La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.



Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Le Capital et son singe" ou la pensée de Marx revisitée... entre décalage et humour

"Le Capital et son singe", Théâtre La Colline, Paris et Tournée

C'est par le biais humoristique que le metteur en scène Sylvain Creuzevault traite les valeurs d'usage, d'échange et de plus-value. Le "Capital" ainsi que les œuvres de jeunesse de Marx sont revisités avec beaucoup d'aplomb et de surprises, au prisme d'un regard décalé de l'Histoire et de ses figures révolutionnaires.



© Marine Fromanger.
© Marine Fromanger.
La scène se déroule au "Club des amis du peuple" un 13 mai 1848, au retour d'une manifestation contre la nouvelle assemblée constituante française, élue au suffrage universel masculin direct le 23 mars, donnant lieu à la IIe République.

Nous assistons à un banquet de révolutionnaires avec, entre autres, les figures de Louis Blanc, Blanqui et Friedrich Engels autour d'une longue tablée. On y mange, on y boit et on y discute de révolutions et de socialisme aiguillés par l'œuvre de Karl Marx.

Côté cour, un piano. Côté jardin, les grands chapitres du livre 1 du Capital exposés sur un parchemin. C'est l'une des trames du texte, avec d'autres œuvres de Marx, sur lesquelles viendront s'agréger des débats politiques. La figure et la présence de Karl Marx sont sur scène même s'il ne prend pas part aux débats. Sa pensée politique et économique est relayée par les différents révolutionnaires au travers aussi de propos humoristiques.

À l'entame de la pièce, un comédien (Vincent Arot) joue un échange à trois avec les personnages de Brecht, Freud et Michel Foucault en plein débat philosophique, nourri d'absurdes et d'humour. Dès le début du spectacle, le profil de la pièce se dessine avec des "empilements" de personnages joués par un seul personnage et des périodes de temps empilées sur un seul moment.

© Marine Fromanger.
© Marine Fromanger.
Lacan côtoie Lamartine, comme Freud, Michel Foucault. Nous sommes au carrefour de personnages et d'événements historiques qui s'entremêlent sans que la clarté ou le cohérence ne soit absente. La dramaturgie se nourrit de la diversité des personnages et d'un rapport au Temps bousculé.

Car tout se bouscule mais avec harmonie et homogénéité. Ces irruptions dramaturgiques impromptues de ses figures plus ou moins célèbres font de la pièce un réservoir de surprises dans lequel humour et économie politique cohabitent.

Le jeu est incarné avec brio par les comédiens. Le naturel est de mise et la spontanéité devient un étendard de jeu. Les scènes s'enchaînent suivant le fil rouge des événements avec des prises de positions enthousiastes ou violentes verbalement. La découpe scénique est multiple projetant le spectateur autant dans ce nid révolutionnaire qu'en compagnie de Lamartine dans un tribunal où sont jugés des révolutionnaires.

Le texte est très bien construit, tant dans le contenu que dans la dramaturgie. Ces différentes figures intellectuelles, philosophiques ou politiques situées à différentes périodes de temps se croisent pour débattre de l'homme face à la société, au travail, au Pouvoir. L'homme n'est-il qu'un rouage économique ou peut-il se désaliéner de son travail pour trouver son identité sociale ?

La pièce est riche dans la visée humoristique qu'elle veut faire prendre à l'économie. La valeur travail, dont Marx a amplement donné une vision économique, sociale, scientifique et historique, est présentée avec beaucoup de brio. Sous couvert de démonstrations, les notions de valeurs d'usage, d'échange, de salaire sont traitées avec beaucoup d'humour. C'est un très bel hommage qui est rendu à Marx, aujourd'hui rangé dans les poubelles de l'Histoire bien qu'il ait influencé le champ économique et politique du monde sur près d'un siècle.

"Le Capital et son singe"

À partir du Capital de Karl Marx.
Mise en scène : Sylvain Creuzevault.
Avec : Vincent Arot, Benoit Carré, Antoine Cegarra, Pierre Devérines, Lionel Dray, Arthur Igual, Clémence Jeanguillaume, Léo-Antonin Lutinier, Frédéric Noaille, Amandine Pudlo, Sylvain Sounier, Julien Villa, Noémie Zurletti.
Lumières : Vyara Stefanova et Nathalie Perrier.
Scénographie : Julia Kravtsova.
Costumes : Pauline Kieffer et Camille Pénager.
Masques : Loïc Nébréda.
Durée : 2 h 45 environ.

Du 5 septembre au 12 octobre 2014.
Du mercredi au samedi à 20 h, le mardi à 19 h 30 et le dimanche à 15 h.
Théâtre La Colline, Grande Théâtre, Paris 20e, 01 44 62 52 52
>> colline.fr

Tournée :
● 5 et 6 novembre 2014 : La Scène Watteau - Scène conventionnée, Nogent-sur-Marne (94).
● Du 26 au 29 novembre 2014 : MC2, Grenoble (38).
● 4 et 5 décembre 2014 : L'Archipel - Scène nationale, Perpignan (66).
● Du 5 au 7 février 2015 : La Filature - Scène nationale, Mulhouse (68).
● Du 13 au 14 février 2015 : Le Cratère - Scène nationale, Alès (30).
● Du 11 au 14 mars 2015 : Bonlieu - Scène nationale, Annecy (74).
● Du 13 au 16 mai 2015 : Théâtre national, Bruxelles (en partenariat avec le Kunstenfestivaldesarts).

Safidin Alouache
Lundi 15 Septembre 2014


1.Posté par Arot le 29/05/2015 23:55
Arthur Igual est l'acteur qui entame la pièce. Vincent Arot joue Louis Blanc. merci d'avance pour votre correction.

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | À l'affiche bis | Cirque & Rue | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | Avignon 2017 | Avignon 2018 | Avignon 2019 | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives


Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.







À découvrir

Bernard Adamus "C'qui nous reste du Texas"… Blues et beau

Pour son quatrième album, Bernard Adamus, avec son style blues très marqué, fricote avec le rock pour nous mener vers le grand nord sur des chansons qui se nourrissent de différents tempos aux paroles truculentes.

Bernard Adamus
Bernard Adamus, d'origine polonaise, a débarqué à ses trois ans au Québec. Depuis maintenant plus de dix ans, il trace une ligne artistique saluée par la critique avec ses albums "Brun" (2009), "No2" (2012) et "Sorel soviet so what" (2015). Du premier jusqu'au dernier LP, "C'qui nous reste du Texas", la qualité est toujours chevillée aux accords.

Avec ses dix titres, cet opus a une allure toujours foncièrement blues aux relents parfois rock. L'artiste a laissé très majoritairement son harmonica dans son étui. Sa voix, caractéristique, traînante, presque criarde, est utilisée comme effet multiplicateur de ses émotions.

Les chœurs sont discrets bien que parfois appuyés comme pour "Chipotle". Certaines compositions telle que "L'erreur" excelle dans un blues avec la contrebasse de Simon Pagé très présente, accompagnée de quelques notes de piano pour rendre un son plus clair quand celui-ci est, à dessein, légèrement étouffé par des percussions. La voix monte haut perchée au refrain où claironne un saxophone donnant un tournis musical, tel le reflet d'un état d'âme où la tristesse se berce d'incompréhension. C'est dans ces cassures de rythme que se mêlent d'autres éléments musicaux et vocaux donnant une tessiture aboutie. Le début d'une chanson peut ainsi être décharné à dessein comme celui d'un désert, d'un seul à seul avec l'artiste.

Safidin Alouache
05/05/2020
Spectacle à la Une

"I Fratelli Lehman" par la Cie Tom Corradini Teatro de Turin

Captation intégrale Ce spectacle sans paroles (ou très peu) - mais pas sans bruitages ! - devait être présenté au Théâtre Ambigu durant le festival Off d'Avignon cet été. Du fait de l'annulation, la compagnie italienne Tom Corradini Teatro de Turin vous invite à visionner cette pièce burlesque sur l'argent, la cupidité et l'amour raconté avec le langage du clown, sans interaction verbale, adapté à un public de tous âges et de toutes nationalités.

Comédie visuelle et physique interprété par deux talentueux clowns turinois (Tom Corradini et Michele Di Dedda), "I Fratelli Lehman" (The Lehman Brothers) raconte l'histoire d'un couple de banquiers et de financiers dont les capacités et les compétences les ont rendus célèbres et respectés dans tout le monde.

Apparemment, ils ont tout, des voitures rapides, de beaux secrétaires, des bureaux luxueux, un style de vie somptueux. Cependant, un jour leur fortune est anéantie en quelques minutes après un plongeon désastreux du marché boursier. Des richesses à la misère, ils doivent maintenant transformer leur échec en opportunité et gravir de nouveau la montagne du succès.

Gil Chauveau
21/04/2020
Sortie à la Une

Soigne le monde "Heal The World" de Michael Jackson par les Franglaises

Les Franglaises vous souhaitent encore et toujours un joyeux confinement en vous offrant une reprise franglisée de "Heal The World" de Michael Jackson ou "Soigne Le Monde" de Michel Fils de Jacques. Bonne écoute !

Soigne le monde
"Même confinés, les Franglaises récidivent en traduisant littéralement le très à-propos "Heal the World" de Michael Jackson : "Soigne le Monde". Enregistré et réalisé 100 % en confinement, les trente-cinq membres de la troupe donnent de la voix pour "faire de ce monde une meilleure place". "Enjoy… Euh, appréciez !"

Les Franglaises… le spectacle
Comédie musicale à la façon d'un "opéra pop" à l'américaine, le spectacle propose de traduire les plus grands succès du répertoire anglophone… histoire de vérifier, à travers un "test-aveugle", la pertinence de ces grands tubes mondiaux, des Scarabées à Reine, en passant par Michel Fils-de-Jacques et les Filles Épices… et bien plus encore…
Se prenant les pieds dans les incohérences des traductions littérales au premier degré à la manière de "google-trad", et emportés par la fiction de ces pièces musicales, les interprètes offrent une tournure explosive au spectacle qui vire au cabaret fou version Monty Python !
Durée : 1 h 45

Gil Chauveau
31/03/2020