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Théâtre

"Mon Lou"… Quand Apollinaire écrivait pour l'éternité dans un monde sans lendemain

"Mon Lou", Le Lucernaire, Paris

Fin d'été. Louise de Coligny-Châtillon* apparaît dans la vie de Guillaume, Apollinaire de Kostrowitzky. Fantasque probablement, aventureuse sûrement, elle est une pionnière de l'aviation. Mais face aux déclarations enflammées que lui adresse le poète, elle se montre indifférente, amusée, étonnée, flattée, lassée. Telle est Louise.



© Isabelle Jobard.
© Isabelle Jobard.
L'aventure ne dura pas longtemps. Elle céda trois fois. Elle fut vite oubliée.
Cette aventure aurait pu être sans lendemain. La guerre de 1914 à laquelle Guillaume Apollinaire choisit d'appartenir, en imposant l'éloignement, l'absence, l'évidence du présent, impose une forme de retournement de la conscience, une perception suraigüe des sentiments.

Guillaume en poète apollinien écrit intensément, vertigineusement, et Louise sous sa plume dans la traversée des jours, dans la durée monotone et les hasards intenses d'une guerre, devient objet d'amour, objet de littérature, objet de rêve. De ces rêves essentiels qui sont raison de vivre, raison de survivre. La croisée du destin.

Louise sous sa plume devient plus qu'une muse, Louise devient une Figure qui mêle toutes les figures, et dans les lettres à Lou et les poèmes à Lou se mesure la Confiance tout d'abord puis la Conscience inquiète du Sacrifice.

Guillaume en écrivant à Lou écrivait pour l'éternité dans un monde sans lendemain. Nous faisons partie de cette éternité et de ce lendemain. C'est pourquoi les liens entre Guillaume et Lou sont tellement nécessaires.

Et Moana Ferré traverse le rôle en toute élégance, force, tact et sensibilité.

* De son vrai nom Geneviève Marguerite Marie-Louise de Pillot de Coligny.

"Mon Lou"

© Isabelle Jobard.
© Isabelle Jobard.
Texte : Guillaume Apollinaire.
Mise en scène : Christian Pageault.
Avec : Moana Ferré.
Composition musicale : Jean-Michel Trimaillle.
Scénographie : Isabelle Jobard.
Création lumières : Rodolphe Martin.
Costumes : Judith Cortial.
Assistance : Claire Ballot-Spinoza.
Compagnie Page 27 et Compagnie D'Être(s).
Durée : 1 h 10.

Du 18 avril au 23 juin 2018.
Du mardi au samedi à 19 h.
Rencontre avec l'équipe artistique le vendredi 1er juin à l'issue de la représentation.
Le Lucernaire, Paris 6e, 01 45 44 57 34.
>> lucernaire.fr

Jean Grapin
Lundi 30 Avril 2018

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Sur scène, c'est comme un trône. Un trône pitoyable. Fauteuil à l'ancienne. Pas vraiment voltaire. Pas vraiment club non plus. Plutôt crapaud. Juché sur un piédestal pas du tout en marbre. Ça ressemble plus à de la palette empilée. Peinte en noir. Et puis un abat-jour en vessie de mouton tendue. Beige très clair. Monté sur un pied trop haut. Et puis c'est tout. Un trône ordinaire. Un trône de maison de banlieue. Elle y est installée. Elle n'en bouge pas. Elle y règne sur son domaine. Son domaine.

Tout autour rien. Le vide obscur de l'irréalité, pourrait-on dire. Il n'y a qu'elle, juché sur son trône du quotidien, toute pâlotte dans cette nuit, qui brille. Qu'on voit. Et qui parle. Et qui trône sur son quotidien parce que c'est ça sa vie. La vie dont elle avait rêvé ou pas. La vie qu'on lui avait promise, c'est sûr. Et malgré les impondérables et le temps qui sabotent, elle la tenait sa vie, sa maison, son mari, ses enfants.

Qu'est-ce qu'elle dit ?... Elle s'explique, je crois. Elle parle à quelqu'un. À quelqu'un qui l'accuse, il faut croire. Quelqu'un qui l'accuse d'on ne sait pas quoi. On ne le saura qu'à la fin. Quand elle aura fini de parler. De s'expliquer. Enfin de raconter quoi, son domaine, son royaume, son empire, toutes ces années d'existence. Avec ses espoirs, très très humains. Très simples en fait. Et puis ses joies, ses plaisirs, ses émerveillements. Et puis ses déceptions bien sûr.

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