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Théâtre

"Pièce en plastique" Un jeu de dépassement perpétuel de la provocation et de l'outrage

Dans "Pièce en plastique" de Marius von Mayenburg, mise en scène par Adrien Popineau, il y a côte à côte le père, la mère, le fils et l'ami de la famille. Ainsi que l'employée de service. Chargée de combler les vides et l'aigreur de vivre de ce quarteron. La pièce est hautement comique ou pathétique ou tragique : c'est selon. Tant le traitement effectué par l'auteur dépasse en fait la satire pour atteindre un vertigineux portrait du réel.



© Auguste Yvon.
© Auguste Yvon.
De prime abord, le spectateur est confronté à des types humains bouffis de confort et de conformismes confortés dans leurs préjugés par la peur du monde extérieur. L'adolescent est obèse et suicidaire, le médecin est débordé par ses tâches, son épouse collabore avec l'artiste contemporain, l'artiste contemporain est auto-"suffisant". La femme de service observe dans le dévouement.

Le spectateur est d'abord submergé devant ce catalogue d'idées reçues déprimantes. Mais la mise en scène sait s'appuyer sur les accessoires de l'air du temps, appuyant les poncifs tout en #. Le jeu ne recule pas devant la caricature et est mené avec vivacité "à la farce". Il fait confiance au développement du texte et l'accompagne dans sa progression, en souligne la virtuosité. À cet égard, la représentation de "Marie-Madeleine et le Christ" est de très belle facture kitsch néosulpicienne.

L'auteur, dans sa malignité, reprend pour ses personnages les ancestraux schémas ancillaires du théâtre de boulevard. Et c'est avec un grand intérêt et, peut-être, une joie cachée que le spectateur assiste à un jeu de la vérité dévastateur pour ces petits bourgeois qui rêvent la bohème. Ces "young urban persons" frénétiques dans leurs activités respectives, affreusement égoïstes et narcissiques, inaptes aux relations sociales amicales ou de travail, si maladroits dans l'exercice de l'autorité et de la confiance.

© Auguste Yvon.
© Auguste Yvon.
Dans une belle tradition de la farce, les situations sont inversées comme crêpes dans la cuisine. Les comédiens portent leurs personnages avec une joie et une énergie manifestes. Et c'est triomphante que la femme de ménage (Aïda Asgharzadeh) devient la muse, l'initiatrice, la confidente, la mère et des uns et des autres…

Quant à l'artiste contemporain (Charles Morillon), il connaît un traitement particulier et dans le texte et sur scène. Sa prestation, son œuvre, son ouvrage progressent dans la performance par autocélébration et provocation, et devient progressivement le personnage central.

Dans ce jeu de dépassement perpétuel de la provocation et de l'outrage, l'artiste trouve, au-delà de celui de l'histrion, le rôle de démiurge. Atteint de la folie suprême, le personnage abolit le quatrième mur, impose l'espace théâtral et, avec lui, le public, comme son œuvre ultime dans un effet… de théâtre garanti. Face au comédien qui joue le rôle en jubilant, le public saisi applaudit avec force devant les miroirs qui lui ont été tendus.

Assurément les grands ancêtres que sont Andy Warhol et sa minute de célébrité, Sophie Calle et ses auto-chromos, Maurizio Cattelan et sa banane scotchée ont été bien compris.

Et pour ce qui est de la suprématie de l'acte théâtral… Thomas Bernhard.

"Pièce en plastique"

© Auguste Yvon.
© Auguste Yvon.
Texte : Marius Von Mayenburg, édité chez L'Arche.
Traduction : Mathilde Sobottke.
Mise en scène : Adrien Popineau.
Avec : Aïda Asgharzadeh, Charles Morillon, Julien Muller, Cassandre Vittu de Kerraoul et Auguste Yvon.
Scénographie : Fanny Laplane.
Lumière : Francois Leneveu.
Création sonore : James Champel.
Vidéo : Colin Bernard.
Coproduction La maison Maria Casares et le Théâtre de l'Étincelle.
Durée : 1 h 40.

Du 5 au 28 janvier 2020.
Lundi et mardi à 21 h 15, dimanche à 15 h 30.
Théâtre de Belleville, Paris 11e, 01 48 06 72 34.
>> theatredebelleville.com

Tournée

© Auguste Yvon.
© Auguste Yvon.
17 mars 2020 : La Scène Nationale, Dieppe (76).
20 mars 2020 : Théâtre de la Ville de Bernay (27).
26 et 27 mai 2020 : Théâtre de l’Étincelle, Rouen (76).

Jean Grapin
Samedi 18 Janvier 2020

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"Rabudôru, poupée d'amour" Une expérience intime de théâtre filmé, diffusée en direct via le web

L'incidence de la mise en sommeil de tous les spectacles, en ce mol novembre 2020, n'est pas la seule raison de cette représentation destinée aux internautes à laquelle nous à conviée la Compagnie La Cité Théâtre. Dès la conception du spectacle, Olivier Lopez, auteur et metteur, envisageait une double vision du spectacle : une en contact direct avec le public de la salle, l'autre en streaming par captation en temps réel.

© Julien Hélie.
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Le filmage en direct apporte, dans certaines scènes, une proximité, une intimité avec les personnages sans le filtre de la déclamation théâtrale. Les expressions en plans rapprochés semblent plus fortes. Les cadrages permettent d'oublier un temps le reste du décor plateau et s'immerger plus profondément dans la scène, passer d'un lieu à un autre avec souplesse et précision.

Bruno Fougniès
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"Zaï Zaï Zaï Zaï" Road movie déjanté… Tout ça pour un poireau !

Ne devoir son salut qu'à un légume à bulbe blanc et à longues feuilles vertes, brandi sous le nez d'un vigile expert en roulade arrière dissuasive, marque le point de bascule de ce jeune homme - peu recommandable, il est auteur de BD - venant de commettre l'impensable : ne pas avoir été en mesure de présenter sa carte de fidélité à la caissière ! Telle est l'origine de la folle cavale du "héros" échappé de l'album éponyme de Fabcaro pour être porté sur la scène par Angélique Orvain, réalisant là une prouesse propre à rendre lumineuse toute grisaille.

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Dans un dispositif immergeant le spectateur au cœur de l'action effrénée - pas moins de quatre podiums disposés en cercle, éclairés tour à tour, incluent le public dans des tableaux vivants -, l'épopée du fuyard décrété ennemi numéro 1 par la vox populi reprenant en chœur les voix des médias et des représentants de l'ordre va être vécue de manière haletante. L'occasion pour l'auteur et la metteure en scène, fins observateurs des travers contemporains, de croquer à pleines dents les errements hilarants des conduites dites "ordinaires".

En effet ces "arrêts sur images", joués superbement par huit acteurs tirant parti avec intelligence des ressorts du théâtre de tréteaux et des ralentis cinématographiques, passent au scanner les dérives de la pensée commune érigée en système de pensée. Aucun milieu n'y échappe. Pas moins les complotistes avachis devant leur téloche, les bobos contents d'eux-mêmes lisant Les Inrocks ou Le Monde Diplomatique, les artistes charitables réalisant un album de soutien à l'auteur de BD à la dérive, les forces de l'ordre au képi bas, et encore moins les journalistes des chaînes d'infos en continu commentant en boucle l'absence d'infos.

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29/10/2020