Quantcast
La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Le Dernier Jour du jeûne", un hymen à la joie crié par trois générations de femmes

"Le Dernier Jour du jeûne", Théâtre Nanterre-Amandiers, Nanterre

Simon Abkarian a l'élégance en plume et le franc-parler méditerranéen. Tous les mots commencent par une lettre capitale comme l'est l'existence des personnages de la pièce. Les guillemets s'ouvrent sur des souvenirs, les répliques sont instantanées, les virgules sont soufflées pour donner du rythme à la narration. L’histoire peut commencer car l’écriture de Simon Abkarian est une avant-mise en scène couchée sur le papier pour être dressée au théâtre.



© Antoine Agoudjian.
© Antoine Agoudjian.
C’était hier au Liban, région de la Méditerranée où Simon Abkarian passa son enfance. Des images et des souvenirs conservés en territoire intime, Simon décide d’ouvrir cette page de sa vie et de la remplir avec des mots qui exhalent les parfums et les épices locales.

Les parfums sont extraits à un quartier, ils promènent leur exhalaison de maison en échoppe, de terrasse en escalier. Les épices locales ont la saveur des rumeurs pendues à des histoires sans paroles. Le soleil et la façade blanchie à la chaux des maisons baignent ce havre populaire gorgé des accents méridionaux.

"Le Dernier Jour du jeûne", les coulisses de la narration rappellent les frasques de la trilogie marseillaise de Pagnol animée par Marius, César et Fanny, in situ, Theos, Sandra et Nouritsa. Ces personnages greffent à la pièce le troisième poumon du quartier, un souffle semant les familiarités et la discorde. Ce quartier a les résonances d’Aubignane, le village du roman de Giono, "Regain", habité par Panturle, Gaubert et la vieille Mamèche. Giono l’avait fait renaitre avec l’arrivée de nouvelles familles. Le mariage d’Aris, fils de Vava, avec Astrig, fille de Theos et Nouritsa lèvent le voile sur les traditions et sur l’avenir de cette jeunesse promise à demeurer dans cet ilot de désœuvrement.

© Antoine Agoudjian.
© Antoine Agoudjian.
La rue prend vie avec trois générations de femmes, Sandra l’intellectuelle, interprétée par Judith Magre, Nouritsa, la mère de famille, jouée par Ariane Ascaride et similairement Zéla et Astrig, les deux sœurs incarnées par Océane Mozas et Chloé Réjon. La colporteuse de potins, Vava, alias Marie Fabre, est à citer car elle est l’icône des vraies-fausses confidentes qui colporte la rumeur aussi vite que sa bouche lance les mots en rafales.

Des tempéraments fédérant l’humilité et la fierté, des cœurs plaçant la famille au centre des bavardages, des yeux pour voir, rire et pleurer. Femmes et hommes confondent leurs ombres dans cette ambiance méditerranéenne, sous le soleil, un drame se vit en silence.

Sophia, interprétée par Clara Noël, est une adolescente qui n’a eu que son père, Minas, alias David Ayala, pour l’élever. La mère de Sophia est morte en l’accouchant, ce drame a engendré des silences suspendus aux esses de la boucherie de Minas. La vérité finit par éclabousser la blancheur de la rue, Sophia a été abusée par son père.

© Antoine Agoudjian.
© Antoine Agoudjian.
Pendant ce temps, Zéla, la sœur ainée, attend l’amour mystique pour convoler en justes noces et se promettre à la vie, à la mort avec celui qui l’initiera aux plaisirs charnels. Astrig, la petite sœur, se veut naturelle et a envie de croquer la vie sous le nombril. Aris, Cyril Lecomte, a le cœur en fanfare pour la jolie brunette. Beau gosse, courageux dans le repos, ira-t-il au bout de ses rêves ?

Le maître de maison, Theos, Simon Abkarian, époux de Nouritsa et père de Zéla et d’Astrig, incarne le patriarche respectueux. Le personnage impose par le raffinement physique et moral, le verbe posé avec justesse s’élève dès que la situation l’exige.

Le décor de Noëlle Ginefri Giacalone, un assemblage d’éléments prompts à être montés et aussitôt démontés, lesquels alternent avec la fluidité de la mise en scène de Simon Abkarian.

© Antoine Agoudjian.
© Antoine Agoudjian.
L’importance de la pièce réside dans les relations créant des distances entre Nouritsa et Sandra, Zéla et Astrig. Une génération les sépare et si les centres d’intérêts coexistent, la tension voue à battre le verbe sur le fer rougi de la peur d’avouer l’inavouable. La direction des sentiments se perd dans un maillage construit autour des traditions et des mythes méditerranéens qui ont contribués à leur pérennité.

"Le Dernier Jour du jeûne", un texte influencé par un parcours de vie. Une mise en scène qui confronte dans un savant jeu d’ensemble l’histoire damée par les coutumes et le présent. Une pièce servie par une distribution exceptionnelle. Simon Abkarian franchit un nouveau palier et Dieu sait que l’homme et l’artiste sont faits pour communiquer, partager et donner une parcelle de leur amour de l’existence. Une pièce qui draine des valeurs qui se perdent aux carrefours du monde en mouvement, la dignité, la fidélité, l’humilité.

"Le Dernier Jour du jeûne"

© Antoine Agoudjian.
© Antoine Agoudjian.
Texte et mise en scène : Simon Abkarian.
Collaboration artistique : Pierre Ziadé.
Lumières : Jean-Michel Bauer.
Son : Antoine de Giuli.
Décor : Noëlle Ginefri Corbel.
Costumes : Anne-Marie Giacalone.
Avec : Simon Abkarian (Theos), Ariane Ascaride (Nouritsa), David Ayala (Minas), Marie Fabre (Vava), Cyril Lecomte (Aris), Judith Magre (Sandra), Océane Mozas (Zéla), Clara Noël (Sophia et Elias), Chloé Réjon (Astrig), Igor Skréblin (Xénos).
Avec l’équipe technique du Théâtre Nanterre-Amandiers.
Durée : 2 h 20.

© Antoine Agoudjian.
© Antoine Agoudjian.
Du 14 mars au 6 avril 2014.
Mardi, mercredi, vendredi et samedi à 20 h ; jeudi à 19 h 30 ; dimanche 15 h 30.
Théâtre Nanterre-Amandiers, Nanterre (92), Grande Salle, 01 46 14 70 00.
>> nanterre-amandiers.com

Du 9 au 11 avril 2014.
Mercredi et vendredi à 20 h 30, jeudi à 19 h.
Théâtre de l'Union, Limoges (87), 05 55 79 90 00.
>> theatre-union.fr

Philippe Delhumeau
Jeudi 27 Mars 2014

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.






    Aucun événement à cette date.



À découvrir

Huit pièces de théâtre d'Agatha Christie éditées chez L'Œil du Prince

L'œuvre théâtrale d'Agatha Christie est très peu connue en France, ses pièces n'ayant quasiment jamais été publiées en français. C'est chose partiellement réparée avec la publication de huit textes - constituant une partie de son œuvre dramatique -, entre 2018 et 2020, aux Éditions L'Œil du Prince* dont deux, "Reconstitution" et "Le Point de rupture", le 12 novembre dernier.

En adaptant elle-même ses romans, Agatha Christie se révèle en dramaturge précise, maîtrisant parfaitement la tension dramatique du huis clos. Sa plume de romancière perce à travers des didascalies fournies, qui permettent de traverser les pièces comme des récits. On a pu le voir l'année dernière à La Pépinière Théâtre avec "La Souricière" mise en scène par Ladislas Chollat.

Ici, pour ces huit parutions, la traduction a été assurée par Gérald Sibleyras, auteur de quelques beaux succès dont "Un Petit Jeu sans conséquence" (co-écrit avec Jean Dell) et Sylvie Perez, journaliste et essayiste.

Gérald Sibleyras est l'auteur de nombreuses pièces : "Le Vent des peupliers", "La Danse de l'albatros", etc. Nommé quatre fois aux Molières comme meilleur auteur, il a gagné le Laurence Olivier Award de la meilleure comédie à Londres en 2006 pour l'adaptation du "Vent des peupliers". Il a reçu en 2010 le Molière de l'adaptateur pour "Les 39 marches". Gérald Sibleyras est également l'adaptateur de la pièce à succès "Des fleurs pour Algernon".

Gil Chauveau
27/11/2020
Spectacle à la Une

Lou Casa CD "Barbara & Brel" À nouveau un souffle singulier et virtuose passe sur l'œuvre de Barbara et de Brel

Ils sont peu nombreux ceux qui ont une réelle vision d'interprétation d'œuvres d'artistes "monuments" tels Brel, Barbara, Brassens, Piaf et bien d'autres. Lou Casa fait partie de ces rares virtuoses qui arrivent à imprimer leur signature sans effacer le filigrane du monstre sacré interprété. Après une relecture lumineuse en 2016 de quelques chansons de Barbara, voici le profond et solaire "Barbara & Brel".

© Alicia Gardes.
Comme dans son précédent opus "À ce jour" (consacré à Barbara), Marc Casa est habité par ses choix, donnant un souffle original et unique à chaque titre choisi. Évitant musicalement l'écueil des orchestrations "datées" en optant systématiquement pour des sonorités contemporaines, chaque chanson est synonyme d'une grande richesse et variété instrumentales. Le timbre de la voix est prenant et fait montre à chaque fois d'une émouvante et artistique sincérité.

On retrouve dans cet album une réelle intensité pour chaque interprétation, une profondeur dans la tessiture, dans les tonalités exprimées dont on sent qu'elles puisent tant dans l'âme créatrice des illustres auteurs que dans les recoins intimes, les chemins de vie personnelle de Marc Casa, pour y mettre, dans une manière discrète et maîtrisée, emplie de sincérité, un peu de sa propre histoire.

"Nous mettons en écho des chansons de Barbara et Brel qui ont abordé les mêmes thèmes mais de manières différentes. L'idée est juste d'utiliser leur matière, leur art, tout en gardant une distance, en s'affranchissant de ce qu'ils sont, de ce qu'ils représentent aujourd'hui dans la culture populaire, dans la culture en général… qui est énorme !"

Gil Chauveau
03/12/2020
Sortie à la Une

Vingt-huit personnalités du monde culturel et intellectuel déposent une demande au Conseil d'État : leur droit fondamental à la culture

© DR.
L'ensemble des acteurs du théâtre, cinéma, cirque, privés, publics, compagnies, organismes publics, syndicats, associations… seront présents ou représentés lundi matin devant le Conseil d'État pour demander au gouvernement la réouverture des lieux de Culture.

À l'occasion de cette audience, 28 personnalités du monde culturel et intellectuel se sont jointes hier à la procédure en déposant une demande pour invoquer, en tant que citoyen, leur droit fondamental d'accès à la culture.

Ils souhaitent que le Conseil d'État se saisisse de ce moment historique et consacre le droit à la Culture comme une liberté fondamentale en France.

Mireille Delmas Marty, Edgar Morin, Isabelle Adjani, Karin Viard, Juliette Binoche, Jean Nouvel, David Dufresne, Jean-Michel Ribes, Virigine Efira, Rokhaya Diallo, Charles Berling, Pauline Bureau, Philippe Torreton, Julie Gayet, Rebecca Zlotowski, François Morel, Nadège Beausson-Diagne, Nancy Huston, Bulle Ogier, Bernard Latarjet, Laurence Lascary, Patrick Aeberhard, Marcial Di Fonzo Bo, Anna Mouglalis, José-Manuel Gonçalves, Zahia Ziouani, Anny Duperey, Paul B. Preciado.

Cabinet en charge du dossier :
Cabinet Bourdon & Associés – Avocats, 01 42 60 32 60.
contact@bourdon-associes.com

Communiqué de presse du 20 décembre 2020.

La Rédaction
20/12/2020