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Théâtre

"La petite fille de monsieur Linh" Tenter de donner une raison à la vie… à l'exil

Après déjà plusieurs années d'exploitation et de succès, Sylvie Dorliat reprend le très touchant conte de Philippe Claudel, "La petite fille de monsieur Linh", qu'elle a adapté pour la scène et qu'elle interprète. Une bonne occasion de découvrir ou de revoir ce spectacle lumineux et délicat parlant avec humanité tant de l'exil, de la mort, de la folie que de l'amitié et de l'espoir d'une nouvelle vie.



© David Dubost.
© David Dubost.
De la guerre, de la fuite, de l'exil peut naître la folie. Lorsque l'on a vu sa famille, tous ceux que l'on aime se faire tuer, quand on a tout perdu, perdre la raison peut devenir un refuge, un acte de survie, une tentative désespérée de renaissance en s'inventant une nouvelle histoire…

Guerre, mort, fuite inéluctable pour un espoir de survie, triviale association caractérisant chaque jour toujours plus notre monde… Bateau, exil, nouvelle contrée inconnue, centre d'hébergement, accueil pour vieil homme et petite fille. Pays nouveau, pays sans odeur, sans les odeurs colorées et épicées de son Asie natale, peut-être le Vietnam ou le Cambodge.

Tout commença un matin où son fils, sa belle-fille et sa petite fille s'étaient rendus dans les rizières. Cette année-là, la guerre faisait rage. Ils sont tués durant leur travail. Tao Linh récupère sa petite fille, Sang diû (Matin doux) 10 mois - elle a les yeux de son père (son fils), dit-il - et entreprend une épuisante traversée, à l'horizon une terre occidentale. Apprivoiser ce nouveau pays, ces gens inconnus, cette promiscuité dans ce centre d'accueil pour émigrés. Puis, au bout d'un moment, se résoudre, se décider à sortir pour découvrir cette ville qui l'accueille.

Dans un parc, assis sur un banc, et l'arrivée de monsieur Bark. Premier contact, et les prémices d'une nouvelle amitié. Ils parlent de leur femme (mortes). Parle de la guerre, celle à laquelle a participé Bark dans le pays de Linh. Bark l'invite au restaurant, lui offre un cadeau, une robe pour la petite. Tao Linh va être déplacé mais dans la même ville. Se retrouve dans une chambre… Enfermement…

© David Dubost.
© David Dubost.
Est-ce une maison de retraite, un asile ? Sortir, repartir, fuir à nouveau. Essayer de retrouver le parc, le banc, son ami, et toujours avec sa petite fille. Il a réussi, il est arrivé, encore sur le trottoir d'en face… Il voit Bark, se précipite et, en traversant, se fait renverser par une voiture. Accident. Mais sa petite "Sang diû" est intacte.

Récit passif, sans réelle intrigue - seule la scène finale crée une "surprise" que beaucoup auront pressentie -, mais emplie de poésie, de bienveillance que s'approprie à merveille Sylvie Dorliat. Douce et calme narration, pleine de délicatesse, à la fois intense et aérienne, soutenue par la mise en scène épurée mais expressive de Cécile Noguès. Le conte à la fois cruel, poétique et pudique de Philippe Claudel se prête en effet bien à cette théâtralisation tout en retenue, mais où la dynamique verbale est bien préservée, la comédienne donnant vie avec justesse à chaque personnage.

Sylvie Dorliat a cette capacité particulière à animer avec intensité mais sobriété le verbe, l'expressivité de chaque mot mais également l'espace qu'il occupe. Son phrasé, sa musique vocale est celle d'une conteuse de la réalité, suggérée ou documentaire. C'est ce talent particulier qu'elle possède, qui se prête si bien aux écrits de l'auteur dont l'une des spécificités est de célébrer les thèmes universels de l'amitié, de la fragilité des êtres et de la compassion, apportant une perception intelligente de l'émigration, du déracinement, des ravages de la guerre, de la dureté de certaines réalités…

Et si Sylvie Dorliat réussit si bien à nous faire partager ces univers sensibles, c'est qu'elle est aussi détentrice de cette forme d'humanité.

"La petite fille de monsieur Linh"

© David Dubost.
© David Dubost.
Texte : Philippe Claudel.
Adaptation : Sylvie Dorliat.
Mise en scène : Célia Nogues.
Avec : Sylvie Dorliat.
Lumières : David Dubost.
Cie Les souliers à bascule.
Durée : 1 h 10.

Du 26 août au 11 octobre 2020.
Du mardi au samedi à 19 h 30 et dimanche à 15 h 30.
Théâtre Le Lucernaire, Salle Paradis Paris 6e, 01 45 44 57 34.
>> lucernaire.fr

Gil Chauveau
Mercredi 9 Septembre 2020

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Gil Chauveau
27/11/2020
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Lou Casa CD "Barbara & Brel" À nouveau un souffle singulier et virtuose passe sur l'œuvre de Barbara et de Brel

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© Alicia Gardes.
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On retrouve dans cet album une réelle intensité pour chaque interprétation, une profondeur dans la tessiture, dans les tonalités exprimées dont on sent qu'elles puisent tant dans l'âme créatrice des illustres auteurs que dans les recoins intimes, les chemins de vie personnelle de Marc Casa, pour y mettre, dans une manière discrète et maîtrisée, emplie de sincérité, un peu de sa propre histoire.

"Nous mettons en écho des chansons de Barbara et Brel qui ont abordé les mêmes thèmes mais de manières différentes. L'idée est juste d'utiliser leur matière, leur art, tout en gardant une distance, en s'affranchissant de ce qu'ils sont, de ce qu'ils représentent aujourd'hui dans la culture populaire, dans la culture en général… qui est énorme !"

Gil Chauveau
03/12/2020
Sortie à la Une

Vingt-huit personnalités du monde culturel et intellectuel déposent une demande au Conseil d'État : leur droit fondamental à la culture

© DR.
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Cabinet en charge du dossier :
Cabinet Bourdon & Associés – Avocats, 01 42 60 32 60.
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Communiqué de presse du 20 décembre 2020.

La Rédaction
20/12/2020