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Avignon 2019

•Off 2019• Qui va garder les enfants ? La parité, en politique comme ailleurs… ce n'est pas gagné !

11 • Gilgamesh Belleville, Salle 3, 11, boulevard Raspail

Découvert avec "Sortie d'usine", un récit immersif sur le monde ouvrier, Nicolas Bonneau poursuit son travail de collectage, enquêteur patient et curieux, pour découvrir le quotidien et les problématiques des femmes politiques, de gauche comme de droite, et, par effet de ricoché, met en évidence la disparité non résolue dans les cercles du pouvoir (mais pas que !) où règne encore et toujours la suprématie du mâle… Tout en, avec honnêteté et franchise, interrogeant sa propre domination masculine.



© Pauline Le Goff.
© Pauline Le Goff.
Seulement une vingtaine de femmes sont à la tête d'un gouvernement ou d'un état aujourd'hui dans le monde ; notre assemblée nationale est composée de 224 députées avec un "e" contre 353 sans ; en France, une réalisatrice touche un salaire de 42 % inférieur à celui de son homologue masculin ; depuis 2010, seuls quatre films réalisés par des femmes ont été nominés aux Césars et aucun n’a été primé ; 12 % de femmes sont à la tête des 100 plus grandes entreprises culturelles et 30 % d’entre elles occupent des postes de direction dans les établissements publics culturels…

Pendant cette enquête qui a duré plus de deux ans, Nicolas a suivi ou interviewé des femmes politiques au jour le jour, de tous bords politiques, élues locales et/ou nationales, maires, députées, anciennes ministres, universitaires, etc. De ces entretiens, de ces reportages, il en extrait des histoires émouvantes, vivantes, mais aussi humoristiques, voire piquantes, où vie personnelle, privée et carrière professionnelle reste associée, celles-ci ne voulant sacrifier ni l'une, ni l'autre, à l'inverse de la pratique habituelle des hommes.

© Pauline Le Goff.
© Pauline Le Goff.
La construction du spectacle de Nicolas Bonneau, basé sur sa posture de conteur, présente une architecture astucieuse où se trouvent enchevêtrés différents éléments burlesques ou dramatiques, l'un scindé en un récit de trois-quatre épisodes, d'autres sous forme d'interview où il joue l'interviewer et l'interviewée - n'hésitant pas à chausser les escarpins à talons du personnage convoqué - ou, dans un profil plein d'une sincérité troublante, ses propres histoires en forme d'autocritique, mea-culpa touchant, déclarées fondatrices de l'idée originelle de la création.

Maintenant la controverse, il nous narre tant l'anecdote de celle qui, engagée politiquement dès l'âge de 17 ans, déclare qu'elle laissera la place à son mari lorsqu'elle aura un enfant, que l'aventure militante (originellement indépendantiste guyanaise) de Christiane Taubira ; tant la dureté mais lucidité d'une Yvette Roudy (créatrice de la journée des droits de la femme) que la détermination d'une Ségolène Royal (à qui Michel Rocard demandera de se "retirer" !).

Que ce soit dans la rencontre un brin caricaturée des deux sus-cités - à la veille du dépôt de candidature à la présidentielle 2007 -, à la limite de l'hilarité, ou dans son interprétation en habit d'autodérision de ses actes regrettés de macho repenti, ou encore en Simone Veil - avec voix off -, seulement assis de profil sur une chaise, silhouette avec perruque et le tailleur vert verre d'eau, Nicolas Bonneau est expressif, hâbleur généreux et fantaisiste, doué d'une adresse facile, naturelle au public, et doté d'un jeu fluide, plein de fraîcheur et de vivacité, sans effets inutiles.

Dans cette narration conjuguée au féminin, et à la syntaxe féministe, apparaissent, au fil des propos retranscrits, les questions encore essentielles et obligatoires auxquelles nous ne voulons, ne souhaitons, ne pouvons pas répondre… "Pourquoi les femmes veulent-elles le pouvoir ? Surtout, pourquoi le veulent-elles si peu ?" ; "Un monde gouverné par plus de femmes serait-il différent, voire meilleur ?" ; "Les hommes sont-ils des femmes comme les autres ?" ; "Comment font-elles pour s'en sortir entre la gestion du foyer, le rôle de mère, la place que leur assigne la société auprès de leur conjoint - ou ointe - et une carrière politique ?"… Er surtout… Qui va garder les enfants ?

"Qui va garder les enfants ?"

© Pauline Le Goff.
© Pauline Le Goff.
Création de Nicolas Bonneau.
Conception et écriture : Nicolas Bonneau et Fanny Chériaux.
Co-mise en scène : Gaëlle Héraut.
Avec : Nicolas Bonneau.
Création musicale : Fannytastic.
Scénographie : Gaëlle Bouilly, assistée de Cellule B.
Costumes : Cécile Pelletier.
Création lumière : Rodrigue Bernard.
Création son : Gildas Gaboriau.
Régie : Cynthia Lhopitallier, Xavier Jeannot.
Stagiaire à la mise en scène : Chloé Jauset.
Production La Volige, Cie Nicolas Bonneau.
Durée : 1 h 15.

© Pauline Le Goff.
© Pauline Le Goff.
•Avignon Off 2019•
Du 5 au 26 juillet 2019.
Tous les jours à 17 h 05, relâche les mercredis 10 et 17.
11 • Gilgamesh Belleville, Salle 3
11, boulevard Raspail.
Réservations : 04 90 89 82 63.
>> 11avignon.com

© Pauline Le Goff.
© Pauline Le Goff.

Gil Chauveau
Mardi 25 Juin 2019

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À Découvrir

•Off 2024• "Momentos" Créativité à l'honneur avec des chorégraphies où s'exprime parfois une poésie intime et universelle

Le Flamenco est une force brute et pure qui nous touche en plein cœur, car il est l'art dans lequel le chant, la musique et la danse se questionnent, se répondent et se mêlent dans une totale intimité. Pour l'essentiel, le répertoire du flamenco a été codifié au cours du dernier tiers du XIXe siècle et du premier tiers du XXe. De cette époque, la guitare est son instrument emblématique, à la fois pour l'accompagnement du chant, de la danse et pour le concert soliste. Depuis, son évolution a été marquée par quelques grandes tendances esthétiques.

© Sandrine Cellard.
La musique et la danse flamencas sont basées sur des "palos" (formes) prescrivant pour chacune un mode et un cycle métrique avec accents ou "compas" (accents obligés) spécifiques. Une mécanique de précision qui convoque malgré tout une dimension artistique forte et étourdissante.

Sur scène, une danseuse, deux danseurs, trois musiciens et un chanteur-musicien envoûtant le public dès les premiers instants du spectacle. Que vous soyez novice ou aficionado du flamenco, vous vous laisserez embarquer dès les premiers instants du spectacle et impossible de ressortir déçu de cette éblouissante prestation flamenca de Valérie Ortiz.

Certes, le flamenco est sensiblement ancré dans la culture espagnole et d'aucuns diront que ce dernier ne les interpelle pas, qu'ils n'en perçoivent pas les codes, n'en mesurent aucunement les mouvements dansés à leur juste valeur. Ça peut être exigeant, en effet, de suivre "à la lettre" une prestation flamenca, comme le jazz aussi, par exemple, et ça demande une certaine phase d'initiation. Ceci n'est pas faux. Difficile d'entendre cette possible réticence, néanmoins… le flamenco revêt une portée universelle réunissant à lui seul un large éventail de situations allant de la tristesse à la joie, en passant par l'amour ou la souffrance. Alors, comment y rester indifférent ?

Brigitte Corrigou
27/05/2024
Spectacle à la Une

•Off 2024• Lou Casa "Barbara & Brel" À nouveau un souffle singulier et virtuose passe sur l'œuvre de Barbara et de Brel

Ils sont peu nombreux ceux qui ont une réelle vision d'interprétation d'œuvres d'artistes "monuments" tels Brel, Barbara, Brassens, Piaf et bien d'autres. Lou Casa fait partie de ces rares virtuoses qui arrivent à imprimer leur signature sans effacer le filigrane du monstre sacré interprété. Après une relecture lumineuse en 2016 de quelques chansons de Barbara, voici le profond et solaire "Barbara & Brel".

© Betül Balkan.
Comme dans son précédent opus "À ce jour" (consacré à Barbara), Marc Casa est habité par ses choix, donnant un souffle original et unique à chaque titre choisi. Évitant musicalement l'écueil des orchestrations "datées" en optant systématiquement pour des sonorités contemporaines, chaque chanson est synonyme d'une grande richesse et variété instrumentales. Le timbre de la voix est prenant et fait montre à chaque fois d'une émouvante et artistique sincérité.

On retrouve dans cet album une réelle intensité pour chaque interprétation, une profondeur dans la tessiture, dans les tonalités exprimées dont on sent qu'elles puisent tant dans l'âme créatrice des illustres auteurs que dans les recoins intimes, les chemins de vie personnelle de Marc Casa, pour y mettre, dans une manière discrète et maîtrisée, emplie de sincérité, un peu de sa propre histoire.

"Nous mettons en écho des chansons de Barbara et Brel qui ont abordé les mêmes thèmes mais de manières différentes. L'idée est juste d'utiliser leur matière, leur art, tout en gardant une distance, en s'affranchissant de ce qu'ils sont, de ce qu'ils représentent aujourd'hui dans la culture populaire, dans la culture en général… qui est énorme !"

Gil Chauveau
19/06/2024
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•Off 2024• "Un Chapeau de paille d'Italie" Une version singulière et explosive interrogeant nos libertés individuelles…

… face aux normalisations sociétales et idéologiques

Si l'art de générer des productions enthousiastes et inventives est incontestablement dans l'ADN de la compagnie L'Éternel Été, l'engagement citoyen fait aussi partie de la démarche créative de ses membres. La présente proposition ne déroge pas à la règle. Ainsi, Emmanuel Besnault et Benoît Gruel nous offrent une version décoiffante, vive, presque juvénile, mais diablement ancrée dans les problématiques actuelles, du "Chapeau de paille d'Italie"… pièce d'Eugène Labiche, véritable référence du vaudeville.

© Philippe Hanula.
L'argument, simple, n'en reste pas moins source de quiproquos, de riantes ficelles propres à la comédie et d'une bonne dose de situations grotesques, burlesques, voire absurdes. À l'aube d'un mariage des plus prometteurs avec la très florale Hélène – née sans doute dans les roses… ornant les pépinières parentales –, le fringant Fadinard se lance dans une quête effrénée pour récupérer un chapeau de paille d'Italie… Pour remplacer celui croqué – en guise de petit-déj ! – par un membre de la gent équestre, moteur exclusif de son hippomobile, ci-devant fiacre. À noter que le chapeau alimentaire appartenait à une belle – porteuse d'une alliance – en rendez-vous coupable avec un soldat, sans doute Apollon à ses heures perdues.

N'ayant pas vocation à pérenniser toute forme d'adaptation académique, nos deux metteurs en scène vont imaginer que cette histoire absurde est un songe, le songe d'une nuit… niché au creux du voyage ensommeillé de l'aimable Fadinard. Accrochez-vous à votre oreiller ! La pièce la plus célèbre de Labiche se transforme en une nouvelle comédie explosive, électro-onirique ! Comme un rêve habité de nounours dans un sommeil moelleux peuplé d'êtres extravagants en doudounes orange.

Gil Chauveau
26/03/2024