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Théâtre

"Le Sang des vivants, Variations communes !" Allons enfants de la Commune…

Ils sont poète, sculpteur, acteur, metteur en scène, musicien, chanteur, peintre… mais avant tout citoyens du même pays que celui qui vit naguère fleurir l'espoir d'un monde gouverné "justement" par celles et ceux qui en constituent le socle. Sous l'impulsion de Matthieu Boisset, ces héritiers - au sens de Pierre Bourdieu - se sont réunis pour "faire Commune" et clamer avec leur arme à eux, l'art, ce que vivre veut dire.



© Jean-Baptiste Bucau.
© Jean-Baptiste Bucau.
S'il est aventure humaine et citoyenne ayant fait souffler un vent régénérant de démocratie (directe), c'est bien celle de la Commune de Paris. Soixante-douze jours qui ont marqué à jamais l'Histoire en inscrivant en lettres de feu et de sang les aspirations d'un peuple prenant sa destinée en main. Certes la République du "Versaillais" Adolphe Thiers y mit fin en mai 1871 dans une répression sanglante proportionnelle au danger représenté par un peuple debout…

… mais la Commune n'est pas morte pour autant. 150 ans après, une troupe d'artistes bordelais "azimutés" la font revivre, animés chacun par l'esprit communard chevillé au corps. Habités par les idéaux qui constituent leur moi-peau, faisant corps avec leurs propos, ils se lancent dans de vifs débats où le respect de la parole de l'autre ne va pas sans l'affirmation effrénée de convictions fortes. On se croirait propulsés dans une séance de la Commune de Paris ou du Club des Femmes débattant en 1871 de sujets brûlants, au premier rang desquels l'abolition de la peine de mort, votée à l'unanimité dans l'enthousiasme général.

© Jean-Baptiste Bucau.
© Jean-Baptiste Bucau.
Cette énergie collective traverse non seulement l'ensemble des tableaux, redonnant vie aux idées humanistes, mais propose grandeur nature un modèle de démocratie directe à jamais exemplaire. S'empoignant sans concessions, l'enjeu est d'aboutir à des décisions en accord avec les idées généreuses qui les fondent. L'effervescence parfois foutraque qui règne sur la scène est "à la hauteur" de l'insurrection ambiante, les paroles sont articulées à de réelles convictions aux antipodes des discours policés des politiciens rompus à la rhétorique.

Ces tableaux vivants - on pense à celui de Delacroix, "La liberté guidant le peuple", 1830, autre révolte émancipatrice -, à haute densité dramatique, sont entrecoupés de pauses non moins percutantes où, chacun à son tour, seul ou en duo, va faire entendre sa voix singulière.

Morceaux de bravoure révolutionnaire comme le discours fougueux du citoyen Beslay - alias Michel Richard, habité par le rôle - prononcé à la tribune le 29 mars 1871, l'intervention radicale de la figure de proue de la Commune, Louise Michel - alias Dany Hubert -, ou encore le très bel échange joué par Benjamin Ducroq et Daniel Strugeon à partir d'un extrait de "Dans l'ombre du brasier", du romancier contemporain Hervé Le Corre, prenant comme fond historique la semaine sanglante.

Poésies inspirées directement par la Commune, comme le puissant et limpide "Aux rêveurs de monarchie" extrait de "L'année terrible" de Victor Hugo - distillé magnifiquement par Mélanie Henel -, ou encore le plus hermétique "L'orgie parisienne ou Paris se repeuple" de Rimbaud, dit par Valentin Calonne de dos (choix métaphorique mais trop peu "éclairant").

© Jean-Baptiste Bucau.
© Jean-Baptiste Bucau.
Poésie contemporaine des extraits de "Là-Bas" de la Libanaise Etel Adnan contant le cercle de mort du Moyen-Orient - interprété tout en délicatesse par Isabelle Jelen -, ou du poignant "Aller-Simple" du Napolitain Erri de Luca contant l'épopée tragique d'émigrés partis d'Afrique pour tenter de rejoindre l'Italie - égrené avec émotion palpable par Éric Chevance faisant corps avec les murmures de sa contrebasse.

Chansons au goût rock ou mélancolique, composées récemment ou à l'époque, toutes disant la révolte à fleur de peau et l'impérieux désir d'exister. Ainsi aux accents syncopés de "Mai 2018" s'échappant de la guitare furieuse d'Hervé Rigaud, succèdent ceux empreints d'une mélancolie enivrante de "Jean Misère", texte écrit par Eugène Pottier en 1880, interprété à fleur de sensibilité par Marianne Perdu et Frédéric Guerbert au top de leur art vocal.

De même, Léa Cornetti, en transe face à l'horreur, délivre une version saisissante de "La semaine sanglante", chanson écrite en pleine période de répression par Jean-Baptiste Clément. Quant à la chanson finale, que l'on doit à Matthieu Boisset pour le texte et à Benjamin Ducroq pour la musique, elle clôt à l'unisson ce florilège de poésie révolutionnaire.

Immersion de plain-pied dans le passé de jours historiques hors du commun, "Le sang des vivants" libère par capillarité l'énergie de croire en l'avenir du genre humain. Ainsi en se faisant l'écho présent du quotidien de la Commune de Paris édité par Jules Vallès en 1871 - "Le Cri du peuple" -, cette expérience performative et collective est de nature à s'emparer résolument des lieux communaux pour y disséminer l'esprit vivifiant de La Commune (poing)

"Le Sang des vivants, Variations communes !"

© Jean-Baptiste Bucau.
© Jean-Baptiste Bucau.
Tentative théâtrale.
L'équipe : Matthieu Boisset, Valentin Calonne, Eric Chevance, Léa Cornetti, Benjamin Ducroq, Frédéric Guerbert, Mélanie Henel, Dany Hubert, Isabelle Jelen, Marianne Perdu, Michel Richard, Hervé Rigaud, Daniel Strugeon.
Technique : Matthieu Chevet.
Par la Cie Dies Irae.
>> ciediesirae.fr

Création les 22 et 23 novembre au Théâtre Le Levain, Bègles (33).

Tournée en devenir.

Yves Kafka
Dimanche 15 Décembre 2019

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Fred Pallem et Le Sacre du Tympan racontent les Fables de La Fontaine

Excellente idée que celle de Fred Pallem, musicien compositeur aux multiples talents et goûts musicaux, de revisiter avec quelques belles notes revigorantes "Les Fables de La Fontaine", quatorze plus précisément, qui sont racontées par une belle "brochette" d'artistes, des fidèles parmi les fidèles ou des - nouvellement ! - copains et copines.

Concert
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Gil Chauveau
15/11/2020
Spectacle à la Une

"Rabudôru, poupée d'amour" Une expérience intime de théâtre filmé, diffusée en direct via le web

L'incidence de la mise en sommeil de tous les spectacles, en ce mol novembre 2020, n'est pas la seule raison de cette représentation destinée aux internautes à laquelle nous à conviée la Compagnie La Cité Théâtre. Dès la conception du spectacle, Olivier Lopez, auteur et metteur, envisageait une double vision du spectacle : une en contact direct avec le public de la salle, l'autre en streaming par captation en temps réel.

© Julien Hélie.
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Le plateau de théâtre devient également plateau de cinéma, avec cadreurs, techniciens et cabine de réalisation intégrée. Le but est de rechercher d'autres rapports à la scène que cet éphémère "ici et maintenant" dont le spectacle vivant a toujours été fier et dépendant. C'est un ici au ailleurs que propose Olivier Lopez mais pas seulement.

Le filmage en direct apporte, dans certaines scènes, une proximité, une intimité avec les personnages sans le filtre de la déclamation théâtrale. Les expressions en plans rapprochés semblent plus fortes. Les cadrages permettent d'oublier un temps le reste du décor plateau et s'immerger plus profondément dans la scène, passer d'un lieu à un autre avec souplesse et précision.

Bruno Fougniès
16/11/2020
Sortie à la Une

"Zaï Zaï Zaï Zaï" Road movie déjanté… Tout ça pour un poireau !

Ne devoir son salut qu'à un légume à bulbe blanc et à longues feuilles vertes, brandi sous le nez d'un vigile expert en roulade arrière dissuasive, marque le point de bascule de ce jeune homme - peu recommandable, il est auteur de BD - venant de commettre l'impensable : ne pas avoir été en mesure de présenter sa carte de fidélité à la caissière ! Telle est l'origine de la folle cavale du "héros" échappé de l'album éponyme de Fabcaro pour être porté sur la scène par Angélique Orvain, réalisant là une prouesse propre à rendre lumineuse toute grisaille.

© Romain Dumazer.
Dans un dispositif immergeant le spectateur au cœur de l'action effrénée - pas moins de quatre podiums disposés en cercle, éclairés tour à tour, incluent le public dans des tableaux vivants -, l'épopée du fuyard décrété ennemi numéro 1 par la vox populi reprenant en chœur les voix des médias et des représentants de l'ordre va être vécue de manière haletante. L'occasion pour l'auteur et la metteure en scène, fins observateurs des travers contemporains, de croquer à pleines dents les errements hilarants des conduites dites "ordinaires".

En effet ces "arrêts sur images", joués superbement par huit acteurs tirant parti avec intelligence des ressorts du théâtre de tréteaux et des ralentis cinématographiques, passent au scanner les dérives de la pensée commune érigée en système de pensée. Aucun milieu n'y échappe. Pas moins les complotistes avachis devant leur téloche, les bobos contents d'eux-mêmes lisant Les Inrocks ou Le Monde Diplomatique, les artistes charitables réalisant un album de soutien à l'auteur de BD à la dérive, les forces de l'ordre au képi bas, et encore moins les journalistes des chaînes d'infos en continu commentant en boucle l'absence d'infos.

Éberlué par tant de perspicacité bienveillante mais non moins mordante, on jubile… Rien ne nous est épargné du grotesque qui sous-tend les comportements de la meute de ces (braves) gens commentant avidement la cavale du dangereux mécréant ayant bravé l'interdit suprême des fidèles du "Temple de la consumation". Et si le trait est grossi à l'envi, il déforme à peine la réalité des travers.

Yves Kafka
29/10/2020