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Théâtre

"Monte-Cristo" Grande Épopée pour une grande narration : Monte-Cristo en lumière

Au Quai des Rêves, la bien nommée salle de spectacle de Lamballe, la Compagnie La Volige a présenté l'histoire merveilleuse, palpitante et instructive du Comte de Monte-Cristo. Il s'agit d'un exploit que de restituer sur scène en une heure trente les trois tomes du roman d'Alexandre Dumas. Non seulement par l'étendue du texte, mais également par la multiplicité des lieux où se déroule l'action et par le nombre des personnages impliqués dans cette saga qui se déroule sur plus d'un quart de siècle. Un exploit qui sera cet été au festival d'Avignon Off.



© Frédéric Ferranti.
© Frédéric Ferranti.
C'est là qu'entre en jeu la spécificité de la compagnie La Voltige et plus particulièrement celle de l'un de ses créateurs, Nicolas Bonneau. C'est un conteur, original moderne, dont les spectacles s'inscrivent en général dans notre époque, se sourçant au terroir ou à sa propre histoire (citons "Sortie d'usine", "Le combat du siècle", "Qui va garder les enfants ?" ou encore "Mes ancêtres les Gaulois" : tous extraits de notre époque, de notre réalité). "Monte-Cristo" dévie en apparence de ces inspirations. En apparence, car les thèmes qu'il développe et le monde dont il parle ne sont pas si éloignés des nôtres. En cette période trouble du début du XIXe siècle naissait le capitalisme qui nous berce toujours de ses rêves et de ses dévastations. "Il y a dans Le Comte de Monte-Cristo une pertinence philosophique et un esprit de revanche sur la naissance du capitalisme qui résonne avec notre monde actuel", dixit Nicolas Bonneau.

Voici pour le fond de l'histoire. Mais quand il s'agit de raconter cette épopée dantesque (oui, le héros s'appelle Edmond Dantès… mais rien à voir ?), qui mieux qu'un habile conteur comme Nicolas Bonneau pour prendre Edmond et la verve furieuse de Dumas à bras le corps et nous la faire vivre ? Toujours avec douceur, précautions, fluidité et surtout art du langage, c'est ainsi que procède ce conteur moderne, jamais dans l'intention d'imposer sa vision, mais toujours sur une intensité qui fait jaillir de ses mots les images. Ce qui ne l'empêche pas de jeter son habit de conteur dans l'ombre pour se glisser dans la peau de certains personnages, donnant la vie à certaines scènes.

© Frédéric Ferranti.
© Frédéric Ferranti.
Une autre particularité de la compagnie a joué un rôle principal pour ce spectacle : la musique et le chant qui sont les arts portés par Fanny Chériaux, la deuxième tête de ce projet et de la compagnie. Comédienne, musicienne et chanteuse, Fanny enrichit et envoie le spectacle dans les mondes du sensible, du subconscient et de l'intime. Elle nous fait pénétrer de sa voix extraordinairement profonde le cœur de certains personnages qu'elle incarne. Elle est surtout les envolés d'émotions chantées qu'elle interprète accompagnée par Mathias Castagné.

Guitariste, Mathias Castagné est aussi compositeur des musiques du spectacle avec Fanny. Il est le troisième interprète de la pièce jouant des doigts ou de l'archet sur sa guitare électrique, il orchestre les éléments sonores qui nous emportent du château d'If ou en noyade sous les flots méditerranéens, ou en Sardaigne, en Italie, sur l'Île de Monte-Cristo, dans les salons, les banques et les hôtels particuliers de Paris, et donne le ton et renforce l'univers fort éclairé par les très délicates lumières de Stéphanie Petton.

© Frédéric Ferranti.
© Frédéric Ferranti.
Un autre élément fort et pertinent est né de l'imagination de Gaëlle Bouilly, scénographe, qui a réussi à éviter tout réalisme pour rendre perceptibles les différents lieux où se déroule l'histoire. Son installation faite essentiellement de cordes (ne dites jamais ce mot sur scène, dites câble, fil, élingue, bout…), des dizaines cordes en courbe sur trois niveaux qui montent et descendent pour ouvrir ou refermer l'espace sont à la fois comme des écrans mouvants sur lesquels projeter nos visions ou comme un poids gluant qui enferme, étouffe et noie, ou pousse à la révolte. Celle d'Edmond Dantès pour l'injustice qu'il affronte.

C'est ainsi que l'on sort de ce spectacle, touchés par le sombre destin du héros à la jeunesse rendue amère par la traîtrise et l'avidité des autres, éclairés par sa volonté de justice, émus par la vanité de tous ces déchirements.

Vu fin avril au Quai des Rêves à Lamballe (22).

"Monte-Cristo"

© Frédéric Ferranti.
© Frédéric Ferranti.
D'après "Le Comte de Monte-Cristo" d'Alexandre Dumas
Mise en scène : Nicolas Bonneau et Fanny Chériaux.
Assistante à la mise en scène : Héloïse Desrivières.
Avec : Nicolas Bonneau, Fanny Chériaux et Mathias Castagné.
Collaboration artistique : Eliakim Senegas-Lajus (Le Théâtre au Corps).
Composition musicale : Fanny Chériaux et Mathias Castagné.
Scénographie : Gaëlle Bouilly.
Lumières : Stéphanie Petton.
Son : Gildas Gaboriau.
Costumes : Cécile Pelletier.
Film d'animation : Antoine Presles.
À partir de 12 ans.
Durée : 1 h 30.
Par la Compagnie La Volige.
>> lavolige.fr

6 mai 2022 : Théâtre de Fontblanche, Vitrolles (13).

© Frédéric Ferranti.
© Frédéric Ferranti.
•Avignon Off 2022•
Du 7 au 30 juillet 2022.
À 10 h.
11 • Avignon, 11 boulevard Raspail (près du cloître St Louis), Avignon.
Tél. : 04 84 51 20 10.
>> 11avignon.com

Bruno Fougniès
Jeudi 5 Mai 2022

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© Jon. D Photographie.
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Isabelle Lauriou
06/05/2022
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© Frédéric Ferranti.
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Bruno Fougniès
05/05/2022
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