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Danse

Solstice… Quand l'art se met au service de la Nature

"Solstice", Théâtre national de Chaillot, Paris puis tournée

La chorégraphe, Blanca Li, dans son combat depuis plusieurs années pour promouvoir le respect de l'environnement, présente une trame éco-artistique où la danse devient gardienne, jalouse et respectueuse, de la Nature.



© Nico Bustos.
© Nico Bustos.
Une lumière noire suivie d'un long voile blanc en forme de vague à mi-hauteur se lève sur quatre bocaux rectangulaires. Deux visages ondulent à l'intérieur comme des flammes où deux corps sinusoïdaux se dessinent dans des draps plissés. Ces corps-éléments pressent l'urgence à poser le monde et l'homme en face de ses responsabilités climatiques.

"Solstice" en porte la trace, l'essence, sans faire de jeu de mots. Feu, air, eau et terre par ordre d'apparition investissent le plateau avec comme chef d'orchestre Bachir Sanogo au chant, en Bambara et Moré, accompagné du Kamalé N'goni, l'instrument traditionnel des chasseurs mandingues. L'artiste apporte une sérénité avec sa voix chaude et enveloppante. Il joue aussi de l'eau en tapant dans ses mains dans un bocal pour faire entendre les bruits aquatiques de déplacements humains. Trouver le contact avec ces éléments, les intégrer, faire d'eux un milieu dans lequel chacun donne sa partition. C'est sur ce mariage entre l'homme et la Nature que Blanca Li porte ses efforts.

© Nico Bustos.
© Nico Bustos.
À la première scène, trois femmes, debout, sont face à un vent de flammes. Un drap recouvre le grondement d'un magma volcanique. Les gestes sont amples. Elles semblent lutter contre le feu tout en étant en communion avec lui. Puis, recouvert de leur drap, ce sont de forts vents qui portent et poussent les artistes. Sans jamais être bousculés, toujours dans une grâce où les mouvements dessinent les aspérités d'un milieu mouvant, les danseurs, dans chacune des chorégraphies, le mettent en lumière avec une gestuelle aérienne pleine de poésie. Paroles et instruments viennent à l'unisson pour y apporter une harmonie artistique.

La terre même charrie de la musique. Les danseurs tapent sur le sol, tout en effectuant assis des mouvements symétriques, avec leurs mains ou à l'aide d'un grand plat circulaire en bois.

Les chorégraphies respirent l'allant, l'élan, cette volonté, ce désir d'aller de l'avant, de tout étreindre. C'est une harmonie entre interprètes qui deviennent, chacun, soit soliste, soit partie d'un tout.

Une très belle scène laisse voir les artistes tapant leurs mains contre leurs torses et leurs jambes dont les mouvements, toujours dans une gestuelle élancée, font résonner une musique corporelle. Puis les interprètes dansent à ras du sol sur du sable noir. À l'arrière-scène, en hauteur, un interprète laisse glisser ce même sable qui dessine une chaîne de montagnes. C'est l'homme qui reconnaît dans son environnement une beauté à protéger.

Avec grâce et art, Blanca Li repense le monde et fait œuvre de politique au sens noble du terme.

"Solstice"

© Nico Bustos.
© Nico Bustos.
Chorégraphie, direction artistique : Blanca Li.
Assistantes à la chorégraphie : Glyslein Lefever et Déborah Torres.
Scénographie, dramaturgie : Pierre Attrait.
Assistante à la scénographie : Delphine Sainte-Marie.
Avec : Yacnoy Abreu Alfonso, Peter Agardi, Rémi Bénard, Jonathan Ber, Julien Gaillac, Joseph Gebrael (en remplacement d'Iris Florentiny), Yann Hervé, Aurore Indaburu, Alexandra Jézouin, Pauline Journé, Margalida Riera Roig, Gaël Rougegrez, Yui Sugano, Victor Virnot (danseurs), Léa Solomon (stagiaire) et Bachir Sanogo (musicien).
Images : Charles Carcopino, assisté de Simon Frezel.
Musique : Tao Gutierrez.
Lumières : Caty Olive, assistée de Gilles Durand.
Costumes : Laurent Mercier.
Construction décors : Atelier de l'Opéra de Rouen Normandie.
Infographie : Sylvain Decay, Thomas Lanza et Benjamin Le Talour.
Coiffures : John Nollet avec l'équipe de Chaillot.
Durée : 1 h 40.

© Nico Bustos.
© Nico Bustos.
Du 21 septembre au 13 octobre 2017.
Mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20 h 30, jeudi à 19 h 30, dimanche à 15 h 30.
Théâtre national de Chaillot, salle Jean Vilar, Paris 16e, 01 53 65 30 00.
>> theatre-chaillot.fr

Tournée
21 octobre 2017 : Les Gémeaux, Sceaux (92).
14 novembre 2017 : Théâtre Alexandre Dumas, Saint Germain en Laye (78).
16 novembre 2017 : Le Volcan, Le Havre (76).
23 novembre 2017 : Odyssud, Blagnac (31).
6 décembre 2017 : Théâtre des Sablons, Neuilly sur Seine (92).
11 janvier 2018 : L'Olympia, Arcachon (33).
16 janvier 2018 : Zinga Zanga, Béziers (34).
19 janvier 2018 : Le Corum / Montpellier (34).
27 janvier 2018 : Palais des Festivals, Cannes (06).
30 janvier 2018 : Théâtre des Salins, Martigues (13).

© Nico Bustos.
© Nico Bustos.
2 et 3 février 2018 : Grand Théâtre, Aix en Provence(13).
22 et 23 février 2018 : Théâtre des Art, Rouen (76).
13 mars 2018 : Espace Jean Legendre, Compiègne (60).
20 mars 2018 : Maison de la Culture, Amiens (80).
5 juin 2018 : Grand Théâtre, Luxembourg.

Safidin Alouache
Mardi 3 Octobre 2017

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À Découvrir

Maria Casarès et Albert Camus se retrouvent pour une heure dans un nouveau théâtre de Poitiers

Ouverte en septembre 2023, cette nouvelle salle finit sa saison en rendant hommage à celle qui lui a donné son nom : Maria Casarès. Une salle citadine née de la volonté des deux codirecteurs de la Maison Maria Casarès, Matthieu Roy et Johanna Silberstein. C'est dans les anciennes écuries de la caserne de Poitiers que deux grandes salles voûtées abritent maintenant ce nouveau lieu destiné à présenter au public tourangeau une programmation hivernale (et donc plus confortable) qui vient en complément des activités de la maison mère d'Alloue.

© Solotiana.
Cette dernière fut la demeure que Maria Casarès acheta après la mort de Camus. Une grande propriété du nom de Domaine de Lavergne, léguée par sa propriétaire à la petite commune d'Alloue, qui abrite depuis quelques années un lieu de résidence pour les compagnies de théâtre de la région et d'ailleurs. Un festival estival est également proposé dans ses immenses jardins, au mois d'août. Cette année, le Festival d'Été aura lieu du 22 juillet au 16 août.

En 2017, les éditions Gallimard, avec l'accord de la fille d'Albert Camus, publiaient la Correspondance entre ces deux artistes. Une correspondance amoureuse de plus de 800 lettres, écrites du début de leur relation (la première est datée du 6 juin 1944) jusqu'au 30 décembre 1959. Cinq jours plus tard, Camus décédait dans un accident de voiture. Ces lettres, Catherine Camus les avait collationnées des années auparavant, ayant racheté celles que possédait Maria Casarès. Cette dernière les lui avait cédées par besoin d'argent, pour réparer le toit de sa maison d'Alloue…

Bruno Fougniès
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© Ève Pinel.
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Safidin Alouache
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