La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Danse

Memento Mori et Faun… L'au-delà du Classique

À la grande Halle de la Villette, Sidi Larbi Cherkaoui, accompagné du ballet royal de Flandre, a présenté deux de ses créations qui sont le prolongement l'une de l'autre dans une même thématique, celui du compagnonnage de la vie et de la mort.



"Memento Mori" © Alice Blangero.
"Memento Mori" © Alice Blangero.
C'est un diptyque, autour de deux créations de Sidi Larbi Cherkaoui avec "Memento Mori" (2017) et "Faun" (2009). Autant la première est enrobée de clair-obscur dans lequel l'obscurité a pris le gouvernail, autant pour la seconde, la lumière balaye les planches en reine. L'une est noire, l'autre blanche. Les deux spectacles sont antinomiques dans leur scénographie mais gardent un axe commun, celui de la vie incarnée dans un pas de deux autant artistique qu'amoureux, et ce durant les deux chorégraphies.

Dans "Memento Mori" (souviens-toi que tu vas mourir), expression latine séculaire, le couple est entouré d'interprètes qui passent de façon transversale le plateau avec énergie et en pas de deux, habillés de noir. Tout est mouvement, plus ou moins rapide, comme un flot avec une fixité au centre de la scène, celle de notre duo qui raconte une histoire d'amour, les gestes formant un récit.

"Memento Mori" © Alice Blangero.
"Memento Mori" © Alice Blangero.
Les amants apparaissent éclairés par une faible lumière qui prend petit à petit de l'intensité. Au-dessus d'eux, un ensemble de trois cercles lumineux de différentes tailles, entourés de matière, les plonge dans un halo protecteur. Les passages et danses de groupe symbolisent ceux des rives du Tartare. C'est une lutte, sans violence, entre Éros et Thanatos, comme si celui-ci pouvait embrasser son rival et l'étreindre.

Mais la vie reste stable, sûre d'elle, jamais inquiétée par ces déplacements, comme ceux de planètes autour d'une étoile. Elle est au milieu de ces corps portés, de ces pointes qui avancent en canon, de ces jambes qui se lèvent légèrement tendues où la danse classique, dans une tonalité sombre avec une musique un peu austère, presque de fiction, rejoint celle d'un temps futuriste.

"Memento Mori" © Alice Blangero.
"Memento Mori" © Alice Blangero.
Elle joue ses gammes avec sa gestuelle et donne aux visages de ces deux sœurs, pas aussi antagonistes qu'il y paraît, une gestique certaine nourrie de force… Car la mort fait partie de la vie. Pas de lutte, de combat entre elles dans la représentation. Elles ne se touchent pas, ne se voient pas, ne se calculent pas. Pour le pas de deux, ce sont des attitudes dansées dans lesquelles le corps reste souvent en équilibre.

Pour les déplacements scéniques, comme venus du royaume de Thanatos, des mouvements amples viennent presque réveiller cette noirceur quand le couple est dans des attitudes plus ramassées. C'est la légèreté habillée de sombre dans une scénographie un peu froide, à dessein, déchirée par un cri autour de virevoltes, comme un accent de danse latine.

"Faun" © Nicha Rodboon.
"Faun" © Nicha Rodboon.
"Faun" est librement inspiré de la pièce "Après-midi d'un faune" (1912) créé par Ninjinsky (1889-1950) sur une musique de Debussy (1862-1918). Un autre couple apparaît seul sur scène comme l'éclosion de deux graines, de deux êtres qui n'en font qu'un. L'un est avec l'autre, l'un est sur l'autre, l'un est à côté de l'autre. Presque repliés et légèrement allongés, ils sont au sol, troncs, pieds et jambes le caressant comme l'humus de leur rencontre. Le plateau est leur terre nourricière.

Leurs membres inférieurs prennent appui respectivement sur la plante des pieds de chacun d'eux. Les corps se touchent, les têtes se retrouvent au sol, les troncs côte à côte dans une chorégraphie où la danse classique perd quelque peu de sa hauteur pour faire de ce pas de deux un moment de fusion chaleureuse. Les danseurs sont liés l'un à l'autre aux membres supérieurs se tenant aux épaules pour tournoyer. Nous assistons presque à une naissance de deux êtres qui n'existent l'un que pour l'autre. L'un est le reflet de l'autre.

"Faun" © Filip Van Roe.
"Faun" © Filip Van Roe.
Ils prennent leur sève, leur force de cet appui au sol. Les corps, jambes appuyées sur les planches, reculent en tressaillant. La scène devient l'espace d'un instant une intimité, celui d'une naissance où ils se touchent pour ne jamais se séparer. Tout est douceur avec quelques vigueurs quand la taille est prise des deux mains pour qu'ils se retrouvent au même niveau. La luminosité baigne le plateau avec quelques arbres, une nature éparse dessinée en arrière-scène. Les interprètes se lient, se cherchent, peau contre peau, tronc contre tronc, comme pour s'apprivoiser.

"Memento Mori" est antinomique de "Faun", comme thèse et antithèse d'un même thème qui est celle de la vie et de la mort, comme compagnons de route.

"Memento Mori" et "Faun"

"Faun" © Filip Van Roe.
"Faun" © Filip Van Roe.
"Memento Mori"
Créé à Monaco le 19 juillet 2017.
Chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui.
Scénographie : Amine Amharech.
Costume : Jan-Jan Van Essche.
Création lumières : Fabiana Piccioli.
Musique : Woodkid.
Assistants lumières et scénographie : Sander Loonen.
Répétiteurs : Jason Kittelberger, Oscar Ramos.

"Faun"
Créé à Londres au Sadler's Wells le 13 octobre 2009.
Chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui.
Costumes : Hussein Chalayan.
Scénographie et lumières : Adam Carrée.
Musique : Nitin Sawhney, Claude Debussy (Prélude à l'après-midi d'un faune).
Répétiteurs : James O'Hara, Yevgeniy Kolesnyk, Virginia Hendricksen.

"Faun" © Filip Van Roe.
"Faun" © Filip Van Roe.
Maître de ballet : Gabor Kapin, Olivier Patey, Joëlle Auspert.
Danseurs : Nancy Osbaldeston, Juliet Burnett, Claudio Cangialosi, Matt Foley, Philippe Lens, Sébastien Tassin, Shelby Williams, Anastasia Paschali, Brent Daneels, Nini de Vet, James Waddell, Nicola Wills, Zoë Ashe-Browne, Viktor Banka, Morgana Cappellari, Anaïs De Caster, Daniel Domenech, Clàudia Gil Cabús, Mikio Kato, Arthur Louarti, Ruka Nakagawa, Nicha Rodboon, Aiko Tanaka, Lateef Williams, Robbie Moore, Joseph Kudra.

Directeur artistique : Sidi Larbi Cherkaoui.
Directeur de la compagnie : Kiki Vervloessem.

Tournée
Memento Mori
Du 19 au 21 septembre 2019 : Cirque Royal de Bruxelles (Belgique).

Faun
Du 19 au 21 septembre 2019 : Cirque Royal de Bruxelles (Belgique).
28 et 29 octobre 2019 : Théâtre Royal Norwich (UK).
1er et 2 novembre 2019 : Festival Theatre, Edinburgh (UK).
12et 13 novembre 2019 : Hippodrome, Birmingham (UK).
Du 18 au 23 novembre 2019 : Sadler's wells, Londres (UK).
13au 15 et 17 mars 2020 : Theater 'T Eilandje, Anvers (Belgique).

Safidin Alouache
Dimanche 7 Juillet 2019

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives








À découvrir

Le festival Nice Classic Live poursuit sa mue

Un nouveau festival à Nice ? Depuis 2018, le Nice Classic Live a repris l'héritage des Concerts du Cloître et le fait fructifier. Pour l'édition 2019, le festival s'étoffe en offrant une belle programmation estivale dans divers lieux patrimoniaux de la ville et en créant une Session d'Automne pour les cent ans des Studios de la Victorine.

Le festival Nice Classic Live poursuit sa mue
Depuis 1958, les Concerts du Cloître embellissaient les étés des adeptes de la perle de la Méditerranée (habitants et touristes). Désormais sous la direction artistique et la présidence de l'enfant du pays, la pianiste Marie-Josèphe Jude, le festival devient un rendez-vous classique majeur des Niçois et plus largement de la Région Provence-Côte d'Azur. Le festival investit ainsi de nouveaux lieux tels que le Musée Matisse ou le Palais Lascaris, un chef-d'œuvre baroque en plus du superbe Cloître du XVIe siècle - jouxtant avec son jardin et sa roseraie le Monastère de Cimiez fondé au IXe siècle par des Bénédictins.

Pour cette deuxième édition sous le nouvel intitulé de Nice Classic Live, Marie-Josèphe Jude a imaginé une programmation placée sous le signe de la filiation entre les compositeurs, les artistes invités (la crème des interprètes français) ; réunissant également une famille d'artistes dans le cadre de l'Académie internationale d'Été qui donne sa chance aux jeunes talents depuis soixante ans. Petite sélection des concerts à ne pas rater si vous avez la chance de passer quelques jours le long de la Baie des Anges.

Christine Ducq
28/06/2019
Spectacle à la Une

39e édition du Festival de la Vézère

Du 9 juillet au 22 août 2019, la 39e édition du Festival de la Vézère propose une vingtaine de concerts très variés et deux beaux opéras de chambre avec la compagnie Diva Opera dans quatorze lieux du riche patrimoine de Corrèze.

39e édition du Festival de la Vézère
Créé en 1981, le Festival de la Vézère a toujours eu à cœur de proposer une série de rendez-vous musicaux d'une très grande qualité en Corrèze. Deux orchestres, une compagnie d'opéra, des chanteurs et des instrumentistes d'envergure internationale mais aussi de jeunes talents (que le festival a toujours su repérer avant l'envol de leur carrière) se succèderont jusqu'à la fin de l‘été. À suivre, quelques rendez-vous choisis dans une programmation qui cultive l'éclectisme.

Des deux orchestres invités, l'Orchestre d'Auvergne toujours fidèle au festival vient d'obtenir le label "Orchestre national" cette année. Il sera dirigé par son chef depuis 2012, Roberto Forès Veses. Dans le Domaine de Sédières, on l'entendra dans un beau programme d'airs de Mozart à Broschi accompagner la soprano russe qui monte, Julia Lezhneva (14 août). Le second est l'Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine dirigé par Jean-François Heisser qui donnera à entendre une de ses commandes (entre autres pépites telle la 41e symphonie "Jupiter" de Mozart) pour sa première venue en Corrèze, "Le Rêve de Maya" de Samuel Strouk - un double concerto pour accordéon et violoncelle, que joueront ses créateurs Vincent Peirani et François Salque (16 juillet).


Christine Ducq
26/06/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le marathon "hors pair" de William Mesguich… Entretien à paroles déliées

William Mesguich, monstre de travail scénique et maître ès arts dramatiques, doté d'une soif inextinguible pour tout ce qui le fait vibrer, s'apprête à affronter un Festival d'Avignon tout particulièrement chaud cet été… Et ce n'est pas là que question de canicule ! Qu'on en juge par le programme pantagruélique qu'il a dévoilé en "avant-première" à La Revue du Spectacle.

•Off 2019• Le marathon
Yves Kafka - William Mesguich, votre appétit pour le théâtre n'est plus à prouver, mais pour cette édition d'Avignon 2019, on pourrait parler de boulimie… On vous verra quatre fois en tant que comédien et pas moins de cinq en tant que metteur en scène. Alors, comme le personnage de "Liberté !" que vous mettez en jeu, êtes-vous atteint "d'une curieuse maladie, celle de ne pas arriver à faire des choix" ? Brûler les planches serait-ce votre manière à vous de soigner cette addiction dont vous avez hérité ?

William Mesguich - Les chiens ne font pas des chats… L'exemple donné par mon père m'a "imprégné" durablement. Sa faconde, son enthousiasme, sa générosité… J'aime infiniment le théâtre. Il ne s'agit pas de courir après l'exploit, d'établir des records, mais de faire vivre cet amour du théâtre. Je suis profondément heureux sur les planches…

J'aime la vie, ma famille, mes amis… mais il est vrai que je suis tout particulièrement heureux sur la scène, quand je dis des textes et ai le bonheur de les partager. C'est là ma raison de vivre. Depuis 23 ans, c'est le désir de la quête qui me porte. Après quoi je cours ? Une recherche de reconnaissance ? Ou peut-être, simplement, ma manière à moi d'exister…

Yves Kafka
25/06/2019