La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Théâtre

"X", Allo la Terre ? Silence radio… Un huis clos d'outre-temps - 21/06/2021

Dans une capsule spatiale autonome envoyée aux confins de la Galaxie, un groupe de scientifiques se rend progressivement à l'évidence… Si ses messages partent sans encombres de Pluton, ils ne rencontrent, après avoir traversé le silence infini des espaces interstellaires, que le mutisme des Terriens. Confrontés au silence assourdissant de leurs paroles sans écho, les passagers solitaires vivent...  

Festival Trente-Trente "Oratorio Vigilant Animal", triptyque d'un noir incandescent - 15/06/2021

Renouant avec l'origine de l'Oratorio consacré à la Passion du Christ (évènements précédant et accompagnant la mort de Jésus), Gianni-Grégory Fornet pervertit à l'envi la résonance religieuse du terme pour l'inscrire dans l'univers profane des Hommes. Ici, trois figures masculines (incarnées par des performeuses déliées de tout tabou), scandaleusement humaines dans les passions qui les habitent,...  

"Drag" Le dur désir d'être soi… un corps à corps sans merci - 09/06/2021

"Nous vivons dans l'oubli de nos métamorphoses" écrivait le poète Paul Éluard, le même à qui l'on doit le retentissant "Liberté, j'écris ton nom". Jérôme Batteux, comédien et auteur de "Drag" - dont il est le sujet - entend bien ce soir commettre un acte de liberté, revendiqué comme un viatique salvateur, en écrivant en lettres de feu son nom. Sous le regard de spectateurs conviés à ses mues, sa...  

"Mon visage d'insomnie" Nager sous l'inquiétante surface des consciences troublées - 24/05/2021

Chaque être humain est une énigme, une équation à plusieurs inconnues que les situations finissent par révéler en partie : les trois personnages de cette histoire inquiétante vont en être la preuve, en direct. Le vrai, le faux, le caché, l'omis, l'apparent et le soupçonné en sont les moteurs dramatiques et la source de tensions, d'incertitudes, de stupeurs par moments. Une pièce qui ne se permet...  

Rabelais, l'homme et son œuvre, d'après le texte de Jean-Louis Barrault - 12/05/2021

C'est une somme, une multitude, un foisonnement de gestes, de costumes, de chants, de danses, de scènes, d'images et d'imaginaires, de saillies, de piques, de mots, ceux de François Rabelais, auguste philosophe, libre-penseur, écrivain qui vécut dans le royaume de France toute la première moitié du XVIe siècle. Sur la "pas très grande" scène du Théâtre 13, ils sont 18 comédiens entraînés dans...  

"Je vous écris dans le noir" Tragédie d'une femme libre et moderne en quête de l'impossible amour - 10/05/2021

Même quand elle est emportée dans les vents de l'amour, Pauline Dubuisson n'échappe pas à son destin… Un destin aux accents de tragédie grecque, comme une filiation à la malédiction des Atrides… Adolescente charnelle et donc collabo "involontaire" durant l'occupation, tondue et violée à 15 ans, meurtrière passionnelle à 24 ans, son passé finira toujours par la rattraper. Entre souhaits...  

"La Veilleuse, Cabaret holographique" Est-ce la naissance d'un huitième art ? - 29/04/2021

"La Veilleuse" est un spectacle étrange, particulier et unique. Spectacle vivant, certes, mais sans interprètes de chair. Et pourtant, les spectateurs dans la salle assistent réellement à des numéros de magie, de danse, de chant, de jeu théâtral, comme si ces scènes étaient réellement jouées sur scène. Une illusion qui donne le vertige et permet des réalisations poétiques débordantes de...  

La bagarre ? Jeu de poings, jeux de gamins, jeu de pignes, jeux de gamines - 23/04/2021

La bagarre, c'est pas grave. La bagarre, c'est un jeu. On la décide sur un coup de tête. On s'attrape, on se tape, on se fait tomber. On prend des gnons et on en donne. On se fait écraser, on s'extirpe, on se libère, on gagne, on perd. C'est comme ça dans les cours d'école depuis des lustres. On ne sait pas vraiment comment ça commence. On ne sait jamais comment ça finit. Mais qu'est-ce que c'est...  

"Adeno Nuitome" Une glorification de l'amour - 15/04/2021

Lola Molina questionne pour la deuxième fois les stigmates de l'amour. Dans sa pièce précédente intitulée "Seasonal Affective Disorder" (déjà dans une mise en scène de Lélio PLotton), elle s'était intéressée à la cavale hors normes, et pas correcte du tout politiquement parlant, d'une ado de 14 ans et d'un chanteur vaguement raté de 50 piges. Dans "Adeno Huitome", le couple est moins romanesque...  

"Le Dortoir des Mouettes", le "je me souviens…" d'un passé recomposé - 08/04/2021

La Cie Intérieur Nuit - dont le nom se révèle en la circonstance tout sauf fortuit - s'ingénie à créer des ambiances propres à délivrer des textes d'auteurs contemporains (ou pas) via le dispositif "fabuleux" de l'Audio Spectacle. Confortablement installé dans des transats alignés sous une voute d'arceaux de noir tendu, l'imaginaire de chacun erre librement, bercé par le rythme du roman truculent...  
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À découvrir

"Les femmes de la maison" L'épopée des luttes féminines sous le prisme d'une maison très spéciale

Voici la dernière pièce de Pauline Sales (écriture et mise en scène) qui a été présentée au Théâtre Paul Scarron du Mans devant un public professionnel restreint. Un privilège que d'assister à cette histoire que l'on sent chevillée au corps de sa créatrice. Il y est question de femmes artistes. Question également des femmes non artistes. Question de la liberté que les femmes ont peu à peu conquis depuis bientôt un siècle. Arrachant bribe après bribe le droit d'agir, de s'exprimer, le droit sur leur corps, leur sexualité, leurs choix. Et trouver enfin la puissance pour se détacher du diktat masculin si bien bétonné.

© Jean-Louis Fernandez.
L'histoire des "femmes de la maison" commence dans les années cinquante et se termine de nos jours. Elle va mettre en jeu une dizaine de personnages féminins sur trois périodes symboliques : les années cinquante, les années soixante-dix et 2022. Pour cela, Pauline Sales invente une maison qui sera le moyen de traverser le temps et l'espace. Cette maison est celle de Joris, un amoureux, par ailleurs cinéaste militant contre les méfaits des guerres. Il achète cette maison par amour pour une photographe, l'amour s'en va, il ne sait qu'en faire, alors il la prête à des artistes. Le hasard veut au départ que ce ne soit que des femmes - peintres, poètes, sculptrices… et cela se transforme en règle : seules des femmes artistes pourront venir un temps pour créer ici.

Première période, maison fermée entourée de bois. C'est l'après-guerre et l'artiste que Joris installe dans la maison dessine. Dessine en mode combat contre elle-même. Contre la pensée que chez elle, son mari, sa fille sont là comme une destinée de femme au foyer qu'elle refuse. Combat contre le mal que cela peut faire.

Bruno Fougniès
25/08/2021
Spectacle à la Une

•Off 2021• Sales Gosses Une approche vertigineuse et bouleversante de la maltraitance à l'école

Harcèlement, maltraitance ponctuelle ou récurrente… à l'école, à la maison, au travail, comment le traiter sur scène, comment prendre ou pas position ? Ici d'ailleurs, pas de prise de position, mais une exposition des faits, du déroulé des événements, en une manière de monologue où la comédienne Claire Cahen habite tous les personnages principaux, offrant l'accès au public à différentes appréciations du drame - victime, tyran, prof, mère - menant à une mise en perspective vertigineuse !

© Théâtre du Centaure.
Pour l'écriture de "Sales gosses", Mihaela Michailov s’est inspirée de faits réels. Une enseignante ligota une élève dans sa salle de classe, les mains derrière le dos, suite à son manque d'attention pour la leçon sur la démocratie qu'elle était en train de donner. Elle exposera ainsi l'enfant saucissonnée en exemple. Les "camarades" de cette petite-fille de onze ans, pendant la récréation, la torturons à leur tour. Elle sera retrouvée sauvagement mutilée… attachée dans les toilettes…

Dans une mise en scène que l'on perçoit nerveuse et précise, millimétrée, visant à l'efficacité, les choix de Fábio Godinho font être immédiatement lisible, mettant en quasi-training sportif la comédienne Claire Cahen et son partenaire musicien chanteur Jorge De Moura qui assure avec énergie (et talent) les multiples interventions instrumentales et/ou vocales. Metteur en scène, mais également performeur, Fábio Godinho joue clairement la carte de l'école "théâtre de la violence", de l'arène/stade où la victime est huée, vilipendée par la foule, cherchant à exprimer la performance telle que demandée sur un ring de boxe. Claire Cahen et Jorge De Moura sont à la hauteur jouant en contre ou en soutien avec le troisième acteur qu'est le décor !

Gil Chauveau
19/07/2021
Spectacle à la Une

•Off 2021• L'Aérien Le fabuleux défi de l'insoupçonnable légèreté de l'être…

Solliciter ressources du corps et de l'esprit unis dans la même entité afin d'affranchir l'humaine condition aux semelles de plomb de la pesanteur la clouant au sol, c'est le prodige réalisé par Mélissa Von Vépy "à l'apogée" de son art. À partir d'une vraie-fausse conférence sur les rapports entre l'Homme et les airs depuis que la Terre est Terre - écrite avec légèreté par Pascale Henry, complice inspirée -, la circassienne rivalise de grâces ascensionnelles. De quoi damer le pion, du haut de son Olympe, à Hermès au casque et chaussures ailées…

© Christophe Raynaud de Lage.
La conférencière au look décontracté étudié, chaussée de lunettes à monture d'écailles et d'escarpins mettant en valeur ses longues jambes, mallette à la main renfermant les planches évocatrices des tentatives humaines pour vaincre la résistance des airs (l'utilisation d'un Powerpoint n'aurait pas été assez daté…), s'emploie avec naturel et humour à survoler cette histoire à tire-d'aile… S'arrêtant cependant sur une reproduction d'Icare, celui par qui la faute advint. Pour avoir voulu voler toujours plus haut, l'intrépide, aux plumes assemblées de cire, s'est brûlé les ailes… et depuis, cette question récurrente : voler est-ce humain ?

Joignant gestes et paroles, elle ôte son blouson libérant des plumes virevoltantes autour d'elle et s'adonne à quelques envolées autour de sa chaise devenant vite le second personnage en scène. D'ailleurs, lorsque, dans le déroulé de sa conférence, elle évoquera les fabuleuses machines volantes nées de l'imaginaire de Léonard de Vinci, on se dit que cette prouesse d'horlogerie fine - que l'on doit à Neil Price - permettant de projeter en douceur ladite chaise jusque dans les cintres, mériterait de les rejoindre au panthéon des créations volantes…

Yves Kafka
26/07/2021