaud passant.

Les éléments sonores audibles dans le casque sont superposés, sans apparente cohérence mais peuvent stimuler ou orienter la perception du spectateur qui fait le choix d'être actif ou passif, ponctuellement ou de manière permanente, redevenant alors un simple observateur.

Gil Chauveau
10/10/2019