La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle




Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Margot" par Laurent Brethome… Une approche caravagesque, une mise en scène d'un authentique peintre !

"Margot", en tournée

Christopher Marlowe aurait pu être le jumeau de Shakespeare s‘il n'avait disparu, mystérieusement, prématurément. Témoin fougueux d'un temps tumultueux, qui voit la Renaissance et son humanisme s'effondrer dans le crime et le sang, dans les guerres de religion.



© Philippe Bertheau.
© Philippe Bertheau.
C'est sous le titre "Margot" que Laurent Brethome met en scène "Massacre à Paris" de Christopher Marlowe, mettant en valeur un personnage qui existe peu dans la pièce originelle. Celui de Marguerite de Valois (la reine Margot), bien connu des Français depuis Alexandre Dumas et le film de Patrice Chéreau avec Isabelle Adjani.

C'est ainsi qu'il relate les horreurs qui se produisirent dans la capitale au lendemain du mariage de la princesse catholique Marguerite de Valois (Margot) et du roi protestant Henri III de Navarre (futur Henri IV des Français). Les partisans catholiques refusant toute réconciliation massacrèrent plus de 3 000 protestants.

L'œuvre de Marlowe est fragmentée, hachée. La pièce avance à un rythme effréné, à couper le souffle. Elle reste une œuvre ouverte. Car, au moment de son écriture, les guerres de religion ne sont pas terminées. L'écœurement n'est pas allé à son terme.

Bien informé, l'auteur, dans une grande intelligence, montre la course au Pouvoir sous couvert de religion et, pour mieux exorciser une propagation possible en Angleterre, met en pratique un bâchage des français et de leurs caractères supposés (meilleurs ennemis héréditaires) des plus comiques*.

Le spectateur moderne y retrouve avec joie des traits du mélodrame dans sa dimension essentielle, celle de la persécution des innocents et leur victoire finale face à la duplicité, l'hystérie, la folie des méchants. Celles de ces grandes familles qui manient la dague et le sourire : les Valois finissant, les Bourbons montant, les Guise grenouillant. La pièce est excessive, tutoie le grotesque. C'est tout cela que Laurent Brethome met en scène.

© Philippe Bertheau.
© Philippe Bertheau.
Sa théâtralité totalement affirmée est pourtant délivrée de tout grotesque ou ridicule. Ses personnages sont typés et leurs caractères magnifiés. Trempés comme fil d'acier, ils sont exaltés dans les costumes et les postures. Par une approche caravagesque, les noirs, les blancs et les rouges claquent à la figure du spectateur. Le metteur en scène est un authentique peintre.

La reine Catherine est séduisante, duplice et jalouse, Guise séducteur et spadassin, le cardinal de Lorraine obséquieux et vaniteux, Charles IX tendre et dépassé, Henri III de France précieux et fin politique et le futur Henri IV christique. Il ne reste des suppliciés, qui traversent l'espace comme fantômes horrifiés, que leurs chaussures, en tas, au hasard. L'image est saisissante, le rire étranglé.

Quant à Marguerite de Valois "Margot", elle est la grande oubliée de Marlowe. Et pourtant son ombre plane. Laurent Brethome lui donne voix. Et dans son monologue créé pour l'occasion, elle est bien le point de concrétion des événements et se montre victime humblement et fièrement tragique.

Le spectateur est subjugué.

* Lors de la rédaction de la pièce, la reine d'Angleterre Elizabeth 1ère joue les équilibristes.

"Margot"

© Philippe Bertheau.
© Philippe Bertheau.
D'après "Massacre à Paris" de Christopher Marlowe.
Traduction inédite et textes additionnels : Dorothée Zumstein (Les Nouvelles Éditions Jean-Michel Place).
Mise en scène : Laurent Brethome.
Assistante à la mise en scène : Clémence Labatut.
Avec : Fabien Albanese, Florian Bardet, Heidi Becker-Babel, Maxence Bod, Clémence Labatut, Vincent Bouyé, Dominique Delavigne, Leslie Granger, Antoine Herniotte, François Jaulin, Thierry Jolivet, Julien Kosellek, Denis Lejeune, Nicolas Mollard, Savanna Rol et Philippe Sire.
Créateur lumière : David Debrinay.
Créateur sonore : Jean-Baptiste Cognet.
Scénographe et costumier : Rudy Sabounghi.
Dramaturge : Catherine Ailloud-Nicolas.
Direction technique : Gabriel Burnod.
Conseiller circassien : Thomas Sénecaille.
Conseiller vidéo : Adrien Selbert.
Assistante répétition : Nina Orengia.
Stagiaire mise en scène : Élise Rale.
Cie Le Menteur Volontaire.
Durée : 2 h 30, entracte compris.

>> Cie Le Menteur Volontaire

Tournée 2017/2018
Jeudi 30 novembre 2017 : 19 h, Le Grand R - Scène nationale, La Roche-sur-Yon (85).
Vendredi 1er décembre 2017 : 20 h 30, Le Grand R - Scène nationale, La Roche-sur-Yon (85).
Lundi 11 décembre 2017 : 14 h, Scènes de Pays dans les Mauges, Beaupreau (49).
Mardi 12 décembre 2017 : 20 h, Scènes de Pays dans les Mauges, Beaupreau (49).
Vendredi 12 janvier 2018 : 20 h, Théâtre Anne de Bretagne, Salle Lesage, Vannes (56).

© Philippe Bertheau.
© Philippe Bertheau.
Du 17 au 24 janvier 2018 : Théâtre des Célestins, Lyon 2e (69).
Vendredi 26 et samedi 27 janvier 2018 : Château Rouge - scène conventionnée, Annemasse (74).
Mercredi 30 et jeudi 31 mai 2018 : Le Trident - Scène nationale, Cherbourg-Octeville (50).

Jean Grapin
Lundi 27 Novembre 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Avignon 2017 | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


Partenariat


    Aucun événement à cette date.
Publicité



À découvrir

"Une chambre en Inde"… contre tous les intégrismes !

"Une chambre en Inde", Théâtre du Soleil, Paris

Reprise Ariane Mnouchkine traite de la place du théâtre dans un monde marqué par les guerres, le terrorisme et un populisme d'exclusion qui rend service à celui-ci. Et elle y répond avec humour et passion.

Cornélia (Hélène Cinque) fait partie d'une troupe dont le directeur, M. Lear, a été appréhendé par la police indienne après être monté, nu, sur la statue du Mahatma Gandhi et avoir crié "Artaud". Il avait "pété les plombs" suite aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Du personnage, de son nom et de son acte, tout est passé à travers le prisme du théâtre ainsi que ses coulisses et ses questionnements.

Cela se passe dans une chambre en Inde où se trouve Cornélia, souvent allongée. Difficile de démêler ce qui est en dehors, de ce qui est en dedans, de ce qui est de l'imagination ou de la réalité. Tout est imbriqué. Monde et événements s'y logent faisant de ce lieu une incarnation de l'esprit du personnage.

La pièce est une œuvre collective construite autour d'improvisations. Mnouchkine se demandait "comment aujourd'hui raconter le chaos d'un monde devenu incompréhensible ? Comment raconter ce chaos sans y prendre part, c'est-à-dire sans rajouter du chaos au chaos, de la tristesse à la tristesse, du chagrin au chagrin, du mal au mal ?".

Safidin Alouache
03/12/2017
Spectacle à la Une

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara

Il n'est jamais aisé de s'approprier et d'interpréter des chansons créées, portées, sublimées par des artistes tels que Barbara. Mais là où beaucoup échouèrent, Lou Casa et son chanteur Marc Casa relèvent le défi avec brio et donne une lecture étonnante, poignante et incroyablement juste de six morceaux choisis de la Dame en noir.

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara
Lou Casa, c'est deux frères, l'un au chant (Marc), l'autre au piano (Fred) et un bassiste (Julien Aeillon)… issus d'un collectif (à géométrie variable : 3 à 10 membres) qui travaillent sur des créations tant musicales (chansons, musiques improvisées) qu'expérimentales où peuvent s'associer danse, slam, poésie, vidéo, etc. Ici, après différentes productions, dont "Barbara, Quinze ans" en novembre 2012 qui initiera en 2014 le projet "Chansons de Barbara", ils décident de coucher six interprétations sur un CD intitulé "À ce jour" dont on espère que d'autres suivront.

Marc Casa donne une intonation particulière aux mots de Barbara (1), de Brel (2), de Françoise Lo (3) ou de Georges Bérard (4), portant avec élégance une certaine fêlure dans la voix qui amplifie l'émotion exprimée, la fragilité sous-tendue. En même temps, le grain légèrement rugueux donne la force et l'énergie au chant, imprimant la trame musicale soutenue par la basse toute en rythmique associée au piano percussif, notamment dans le sublime "Perlimpinpin" presque guerrier, revendicatif… Le clip est d'ailleurs très révélateur et significatif de l'interprétation choisie, exprimée par Lou Casa. Voix parlée chuchotée, prenant doucement de l'amplitude. Derrière le piano roule les notes en une rivière sautillante mi-tango mi-reggae, appuyant certains mots scandés par Marc Casa.

Gil Chauveau
04/12/2017
Sortie à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre de la Contrescarpe, Paris

Reprise Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016