La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Cirque & Rue

"Les Dodos" Virtuoses aux agrès comme aux guitares… pour des envolées poétiques et musicales, sensibles et rebelles !

Quel point commun peut-il y avoir entre un dodo, gros oiseau incapable de voler - et plutôt maladroit - et un acrobate ? L'inconscience naïve pour le premier, qui le conduisit à sa disparition, l'inconscience maîtrisée - avec une peur raisonnée pour la sécurité - qui le mène vers le spectaculaire et la performance virtuose pour le second... C'est en résumé l'étonnante création de la compagnie Le P'tit Cirk qui s'articule autour de la musique et de l'envol avec la guitare comme partenaire privilégié, instrument musical ou agrès des plus surprenants !



© Aristide Barraud.
© Aristide Barraud.
Fondé en mars 2004 sur les projets de Danielle Le Pierrès (Archaos, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, Cirque Plume, etc.) et de Christophe Lelarge (Cirque du Soleil, Turbulence, Cie Goudard, Rmi-Rayazone, etc.)*, le P'tit Cirk est basé dès sa création à Lannion en Bretagne. Cette implantation correspond à une démarche artistique volontaire de long terme afin d'être acteur de la vie culturelle du Trégor, de partager et de transmettre leur passion, et d'aller à la rencontre d'un public qui n'a pas forcément l'occasion ou la demande de découvrir cette forme d'approche de travail envers le cirque. Le spectacle "Les Dodos" est la sixième proposition de la compagnie.

Cette dernière création (en tournée depuis trois ans) confirme, si besoin était, leur statut de compagnie majeure dans le paysage du cirque de création à l'échelle européenne… et leur ouverture permanente à différentes pistes… de cirque. Chez les membres du P'tit Cirk, le sens du collectif, le côté pur, brut et extra-ordinaire de l'exploit sont aussi importants et incontournables que le jeu d'acteur, la mise en piste, la lumière et la scénographie. La performance est là mais n'occulte en rien la trame poétique présente à chaque instant.

© Aristide Barraud.
© Aristide Barraud.
Sur les guitares, quatre garçons et une fille. Jeux acrobatiques… un premier tombe, puis deux, puis trois, etc., et on recommence. Équilibre sur une guitare à un, puis à deux… Morceau instrumental pour guitare, violon, contrebasse et caisse à percussion. Saltos simple et double, flip arrière, saut volant, main à main… Acrobaties aériennes originales ou inattendues, avec souvent la musique en élément central dans l'ensemble des numéros. Parfois point de cohésion entre ceux-ci, vecteur d'enchaînements, complémentaire et/ou aboutissement de la prouesse réalisée.

Captivante maîtrise technique sur tous les registres, au sol, au trapèze (double portique coréen), aux différents agrès, etc. Sauts variés, avec assureur/réceptionniste ou pas, à travers un double montage de guitares, reprenant le principe des sauts de cerceaux. Équilibre sur plusieurs guitares posées l'une sur l'autre une à une, l'acrobate étant en place dès la première, c'est lui que les ajoute, 2, 3, 4 puis 5. Il joue de la 6e. Puis mise en place du montage avec six guitares. Danse et main à main mixte entre Basile Forest et Alice Barraud, mélange de technicité virtuose, d'élégance, et de légèreté.

Et tout doucement, par subtiles touches musicales ou tableaux esthétiques (le câlin, le cercle, etc.), la performance - bien que toujours présente - s'efface, se fait discrète, au profit de la poésie, de la musique et d'une danse passionnée. Puis désarçonnant, singulier et espiègle, un cercle de guitare comme une piste originelle et équestre où les dodos se transforment en chevaux, pour des numéros équins, simulacres de dressage, passage étonnant réussi, bluffant à la fois de dérision et de réalisme.

"Les Dodos", Alice Barraud, Pablo Escobar, Basile Forest, Louison Lelarge et Charly Sanchez, nous offrent un cirque résolument libre, sortant des codes classiques circassiens, avec un impressionnant travail technique. Même Alice Barraud se fait porteuse… elle impressionnante dans la gestion de son corps, danseuse ou équilibriste ! Tout ce que nous présentent les artistes est empreint de beaucoup d'aisance, de virtuosité déconcertante. Ils tournoient, virevoltent dans les airs, et s'ils osent le périlleux, c'est toujours marqué d'une réelle grâce, propre aux acrobates confirmés. Et le plaisir qu'ils prennent à nous présenter leur création transparaît dans la réalisation de leurs performances, de leurs jeux.

Allez, retournez au spectacle, il est encore vivant, et il y a vraiment des créations incroyables à voir… où des artistes se donnent à 100 % !

* Tous deux ont passé huit ans au sein de la Cie Les Arts Sauts et sont cofondateurs du spectacle "Kayassine" qui connut un succès mondial.

"Les Dodos"

© Aristide Barraud.
© Aristide Barraud.
Le P'tit Cirk
Cirque sous chapiteau pour tout public.
Création collective de et avec : Alice Barraud, Pablo Escobar, Basile Forest, Louison Lelarge et Charly Sanchez.
Accompagnés à la mise en piste par : Sky de Sela, Christophe Lelarge, Danielle Le Pierrès.
Régisseur chapiteau/lumières : Maël Velly.
Technicien plateau : Marco Le Bars ou Christophe Lelarge ou Alex Olléac.
Scénographie, construction : Guillaume Roudot.
Création lumières : Dominique Maréchal.
Accompagnement pour les costumes : Anouk Cazin.
Mise en son : Philippe Ollivier.
Durée 1 h 25.
Tout public dès 6 ans.
Production Compagnie Le P'tit Cirk.

Du 7 au 20 septembre 2020.
Tous les jours à 19 h 30 sauf le dimanche à 16 h, lundi 14 et jeudi 17 à 14 h 30.
Relâches : 10, 15 et 16 septembre.
Le Monfort Théâtre, Espace chapiteau, Paris 15e, 01 56 08 33 88.
>> lemonfort.fr

Tournée
Du 16 au 19 octobre 2020 : Festival des Arts du Cirque "Second Geste", Saint-Pair-sur-Mer (50).
Du 15 novembre au 12 décembre 2020 : Parc des Chantiers, Île de Nantes, Nantes (44).

© Aristide Barraud.
© Aristide Barraud.

Gil Chauveau
Jeudi 17 Septembre 2020

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives | Avignon 2021 | Avignon 2022 | Avignon 2023 | À l'affiche ter


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






À découvrir

"L'Effet Papillon" Se laisser emporter au fil d'un simple vol de papillon pour une fascinante expérience

Vous pensez que vos choix sont libres ? Que vos pensées sont bien gardées dans votre esprit ? Que vous êtes éventuellement imprévisibles ? Et si ce n'était pas le cas ? Et si tout partait de vous… Ouvrez bien grands les yeux et vivez pleinement l'expérience de l'Effet Papillon !

© Pics.
Vous avez certainement entendu parler de "l'effet papillon", expression inventée par le mathématicien-météorologue Edward Lorenz, inventeur de la théorie du chaos, à partir d'un phénomène découvert en 1961. Ce phénomène insinue qu'il suffit de modifier de façon infime un paramètre dans un modèle météo pour que celui-ci s'amplifie progressivement et provoque, à long terme, des changements colossaux.

Par extension, l'expression sous-entend que les moindres petits événements peuvent déterminer des phénomènes qui paraissent imprévisibles et incontrôlables ou qu'une infime modification des conditions initiales peut engendrer rapidement des effets importants. Ainsi, les battements d'ailes d'un papillon au Brésil peuvent engendrer une tornade au Mexique ou au Texas !

C'est à partir de cette théorie que le mentaliste Taha Mansour nous invite à nouveau, en cette rentrée, à effectuer un voyage hors du commun. Son spectacle a reçu un succès notoire au Sham's Théâtre lors du Festival d'Avignon cet été dernier.

Impossible que quiconque sorte "indemne" de cette phénoménale prestation, ni que nos certitudes sur "le monde comme il va", et surtout sur nous-mêmes, ne soient bousculées, chamboulées, contrariées.

"Le mystérieux est le plus beau sentiment que l'on peut ressentir", Albert Einstein. Et si le plus beau spectacle de mentalisme du moment, en cette rentrée parisienne, c'était celui-là ? Car Tahar Mansour y est fascinant à plusieurs niveaux, lui qui voulait devenir ingénieur, pour qui "Centrale" n'a aucun secret, mais qui, pourtant, a toujours eu une âme d'artiste bien ancrée au fond de lui. Le secret de ce spectacle exceptionnel et époustouflant serait-il là, niché au cœur du rationnel et de la poésie ?

Brigitte Corrigou
08/09/2023
Spectacle à la Une

"Hedwig and the Angry inch" Quand l'ingratitude de la vie œuvre en silence et brise les rêves et le talent pourtant si légitimes

La comédie musicale rock de Broadway enfin en France ! Récompensée quatre fois aux Tony Awards, Hedwig, la chanteuse transsexuelle germano-américaine, est-allemande, dont la carrière n'a jamais démarré, est accompagnée de son mari croate,Yithak, qui est aussi son assistant et choriste, mais avec lequel elle entretient des relations malsaines, et de son groupe, the Angry Inch. Tout cela pour retracer son parcours de vie pour le moins chaotique : Berlin Est, son adolescence de mauvais garçon, son besoin de liberté, sa passion pour le rock, sa transformation en Hedwig après une opération bâclée qui lui permet de quitter l'Allemagne en épouse d'un GI américain, ce, grâce au soutien sans failles de sa mère…

© Grégory Juppin.
Hedwig bouscule les codes de la bienséance et va jusqu'au bout de ses rêves.
Ni femme, ni homme, entre humour queer et confidences trash, il/elle raconte surtout l'histoire de son premier amour devenu l'une des plus grandes stars du rock, Tommy Gnosis, qui ne cessera de le/la hanter et de le/la poursuivre à sa manière.

"Hedwig and the Angry inch" a vu le jour pour la première fois en 1998, au Off Broadway, dans les caves, sous la direction de John Cameron Mitchell. C'est d'ailleurs lui-même qui l'adaptera au cinéma en 2001. C'est la version de 2014, avec Neil Patrick Harris dans le rôle-titre, qui remporte les quatre Tony Awards, dont celui de la meilleure reprise de comédie musicale.

Ce soir-là, c'était la première fois que nous assistions à un spectacle au Théâtre du Rouge Gorge, alors que nous venons pourtant au Festival depuis de nombreuses années ! Situé au pied du Palais des Papes, du centre historique et du non moins connu hôtel de la Mirande, il s'agit là d'un lieu de la ville close pour le moins pittoresque et exceptionnel.

Brigitte Corrigou
20/09/2023
Spectacle à la Une

"Zoo Story" Dans un océan d'inhumanités, retrouver le vivre ensemble

Central Park, à l'heure de la pause déjeuner. Un homme seul profite de sa quotidienne séquence de répit, sur un banc, symbole de ce minuscule territoire devenu son havre de paix. Dans ce moment voulu comme une trêve face à la folie du monde et aux contraintes de la société laborieuse, un homme surgit sans raison apparente, venant briser la solitude du travailleur au repos. Entrant dans la narration d'un pseudo-récit, il va bouleverser l'ordre des choses, inverser les pouvoirs et détruire les convictions, pour le simple jeu – absurde ? – de la mise en exergue de nos inhumanités et de nos dérives solitaires.

© Alejandro Guerrero.
Lui, Peter (Sylvain Katan), est le stéréotype du bourgeois, cadre dans une maison d'édition, "détenteur" patriarcal d'une femme, deux enfants, deux chats, deux perruches, le tout dans un appartement vraisemblablement luxueux d'un quartier chic et "bobo" de New York. L'autre, Jerry (Pierre Val), à l'opposé, est plutôt du côté de la pauvreté, celle pas trop grave, genre bohème, mais banale qui fait habiter dans une chambre de bonne, supporter les inconvénients de la promiscuité et rechercher ces petits riens, ces rares moments de défoulement ou d'impertinence qui donnent d'éphémères et fugaces instants de bonheur.

Les profils psychologiques des deux personnages sont subtilement élaborés, puis finement étudiés, analysés, au fil de la narration, avec une inversion, un basculement "dominant - dominé", s'inscrivant en douceur dans le déroulement de la pièce. La confrontation, involontaire au début, Peter se laissant tout d'abord porter par le récit de Jerry, devient plus prégnante, incisive, ce dernier portant ses propos plus sur des questionnements existentiels sur la vie, sur les injonctions à la normalité de la société et la réalité pitoyable – selon lui – de l'existence de Peter… cela sous prétexte d'une prise de pouvoir de son espace vital de repos qu'est le banc que celui-ci utilise pour sa pause déjeuner.

La rencontre fortuite entre ces deux humains est en réalité un faux-semblant, tout comme la prétendue histoire du zoo qui ne viendra jamais, Edward Albee (1928-2016) proposant ici une réflexion sur les dérives de la société humaine qui, au fil des décennies, a construit toujours plus de barrières entre elle et le vivant, créant le terreau des détresses ordinaires et des grandes solitudes. Ce constat fait dans les années cinquante par l'auteur américain de "Qui a peur de Virginia Woolf ?" se révèle plus que jamais d'actualité avec l'évolution actuelle de notre monde dans lequel l'individualisme a pris le pas sur le collectif.

Gil Chauveau
15/09/2023