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Théâtre

Le tableau d'un exécution… bataille autour d'une bataille !

"Tableau d'une exécution", Théâtre du Rond-Point, Paris

Dans une très belle mise en scène de Claudia Stavisky, le dessous des cartes d'une composition picturale est montré avec réalisme et crudité dans un jeu d'acteur où la parole et le corps sont les deux étendards de combat.



© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
C'est un face à face entre le pouvoir et l'Art. Vieille complicité que ce couple infernal qui a donné lieu à des mariages heureux, avec entre autres David (1748-1825), et des divorces féconds sans nombre.

Dans le milieu artistique, ce sont des corps sur scène, presque décharnés, à la parole toujours haute, lancée, proférée quand l'autorité et la religion, sont bien droits, bien habillés avec une diction bien découpée. Celle-ci est d'un côté bousculée quand de l'autre, elle n'est que rangée, polie, ordonnée. Ici, on crie, on se touche, on se tâte, on se branle. Là, on cause, on jauge, on ordonne. Il y a des pulsions de vie chez l'un, et chez l'autre presque des pulsions de mort dans la maîtrise des sentiments où seule gouverne la raison.

Le pouvoir, au sens symbolique, est ainsi dans les mots. À chaque dit, c'est une menace ou une action qui en découle. Une voix off présente les scènes ou plutôt leur scénographie. Ainsi, le théâtre se fait aussi récit, comme dans un roman. Le verbe, du dit devient dire, de la narration devient action.

© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
Le théâtre n'est que conflit… ou presque. Ici, c'est un conflit sous robe. Il est bancal, pas égalitaire avec des donneurs d'ordre et des "exécuteurs". Quand nous nous retrouvons dans l'atelier de Galactia (Christiane Cohendy) entre gens de même condition, artistes en proie à des difficultés sociales et politiques, la tension devient désarmante, choquante. Elle est à couteaux tirés. Franche, directe. On retire les masques pour se dire les choses, ou plutôt se les montrer. Nous sommes dans un théâtre du regard où la scénographie a un rôle crucial.

Le verbe d'Howard Barker, grinçant toujours, comique parfois, poétique souvent, met en éclairage des situations où les personnages, campés dans leurs positions sociales, ont des attitudes, des postures toujours en déséquilibre, dans un rapport dominé dominant. Nous sommes dans des échelles de domination où le sentiment doux et modéré est inexistant. Ce sont révoltes, colères ou sentiments tus.

Cette mise en perspective permet ainsi de dévoiler les dessous d'une histoire, au travers de ses tensions sourdes. Celle d'une autorité qui pose comme modèle et qui "conseille" en donnant son avis lors de la composition d'une peinture, celle de la victoire de Lépante (1571) qui marque la victoire de la Sainte Ligue sur l'Empire Ottoman.

© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
Quel est le rôle du peintre ? Faut-il montrer la victoire du commanditaire ou la barbarie des hommes ? Les tableaux sont dans la grandeur ou la déliquescence suivant si nobles ou hommes du peuple posent. Ils font office de lien entre les pouvoirs, politique et religieux, et l'artiste. Un lien qui lie par obligation ce dernier à son commanditaire sauf s'il décide de servir son art coûte que coûte à ses risques et périls.

La scénographie est très belle où majesté et réalisme cru alternent. Ce sont deux mondes que tout peut rapprocher et que tout sépare avec, d'un côté, des considérations politiques, de l'autre, le peintre et, au milieu, l'Art et ses obligations.

"Tableau d'une exécution"

© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
Texte : Howard Barker.
Texte français de Jean-Michel Déprats.
Mise en scène : Claudia Stavisky.
Avec : David Ayala, Éric Caruso, Christiane Cohendy, Anne Comte, Luc-Antoine Diquéro, Sava Lolov, Philippe Magnan, Julie Recoing, Richard Sammut.
Avec la voix de Didier Sandre de la Comédie-Française.
Scénographie : Graciela Galán.
Costumes : Lili Kendaka.
Lumière : Franck Thévenon.
Son : Jean-Louis Imbert.
Maquillage et coiffure : Cécile Kretschmar.
Dessins et création graphique : Stephan Zimmerli
Vidéo : Laurent Langlois.
Collaboration artistique : Alexandre de Dardel.
Durée : 2 h 15.

© Simon Gosselin.
© Simon Gosselin.
Du 10 janvier au 28 janvier 2018.
Du mardi au samedi à 21 h, dimanche à 15 h.
Théâtre du Rond-Point, Salle Renaud-Barrault, Paris 8e, 01 44 95 98 21.
>> theatredurondpoint.fr

Autres dates
6 au 8 février 2018 : TnBA - Théâtre du Port de la Lune, Bordeaux (33).
13 février 2018 : Comédie - CDN de Normandie, Caen (14).

Safidin Alouache
Jeudi 18 Janvier 2018

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